jeudi 19 octobre 2017

Renée Lebas, découvreuse


Renée Lebas (1917-2009) est née Leiba, fille d'immigrants juifs roumains installés à Paris. Un de ses copains d'enfance et du quartier sera Nathan Korb, qui sera plus connu sous le pseudo de Francis Lemarque.
Après avoir exercé divers boulots, elle gagne un radio crochet en 1937. Elle est donc engagée au cabaret La Conga et enregistre son premier disque avec  Raymond Asso en 1940.
Évidemment interdite de scène sous l'occupation, elle se produit alors à Cannes, accompagnée du pianiste Michel Emer où elle crée Insensiblement de Paul Misraki.


En juillet 1942, sa sœur et son père raflés par la police, puis déportés, elle s'exile en Suisse sous les conseils pressants de son copain Francis Carco et va passer le restant de la guerre à chanter pour la radio. Ses chansons sont de claires allusions à la situation de la guerre : D'l'autre côté de la rue, Exil, La fontaine de Varsovie, ou Harlem :


À la libération, elle tourne à l'Européen, l'Alhambra, l'Étoile, l'ABC, Bobino...
Elle crée La Mer de Charles Trenet en 1946 et est une des premières à enregistrer du Léo Ferré, en 1948 (Elle tourne... la Terre, Paris canaille...). Elle chantera Charles Aznavour, Jacques Brel, Francis Carco, Francis Lemarque, Boris Vian...
N'ayant récolté qu'un succès d'estime, elle fait ses adieux à la scène en 1963 pour se consacrer à la production de chanteurs de variétés comme Serge Lama, Régine ou Tereza Kesovija.
Et meurt en 2009.

 

Et une pensée à la mémoire de Madame DD.

mardi 17 octobre 2017

Picardie fleurie


Malgré l'illustration ci-dessus, fusillons une légende.
Cette chanson britannique de 1916 n'a jamais été écrite par un officier de sa gracieuse majesté tombé amoureux d'une belle Picarde. L'auteur, Frederic Weatherly était un petit avocat du sud de l'Angleterre qui a passé la guerre à se faufiler entre tavernes et plaidoiries. Parmi d'autres perles, le débarbot poète a aussi écrit "Danny boy" qu'on avait jusqu'alors toujours cru faire partie du patrimoine irlandais.
Le succès de la rengaine fut néanmoins tel que dès 1918, Pierre d'Amor en fit une adaptation en français.
Elle a donc été reprise par, entre autres, Tino Rossi, Jack Lantier, Sydney Béchet, Ray Ventura, André Dassary, Frank Sinatra et bien entendu Yves Montand.
En voici une fort ancienne version de John Mc Cormack.


Et puis, hasard de la renommée, la bluette d'entre-deux guerre va connaître une seconde jeunesse dans les années 1980, grâce au succès du film de Jean Becker, L'été meurtrier. Dans cette chouette adaptation du roman de Sébastien Japrisot, Les roses de Picardie reviennent en refrain sur le piano électrique maudit, celui qui reste lié au crime originel... Pour mémoire :


Pour finir, une surprenante interprétation française par Mado Robin, à ranger impitoyablement à la rubrique "pompiers". Ce qui nous ramène d'ailleurs au film précédent...


samedi 14 octobre 2017

Raoul Petite a mal


Voilà plus de  ans que la bande à "Carton" (Christian Picard, chanteur principal) écume les routes. S'étant d'abord fait connaître en ouvrant pour Vassiliu ou Higelin, ce big-band de barock 'n roll est né sous le signe des adorateurs de Frank Zappa. À la fin des années 70, le moustachu aurait marmonné "Raoul Petite" lors d'une très brève apparition à la télévision française avec, en guise de spectateurs, les membres d'un groupe qui cherchaient un nom et étaient infoutus de comprendre l'anglais.
Certes, ils ont onze albums à leur actif mais leur "rock agricole sophistiqué" est avant tout à savourer en concert, les mises en scène loufoques n'engendrant pas la mélancolie.
On vous épargne la fastidieuse liste des membres et changements de personnel, sachez juste que c'est trouvable sur leur site et qu'un des historiques, Frédéric Tillard (guitariste) est allé fonder le groupe Fritzkartofel en amenant le tromboniste Fabien Cartalade.
Leur manifeste :  “C’est en évitant de mettre la tête dans son kulte que l’on continue le chemin sans rien perdre de son intégrité ni de son panache”
Comme ces joyeux bougres et bougresses du Vaucluse aiment à faire des vidéos, on vous les exhibe dans Ça fait mal, honorable effort pour squatter les radio.

mercredi 11 octobre 2017

Catalunya über alles !

Excellente bd injustement méconnue
Comme le gouvernement espagnol va éventuellement se retrouver à devoir occuper militairement une partie... de l'Espagne (sic !) on peut consulter ces jours-ci quelques textes instructifs. Par exemple ces deux-là, l'un de Tomás Ibáñez, et, mieux encore, l'autre de Miguel Amoros.
Par ailleurs, on s'est permis de traduire ce billet d'humeur, signé Acratausorio rex, qui malgré une conclusion décevante renferme quelques vérités de base.  


Question d’identités

Avec toute cette histoire d’indépendance de la Catalogne, un sujet attire particulièrement mon attention : qu’on m’explique qu’il s’agit là d’indépendantisme et en aucun cas de nationalisme. Autrement dit, on sort des milliers de drapeaux, la carte d’une patrie, une langue, une histoire, on revendique d’avoir un État à soi, participent à cela aussi bien des millionnaires que des prolétaires, l’Espagne et les Espagnols font face à la Catalogne et aux Catalans, la langue définit un territoire mais… surtout pas question de nationalisme parce que ce simple mot pue les champs de batailles et les millions de morts. Voilà bien pourquoi on parle de nationalisme avec dégoût, seul le PNV (Parti Nationaliste Basque ndt) persiste à employer le mot parce qu’il n’a pas encore découvert comment changer de nom.

Comment fonctionne le nationalisme ? En partie en se dotant d’une identité. L’identité individuelle est ce que l’on est. Un truc terriblement complexe. Découvrir ce que l’on est vraiment n’a rien de simple… Qui es-tu? Un sociologue aurait besoin de cent mille entretiens pour donner une réponse. Hein ? Et en plus, s’il se gourre ? Imaginez donc, partant de là, la complexité de découvrir ce que nous sommes, notre identité collective. Heureusement que l’État est là pour te l’accorder. Et que petit à petit se construise une identité.


Toute politique identitaire d’état tâche d’identifier des coutumes communes et comme la populace est tellement éclectique au niveau culturel, au niveau économique, au niveau du cadre de vie géographique… Ici, en Espagne, ce qui définit la culture commune est la langue. Qu’on l’appelle castillan ou espagnol.

L’autre aspect de politique identitaire fourni par l’État est le pouvoir d’identification : pouvoir identifier les autres et les doter de caractéristiques différentes des siennes. Pour qu’il puisse exister un « nous-autres », il faut que « eux, les autres » existent. Plus les autres sont identifiables, plus nous-autres sommes renforcés. Et vice-versa.




Par exemple, ce refrain « l’Espagne nous dépouille » qui amène à penser qu’il n’y a là aucune profonde réflexion au sujet de la création de la redistribution de richesses. Ça donne juste que les voisins qui se considèrent encore Espagnols se croient entendre traiter de voleurs. Et ça les énerve un peu plus à chaque fois qu’ils voient un Catalan, à la télévision ou ailleurs, avec son drapeau, sa langue et ses autoroutes à péages. Et ça les met en rogne et ça finit en commentaires méprisants. Commentaires qui, s’ils parviennent aux oreilles d’un Catalan, ne font que renforcer son catalanisme. Et si tu mènes une politique d’immersion linguistique en catalan, tant dans l’administration qu’à l’école, tu pourras bien dire ce que tu voudras, ceux qui se sentent Espagnols vont se trouver attaqués. Et lorsque le PP est arrivé à bousiller le Statut de 2010 ? Et bien, la même chose mais à l’inverse.

Et tout ça n’est pas fait innocemment. C’est même parfaitement calculé, car plus les gens s’identifient à une nation et plus une nation à un État, plus une population dominée par son gouvernement se retrouve à l’unisson. Tout comme l’esclave pouvait s’identifier au propriétaire de l’hacienda.

En Catalogne beaucoup de gens s’excitent au sujet de l’armée d’occupation. Mais en dehors de la Catalogne… Chers amis et amies Catalans, la gauche espagnole est unioniste et la population aussi. Les Espagnols sont loin d’être cette caricature de fascistes à petite moustache et calvitie que vous représentez systématiquement, pas plus qu’ils ne sont les quatre pelés néo-nazis. Ils applaudiront avec une profonde indifférence ce que le gouvernement fera contre la Catalogne, aussi despotique cela puisse-t-il être. C’est là tout le charme de la politique identitaire : plus elle cogne, plus elle renforce son adversaire. Et ça ni le Gobierno, ni le Govern ne l’ignorent car ils sont tout sauf innocents ou idiots… et ils jouent le jeu de leurs propres intérêts. Et en guise de repas, ils vont se goinfrer, en vous préparant à tous une orgie nationaliste. Et le plat de résistance, c’est vous tous et toutes. 

Les Mossos d'esquadra, héros (si!) de l'indépendance
L’unique réponse à la perte de liberté, à l’occupation militaire, au despotisme ne réside, en l’occurrence, ni dans le peuple, ni dans les nationalismes, ni au Govern, ni au gouvernement. La seule opposition, le seule réponse à la hauteur des circonstances réside dans le mouvement ouvrier. Et part d’un simple fait : les intérêts du travailleur ne sont pas nationaux. Pour poser la question des salaires, du poste de travail, du chômage, de ses conditions de vie sur la table, il faut qu’il existe des motifs autrement plus puissants. 

lundi 9 octobre 2017

Mort d'un rocker moustachu

Notre disparu du jour à la télévision le 7 février 1981.
Finalement, au vu des présents, c'est encore lui qui a le moins mal vieilli


On peut le retrouver avec Jean-Pierre Marielle, autre belle moustache, chantant du Caussimon à cet article.

vendredi 6 octobre 2017

Du rock dans le bayou


Osons une affirmation : si le rock n' roll vient sans conteste du blues, du rhythm 'n blues, plus précisément, depuis la mise à disposition des enregistrements des Lomax, père et fils, on sait que la musique populaire du sud des États-Unis qui a abouti à tout ça a marié des influences tant autochtones (la rythmique) que celtiques, germaniques (l'accordéon, le saxophone), africaines et bien entendu ce creuset que fut la musique cadienne ou cajun. D'aucun affirmeront péremptoirement que le cajun, qui dérivé en country and western, était l'apanage des Blancs là où le zydeco (ou zarico) celui des Noirs.
Comme toujours, les pauvres se fréquentant malgré tout ce qui entend les séparer, on rappellera que ce genre de classification est bien trop hâtive, les musiciens franchissant allégrement les genres et se mélangeant ou se pillant dès qu'ils en ont l'occasion. Et encore heureux. Et ceci est encore plus vrai dans ces contrées de bayou où de révoltes indiennes alliées aux esclaves marrons, d'ex français réfugiés au plus profond des marais, de cette ville de la musique, la Nouvelle Orléans, tour à tour espagnole, française américaine, chacun est allé faire sien la musique de "l'autre".
Il semble qu'une des chansons emblématiques du rock / rhythm and blues, Keep a knockin', issue des années 20, popularisée par Louis Jordan en 1939...

 

... immortalisée par Little Richard, l'autre King, la première grande folle du rock, celui qui rendait la vue aux aveugles, en 1957, en transformant ce blues en rock 'n roll (avec cette intro de batterie repompée dans Somethin' else et une ribambelle de morceaux) que tout le monde reprend depuis.



Il semble donc, disais-je, que cet éternel boogie soit issue d'un traditionnel cajun tout simplement nommé Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer. On a beau fouiner, pas moyen de trouver un enregistrement suffisamment ancien pour venir confirmer cette thèse. Notre plaisir consistera donc à envoyer un autre maître du style, mister Clifton Chénier, en personne, qui illustre ici les racines de la musique du diable.



mardi 3 octobre 2017

Herbe Tendre révolutionnaire (on fait ce qu'on peut)

Prolos affûtés prêts à passer à l'action
Que voulez-vous ajouter de plus à une si belle photo ? Si ce n'est que la révolution reste et restera une des plus belles passions humaines. Et qu'on l'attend encore.
Au menu du grand soir :
Expérience                     La révolution ne sera pas télévisée
L'Écho Râleur                La carmagnole
Catherine Ribeiro (?)     La guillotine permanente
Jean-Pierre Réginal        Le calendrier révolutionnaire
VII                                  La mort d'un monde
Mouloudji                       Quand viendra-t-elle ?
Marc Ogeret                   Le chant des canuts
Germaine Montéro        Ceux d'Oviedo
Bérurier Noir                 Coup d'état de la jeunesse
Frères Misère                 La révolution
Ludwig von 88                La révolution n'est pas un dîner de gala
Moustaki                         Sans la nommer
Gilles Servat                   The foggy dew
2 bals' 2 nègs' & Mystic  La sédition
Dan & Pat                        La diane du prolétaire
Cor de la plana                La libertat
La Dernière Tribu           Nés dans le béton
René Binamé                   La révolte
   
L'émission est disponible en cliquant là.
Et un coup de chapeau au centenaire du grand chambardement, cette déjà vieillerie (1977) signée Bulldozer. Le soleil se levait alors à l'Est. Enfin, y'en avaient pour bien vouloir s'en persuader. 

 

Et pendant ce temps, en Catalogne (vue d'ensemble)