mardi 29 décembre 2015

Au Bonheur des Dames contents d'eux (Manifeste)

C'est par cette bande de déconneurs dont vous trouverez la liste du personnel ici-même (on vous recommande particulièrement la vidéo jointe à l'article) que nous proclamons, pour 2016 comme en 1974, l'attachement à nos valeurs fondamentales.
Sus aux faiseurs de soupe et à tous leurs fans !
 
Ziggy et Roxy, 
ça vaut pas Jerry Lee, 
et ce bon vieil Alice 
n'est rien auprès d'Elvis !
Z'étaient quand même gonflés, la bande à Pipin. Surtout si on prend en compte qu'ils venaient de la pop progressive la plus infâme avant de rentrer dans les rangs d'un bon vieux rock n roll bien gras et déconnant.  
Ce premier album en est du coup, toujours recommandable: quelque part entre Bijou et Boris Vian.
À la fin c'est pas du yiddish, c'est juste une piste passée à l'envers.

 
On profite de l'occase pour rendre hommage à ce vieil ivrogne de Lemmy Kilmister qui ne faisait pas de la soupe lui non plus, plutôt du bouillon gras.

samedi 26 décembre 2015

Les Auvergnats de Paris

Bouscatel en uniforme
En plus de ravitailler Paris en pinard et en charbon, les Auvergnats l'ont aussi fait danser.
L'invention du mot "bal musette" vient d'ailleurs de la cornemuse du Cantal et de l'Aubrac, la cabrette. L'industrie du disque balbutiante va multiplier les 78 tours renvoyant ainsi les airs de balloche faire un tour dans leurs montagnes d'origine. Et racketter les musiciens en leur mettant la SACEM aux trousses.
Et il a suffit de marier cet instrument à l'accordéon des Italiens pour inventer une nouvelle musique : celle qui va régner à partir des années 20. 
Le tout, sous le regard de la statue du commandeur, Antoine Bouscatel, le "Jimi Hendrix de la cabrette".
Mais tenir un bal musette, c'était aussi vite entrer dans un certain "milieu". De limonadier, à barbeau il n'y a parfois qu'un pas.

C'est cette aventure que raconte cet excellent documentaire sonore de Péroline Barbet passé le 22 décembre dans "La fabrique de l'histoire" de France Culture avec les musiciens-chercheurs Jean-Francois Vrod, Eric Montbel et André Ricros, et Claude Dubois (historien), René Saget (musicien).

jeudi 24 décembre 2015

Hommage à la Galice : procession hérétique

  ( esprit de Noël es-tu là ?)

Traduction du commentaire, en gallego, de cette vidéo qui traîne chez ioutoube :
Galice, automne 2013. Il pleuvait, comme de bien entendu. Pas de neiges précoces mais des châtaignes et de la charcutaille. On nous a demandé de jouer à une procession. Qu'est ce qu'on joue? On n'a jamais joué derrière une procession ! On nous a dit... ce que vous voulez. Et il en fut ainsi. Fin de l'histoire.



En Galice, lorsqu'on ne balance pas des baffes au chef du gouvernement en goguette, on pratique l'humour le plus nonsense de toute la péninsule.
C'est la fanfare Taquikardia qui s'est permis ce gag. Nous, on s'est bien marrés à voir la tronche du cureton.
De l'autre côté des Pyrénées, cette bonne vieille haine vis à vis du clergé se manifeste encore par des processions athées carnavalesques ou des avis à qui de droit tels celui-ci :

Vous brûlerez comme en 36

lundi 21 décembre 2015

Supplément à l'émission de décembre : contre l'élistisme

Ce n'est pas venu en commentaires du blog mais au cours d'une conversation avec un ami.
Et, de mémoire, ça donnait quelque chose comme : "Dommage que vous soyez si élitistes. Il manquait à l'émission le "bulletin de santé" de Brassens. "
Élitistes, nous ? Merdalors...!
Bon, puisque tu nous le demande, camarade, voici le père Georges et son complice Pierre Nicolas, ricanant sous cape et néanmoins en public à Bobino en 1969.
La chanson, de 1966, (sur l'album Supplique pour être enterré sur la plage de Sète) fut écrite en une période où le bougon moustachu se faisant plutôt rare, certains journaux allèrent supposer le pire.
Il leur répondit donc cette vacherie.
On trouve même là-dedans un clin d’œil appuyé à Mallarmé.
L'avez-vous ouï ?



vendredi 18 décembre 2015

Queneau et la chansonette


Mais Doukipudontan ?
De Raymond Queneau (1903-1976), on a surtout retenu Si tu t'imagines, immortalisé par Juliette Gréco sur une musique de Joseph Kosma.
Mais le grand maître de l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) , satrape du Collège de Pataphysique, exclu du groupe surréaliste par le commissaire politique A. Breton en 1930, un temps collaborateur, de la Critique Sociale de Boris Souvarine, traducteur chez Gallimard, a écrit quelques dizaines de rengaines.
Ou a eu sa prose mise en notes par nombre de musiciens.

Son amour du rythme, des onomatopées, des néologismes et des mathématiques le prédestinait d'ailleurs aux adaptations.




Le poème "Tant de sueur humaine, originellement interprété par Guy Béart, est ici trituré par Éric Bernard.


Et le Saint Ouen Blues, mis en musique par TEO (Thierry Manier, compositeur, Éric Pau au chant et Olivier Bayol, arrangeur). sur un disque auto-produit avec 5 autres titres, 4 poèmes de Queneau et un de Tristan Derême.



mardi 15 décembre 2015

Dimey chez Chancel

Amis Dimeylogues, on nous écrit de quelque part dans le Nord-Est (ou au moins de l'une de ces deux contrées).
Voilà qui tombe ne pouvait mieux tomber.

Bonjour, je suis tombé par un heureux hasard sur votre blog.
Comme il n'est diffusé qu'à discrétion pour le site "les copains du lundi blanc"
( adresse de la page Bernard Dimey d'où est tirée cette splendide photographie ndr)
peut-être serez vous intéressé par l’émission "Radioscopie" de Bernard Dimey;
Amitiés ♫
É. C.
(...)

Réponse : Estimé bienfaiteur, on se fait donc une joie de passer la rencontre radiophonique entre le gros Bernard et le père Chancel en 1978. Et on est toujours preneurs de toute documentation.


Et donc en prime, un poème :
qu'on peut agrandir en cliquant

Ce petit poème, on peut supposer qu'il a été écrit pour Yvette Cathiard ... (Ce n'est qu'une supposition personnelle)
Les brouillons ont été retranscrits sur le site de ma copine Ysabelle,(...) vous y trouverez une cinquantaine (voire plus) de textes connus, inconnus, rares et inédits (et c'est pas fini !) :
Est paru il y a quelques mois, dans une édition confidentielle, des manuscrits de voyage retrouvés par Francis Couvreux :
Amitiés ♫E.C.

dimanche 13 décembre 2015

On a chanté les collabos

Lorsqu'on les entend à la radio, tous alignés au garde à vous face aux attentats, à l'état d'urgence, aux élections, on se prend parfois à évoquer un temps qui, question dégueulasserie, n'avait rien à envier au nôtre.
Tout comme George Orwell, Pierre Dac officiait à la BBC pendant la seconde guerre mondiale, Radio Londres pour les Français, et malgré un ton obligatoirement patriotard, sa spécialité était de remonter le moral d'un populo occupé à ne pas crever de faim, slalomer entre les rafles, se foutre à l'abri des bombes "amies" et retrouver son ausweiss et ses tickets de rationnement, bordel, je les avais pourtant bien mis dans cette poche !
Ça a donné un duel verbal et haineux entre le speaker des FFL et le propagandiste en chef de Radio Paris, Philippe Henriot, seulement interrompu par le forfait de ce dernier, exécuté le 28 juin 1944 par un commando du COMAC, groupe de la résistance. 
Mais la spécialité de Dac, c'était avant tout des reprises de refrains à la mode pour en faire des chansonnettes faciles à fredonner, emplies du mépris sans limite qu'il éprouvait pour l'univers de la collaboration et ses maîtres nazis. 
On la dédie à ceux qui se croient héritiers de ces übermenschen là.



Et on en remet une couche avec une reprise de La complainte de Paris de Charles Trenet (on avait passé ça dans le florilège 39/45 )


vendredi 11 décembre 2015

Les Stones en français

En 1965, le groupe de rock qui monte, qui monte obtient son premier succès destiné à devenir mondial : (I can't get no) satisfaction.
À l'origine groupe de reprises de blues, les Rolling Stones vont se voir petit à petit obligés de composer afin de réaliser leurs ambitions. Leur premier tube (I wanna be your man) sera une chanson offerte par Lennon / Mac Cartney, puis Jagger / Richard (alias les Glimmer Twins) vont devoir se mettre au turbin.
Problème : après le boom créé par Satisfaction, tout le monde les attend au tournant, leur maison de disque, les critiques, le public, la concurrence, etc.
Pressés comme des citrons, harcelés, nos Twins vont écrire la chanson qui envoie tout le monde se faire foutre. Et ça va cartonner ! Parue en 45 tour fin 1965, ce rock, affichant le côté voyou de nos futurs nobliaux millionnaires, affiche l'irritation d'un rêveur face aux injonctions de la consommation, du voisinage ou des flics de la circulation.
Et ce fut numéro 1 des hit parades des côtés de l'Atlantique, pour rappel :

Bien entendu, ce genre de rock énervé a donné lieu à pas mal de reprises dès l'année de sa sortie. Elles sont parfois étonnantes, on vous conseille vivement les reprises portoricaines en espagnol !
Curieusement, il existe assez peu d'adaptations en français. L'énormité de la chose aurait-elle inhibé nos rockers ?
Heureusement, la maison OTH en fit une version détournée mais fort inspirée et reconnaissable qui se trouvait en ouverture de leur premier disque "Réussite" (1984).
Voilà qui fait un complément à notre émission sur la santé.


mardi 8 décembre 2015

Décembre : tant qu'on a la santé


Ce soir là, chaque chanson fut dûment mimée par nos animateurs. Remarquez, on s'en fout, c'est de la radio. À l'ancienne...

Raoul de Godewarsvelde                 Chanson sans calcium
Henri Salvador / Ray Charles          Blouse du dentiste
Gaston Ouvrard                                Je ne suis pas bien portant
Thomas & son groupe électrogène   Le cancer
Dany Mauro                                       Tamiflu
Simone Max                                       Un p'tit verre
Les Colocs                                          Séropositif boogie
La Bolduc                                           Tout le monde a la grippe
Énigme
Marie-Thérèse Orain                          L'amour en cage
Étron Fou Leloublan                          Le lavabo
Bobby La pointe                                 Méli-mélodie
Monique Morelli                                 Marguerite Luc
J Higelin / B Fontaine                         La grippe


Comme toujours, cette émission est téléchargeable là.

Et en supplément, le côté visuel de la chose :


Freres Jacques Chanson sans calcium par mouche45

samedi 5 décembre 2015

Toujours plus haut flotte notre drapeau !

J'ai vécu des moments inoubliables. Les espions, par exemple (...)
En Bulgarie, c'était vraiment quelque
chose. (...)
J'ai été photographié... sous tous les angles. Je n'étais pas en forme ce jour-là. (...)
J'étais vraiment dans un mauvais jour - je ne cherche pas à m'excuser, il n'y a pas d'excuses, il faut toujours faire de son mieux "vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage" etc... Mais le métier, c'était du bois, mon vieux, du bois mort, j'étais tout seul, quoi.
Et huit jours après, deux Bulgares du genre vachards à moustache m'abordent dans la rue. (...) On entre dans un café, on prend place et ils m'exhibent leurs photos. La honte me monte au front. J'étais minable, vraiment minable. Et l'angle sous lequel ces salauds-là avaient pris la photo n'arrangeait pas les choses (...)
J'étais humilié. J'avais trente ans, c'était mon premier poste diplomatique, je représentais la France...Et ça ! Si j'avais su que j'avais des témoins, que j'allais passer à la postérité en tant que représentant de la France à l'étranger, j'aurais fait quelque chose de formidable, c'était pour mon pays, après tout, il y avait une réputation millénaire à soutenir, Jeanne d'Arc, Descartes, Pascal, tout ça. Et la môme ne faisait rien d'historique non plus. Sur la photo, on voyait son visage, elle se tenait là, à quatre pattes, la tête légèrement tournée vers moi avec l'air de se demander : "Mais qu'est ce qu'il fait, celui-là?" Quant à moi on aurait dit que je poussais une charrette.(...)



J'ai dit aux deux types : "Écoutez, c'est épouvantable. Je suis confus." Ils étaient contents. Il y en avait un qui se caressait la moustache d'un air méditatif et il ne se doutait même pas que je faisais le plus gros effort de ma vie pour ne pas lui cracher à la gueule. (...)
Finalement, le plus sévère des deux flicards me dit :"Avec un peu de bonne volonté de part et d'autre, on peut toujours arranger les choses." Je débordais de gratitude. "Formidable...Merci, merci...Tout ce que je vous demande, c'est de me donner encore une chance... Convoquer cette jeune personne ou, de préférence une autre un peu plus stimulante...Tenez, la fille de votre chef, le ministre de l'Intérieur, j'ai toujours eu envie de me la taper et si vous pouviez m'arranger ça...On déchire ces photos déshonorantes et on recommence. Je vous promet de faire beaucoup mieux. Je vous promet de faire glorieux, surtout si vous me permettez de mettre le drapeau tricolore dans un coin, ça m'a toujours fait un effet inouï, le drapeau tricolore, à ces moments-là, c'est même pour ça que je suis devenu gaulliste. (...) Si vous ne le faites pas pour moi, faites-le pour Rabelais, pour Madelon, pour Brantôme et pour Maurice Thorez." (...)
Les deux connards communistes me regardaient comme s'ils étaient tombés sur un antéchrist. Tout juste s'ils ne réclamaient pas au garçon de l'eau bénite. Je n'ai jamais pu blairer les puritains, jamais. Je leur sortais tout ça entre les dents, en les regardant devenir de plus en plus verts et avec une de ces envies de leur danser dessus, mon ami....
Romain Gary (La nuit sera calme

mercredi 2 décembre 2015

Décembre : métro boulot, chimio

Tous au trou de la sécu (variante belge)
Par delà l'actualité, comment va la santé ?
Non, pas la taule. Celle-là déborde, comme à son habitude, l'autre, celle qui nous rend apte à nous lever le matin pour produire, consommer, nous reproduire, vivre avec ou sans gouttes, cachets, piqûres...
L'Herbe Tendre de décembre fera donc un tour du côté des petits et gros bobos (rien à voir avec nos centre villes) des maladies, des thérapeutes et autres médicastres plus ou moins humains ou filous.
On vous y espère le lundi 7 décembre sur Canal Sud (92.2 fm) à 18h.
À la votre !


Oberkampf - Hopital par eginauhdo763

dimanche 29 novembre 2015

Teyssot-Gay adapte Hyvernaud



Fils d'ouvriers, Georges Hyvernaud (1902 / 1983) est un des écrivains français les plus méconnus, oublié, passé sous silence des lettres françaises d'après guerre (on parle ici de 1939/ 1945).
Brillant élève, enseignant à l'école normale, il collabore dès 1926 à quelques revues littéraires parisiennes.
Sa jeunesse était déjà restée marquée par l'attitude patriotarde des médiocres prenant des poses de matamores au cours de la première guerre mondiale*.
En 1940, il fait partie de cet immense troupeau de prisonniers qu'est devenue l'armée française (environ 1 845 000 captifs). Envoyé dans un Oflag (camp de prisonniers pour officiers, donc pas astreints au travail forcé) en Poméranie.
De cette longue marche d'humains entassés, des années qui vont suivre derrière les barbelés, il tirera "La Peau et les Os" en 1949 qui fut descendu par les critiques dès sa pré-publication dans Les Temps Modernes
On supposera le sous-titre rajouté par l'éditeur
Dix-huit cents jours d'humiliation, de promiscuité répugnante, de pestilence et d'abjection décrites par un instituteur charentais perdu en terre hostile. Le prisonnier est un homme nu, privé d'identité, d'espoir et de rêves, écœuré par les poses, le chauvinisme mesquin, la prose de Charles Péguy, le vychisme affiché de la plupart de ses codétenus.
Ce livre sera vite remisé aux oubliettes dans l'ambiance libératrice durant laquelle les prisonniers font tâche dans la légende du réveil national et de la geste résistante.
Malgré l'estime de Raymond Guérin ou Henri Calet, ce sera encore pire avec Le Wagon à vaches (1953) inspiré par son retour à la liberté dans la France pavoisée de la victoire : «l'expérience de l'absurde vécu au niveau de la misère quotidienne par les individus les plus ordinaires»
Extrait du "wagon à vaches" (1953) : "Les boutiquiers exposaient en ce temps-là le portrait d'un général. Les poètes chantaient la Marseillaise et les lendemains qui chantent, la rose, le réséda et les cheveux d'Elsa; des choses qui ne me concernaient point."
Georges Hyvernaud abandonna la littérature. Professeur à l'École normale de la Seine, il se consacra à une œuvre pédagogique avant d'être redécouvert dans les années 80 par la réédition de ses deux livres ainsi que par un troisième "Lettre anonyme".


Bouleversé à la lecture de La peau et les Os par « l'honnêteté viscérale » de son auteur Serge Teyssot-Gay (alors guitariste de Noir Désir) en a tiré une adaptation musicale sous le titre On croit qu'on en est sorti (Barclay, 2000.)
Il y récite des extraits du livre enrobés de guitares souvent saturées et de rythmes plombés.
L'extrait ci-dessous ne manquera pas d'évoquer une certaine actualité. 




* Extrait de "feuilles volantes" "Se dépêcher de gagner des sous si on aimait ça. Ou de baiser, si on aimait ça. C'était la guerre. Jamais excuse plus commode, absolution plus totale ne seraient offertes à la vacherie humaine."

jeudi 26 novembre 2015

Archives du scopitone (4) Gainsbourg se pastiche

Pour l'occase du premier avril 1966, son pote Jean Yanne pousse le Lucien à se parodier en reprenant son premier succès personnel* "Le poinçonneur des Lilas" (disque "Du chant à la une !" 1958).
Il suffira juste d'agrandir un peu des trous qui seront désormais creusés à Pacy sur Eure, rime oblige.
Le résultat: un scopitone plutôt sympa et pince sans rire.



Serge Gainsbourg - Le fossoyeur par Van_Lock

*Avant 58, Gainsbourg, assez complexé face à Boris Vian et trop timide pour tenir le devant de la scène écrivait des chansons pour d'autres tout en faisant le pianiste de cabarets.

dimanche 22 novembre 2015

Lois scélérates (actualité )

France, terre de culture et d'arts (vue d'ensemble)

Petit rappel sur les "lois scélérates"*
Première loi, 12 décembre 1893 : sont désormais punies provocation indirecte et apologie d'idées subversives. Un juge peut ordonner la saisie de l'organe concerné et des arrestations préventives.
La seconde loi tombe le 15 décembre, trois jours après. Elle vise les associations de malfaiteurs et cible particulièrement les groupes anarchistes. Elle permet d'inculper tout membre ou sympathisant sans distinction. Et encourage, au passage, à la délation : « Les personnes qui se seront rendues coupables du crime, mentionné dans le présent article seront exemptes de peine si, avant toute poursuite, elles ont révélé aux autorités constituées l’entente établie ou fait connaître l’existence de l’association.».
La troisième loi, du 28 juillet 1894, est plus explicite puisqu'elle les vise directement les anarchistes en les nommant, leur interdisant toute propagande. Suite à cette loi, de nombreux journaux, dont Le Père peinard, sont interdits. Elle inaugure une véritable chasse aux sorcières, des milliers de perquisitions et d'arrestations débouchent, notamment sur le Procès des trente.


FRANCOIS BERANGER.l'état de merde.wmv par kikipicasso7

Vous ne voyez toujours pas le rapport avec trois mois d'état d'urgence ?
Sans faire d'anachronisme incongru, il se trouvait à l'époque au moins quelques voix connues pour crier au scandale. Chez les socialos, entre autres...
Ça va faire 20 berges qu'on vit sous Vigipirate (efficace, non ?) et on a quelques craintes pour la suite.
Toute manifestation est interdite, sauf pour resserrer les rangs pendant que les marchés de noël, eux, ouvrent à l'heure. Business as usual.
Plus de 40 perquisitions en quatre jours rien que dans la région toulousaine pour plus de 200 grammes de shit saisis ! Tremblez terroristes !
On nous claironne encore une fois le coup de l'union sacrée.
Et un jour, peut-être, on va trouver ça lassant**.
Quant au chanteur toulousain qui fit carrière sur son origine algérienne et qui vient d'éructer son amour de la France et son accord à restreindre les libertés ("On en a tellement", ose-t-il rajouter) on lui souhaiterait bien de crever s'il n'était déjà atteint de mort cérébrale.
Y'a des jours comme ça, entre marteau et enclume de la connerie, on a envie d'aller voir ailleurs s'il y a de la vraie vie.
Dans cette ambiance, on reprendra bien du blues crade, désespéré, celui qui donne envie d'en finir avec ces guignol.
Alors écoutez "Ain't it fun" des Rockets from the tombs de Cleveland (50/50 futurs Pére Ubu et Dead Boys) maquette jouée en 1974, qu'on croirait avoir été écrit pour cette nation glauque. Rarement chanson est tombée aussi juste.

* L'expression est d'Émile Pouget. Jean Jaurés et Léon Blum la reprendront à leur compte.  
**Les médias s’emploient à faire croire que seuls les terroristes s’attaquent à l’État et que par consé­quent tous ceux qui s’attaquent à l’État sont des terroristes. Leur intention est claire : assimiler tout acte de révolte à du terrorisme, tout en décuplant la charge émotionnelle attachée à ce mot. Le ter­rorisme est la continuation de la politique par d’autres moyens. (...)

Nous subissons directement l’intensification des moyens de contrôle. Le sinistre précédent alle­mand donne l’avant-goût de ce qui nous pend au nez. II devient de plus en plus difficile de se dissi­muler aux yeux de l’État. Dans ce monde, seules les marchandises peuvent circuler librement. Pour nous, les pauvres, le simple fait de circuler devient périlleux. (Os Cangaceiros. 1986)

vendredi 20 novembre 2015

Parenthès d'actualité : de l'idôlatrie perverse

Et dire qu'il y a peu, certains (dont nous sommes) affirmaient péremptoirement, avec parfois une pointe de nostalgie déplacée, regretter le temps où aller voir du rock était aventureux, voire dangereux !
Voilà t'y pas que quelques salopards ont remis les pendules à l'heure, accompagnant leurs actes d'un discours digne de l'ère Brejnev en ce qui concerne notre musique.
Et puisqu'il paraît que résister c'est sortir le soir sous protection policière ("Entre au bistrot Jean Moulin !") nous rejoignons nous aussi la résistance en affirmant nos valeurs.
Il est des groupes français qui font des reprises en traduisant littéralement l'anglais originel. En général, c'est lamentable.
Les Éponges se sont attaqués à Jaaaaames Brown en 1990.
On vous offre cette tranche de décadence.
À suivre...


Gloire éternelle au camarade Gildas de Dig it ! pour nous avoir révélé ces galopins.

mercredi 18 novembre 2015

Rimbaud en chanson ( 1 ) : Sensation


Rimbaud, vieilli, à Harar (1883 ?)
Le jeune Arthur ne pouvait qu'attirer et fasciner moult  musiciens. Ferré, Montand, Morelli, Reggiani entre autres s'y sont frottés. Et on n'ose compter le nombre de rockers ayant emboîté le pas de Patti Smith.
Chacun, chacune, a son Rimbaud, archétype du jeune homme révolté, échevelé, transgresseur, sympathisant de la Commune.
Bien entendu, le commerçant africain préfigurant les apprentis businessmen qui allaient revendre des bagnoles plus ou moins pourries au sud du Sahara a beaucoup moins la faveur de la chanson, ne serait-ce que parce que le petit gars de Charleville-Mézières avait alors rompu avec l'écriture.
Il existe toutefois des chansons traitant de cette dernière période, on y reviendra...

Dans l'immédiat, on va se contenter de ressortir un classique, Sensation (paru en mars 1870 dans Le cahier de Douai), qui fut d'abord mis en musique par Félix Leclerc, puis repris, avec une autre mélodie, par Robert Charlebois en 1969.
Cette dernière version resta la plus populaire.
Elle est ici interprétée en duo dans une émission des Carpentier des années 70, en duo avec Jacques Higelin qui cabotine. Mais la beauté de ce texte...


Duo Higelin et Robert Charlebois par alainpau


Le poète par Hugo Pratt
Hugo Pratt a, pour sa part, pas mal cité Rimbaud.
Toutefois, il convient de rendre ici hommage à ses traducteurs.
Dans les Éthiopiques (forcément) la première page d'un Fortin en Dancalie cite Le Bateau ivre dans une planche hallucinée de chameaux, drapeaux, mitrailleuse, scorpion... lu par une baderne de l'armée britannique, traître à la cause irlandaise.
Dans les planches numéros 91 et 92 de Corto en Sibérie, on retrouve Sensation comme moyen d'évasion au cours d'une violente rencontre avec la Division Sauvage du baron Ungern-Sternberg.
Dans la version originale de la BD, le poème de ces deux pages ne sont pas de Rimbaud mais d' Eugenio Genero, poète vénitien et grand-père paternel de Pratt.
Fut-ce un coup de génie des traducteurs ou une idée de Pratt lui-même que d'aller remplacer son grand-père par Arthur Rimbaud pour la version française ? Nous n'avons pas la réponse à cette question.
Le même poème sera recyclé dans le médiocre dessin animé tiré de l’œuvre de Pratt, La cour secrète des arcanes (2002).

La première version mise en musique par Félix Leclerc

Félix Leclerc - Sensation par BnFCollection

Aux images nous sommes condamnés (pêché chez La crevaison !)

dimanche 15 novembre 2015

Francesca en concert

Écœurés par le dernier massacre parisien en date  (le pire depuis octobre 1961) et par la réaction, pourtant tellement prévisible, des crapules qui nous gouvernent, on se contentera, pour l'instant et comme à chaque coup de cafard, de s'envoyer un peu de musique.
C'était pour l'émission télévisée "Gala de la fine fleur de la chanson française", du 2 mai 1968.
La suite dudit mois n'allait pas être triste.
On constate ici que même la télé de De Gaulle avait quelques bons moments. On pouvait y proférer des gros mots comme "Vietnam" ou y chanter les hauts faits d'une courtisane décatie.
 
Francesca Solleville est accompagnée par l'orchestre  de Jean-François Gaël, elle interprète trois chansons :
- "Lola, Lola", paroles de Michelle Senlis et Claude Delécluse, musique de Jacques Debronckart
- "Vietnam", paroles et musique d'Henri Gougaud
- "La fille des bois", paroles de Pierre Mac Orlan (parues dans le recueil "Mémoires en chansons", Gallimard, 1963), musique de Léo Ferré.



vendredi 13 novembre 2015

Le désir selon Mouloudji




Madame Rita : femme fatale à ses heures
Le petit Marcel est loin de s'être contenté de chanter les autres (Queneau, Prévert, Dimey et bien d'autres).
Il écrivit la plupart de ses succès, chansons plutôt tendres, souvent placées sous le signe de l'auto-dérision.
On a toujours particulièrement aimé cette balade mélancolique, enregistrée en 1957.
La musique était co-écrite avec Henry Charles.
le titre est paru dans le disque "Le long des rues de Paris" édité par Philips (N 76.404R).
Au prix qu'atteint cette (bien nommée) galette chez les collectionneurs, on pourrait bouffer du caviar à la louche au petit-déjeuner et en amoureux pendant deux mois.
Approximativement...

mardi 10 novembre 2015

Allen Toussaint a cassé sa pipe

Allen Toussaint est mort le 9 novembre dernier.
Né en 1938, il avait débuté au piano avec Dave Batholomew avant d'aller accompagner avec Fats Domino, Irma Thomas, Lee Dorsey, Dr John, Professor Longhair et bien entendu le légendaire groupe de funk de la New Orleans, The Meters (liste non exhaustive).
Il a également cotoyé le grandissime chanteur et auteur cajun Bobby Charles.
Ce qui explique, notre peine mise à part, sa présence sur ce blogue dans la rubrique "cajun".
Hommage à un grand pianiste, compositeur, chanteur et producteur de la New Orleans.
Un petit blues pour respecter la tradition.

 
Suivi d'un inévitable pour la route. So long, chap.
 

Danny Boy et les pénitents (Curiosité malgacho-normande)

Claude Piron alias Danny boy, natif de l'Eure; se morfond dans sa Normandie en 1961.

On peut le considérer comme l'un des premiers chanteurs français de rock, seuls Georges Guétary (si !) et Henry Cording (Henri Salvador) avaient abordé le genre sans y croire, avec un ton sarcastique.
Claude commence sa carrière sous son vrai nom, en 1958, avec une reprise des Kalin Twins "When" renommé "Viens" (fastoche, non ?). Il enregistre ses premiers disques sous son vrai nom, avant de prendre, en 1960, le pseudonyme de Danny Boy et de former le groupe Danny Boy et ses Pénitents qui seront Bruno (guitare), JC Ralai (guitare), Didier (guitare basse) et José (batterie).
L'histoire du groupe est assez marrante :
Imaginez quatre jeunes Malgaches, exilés à Paris, qui chantent des romances au bois de Vincennes. Jean-Claude Ralai, 20 ans, travaille chez un imprimeur. Un de ses collègues le met en rapport avec le chanteur Danny Boy, qui auditionne des musiciens.
En deux boogie-woogie, Danny est conquis,il les engage. Jean-Claude prétend qu'à l'époque il ne connaissait que 3 accords !
Là, deux versions existent au sujet de cet étrange groupe black sapé dans un pur style Klu Klux Klan :
- Danny en fera ses Pénitents en souvenir des processions des fêtes de Pâques passées en vacances à Barcelone
- Les petits gars, en majorité étudiants, ont de la famille à Madagascar et veulent à tout prix éviter d'être reconnus par leurs parents (sont censés étudier et pas faire les cons avec des guitares) en cas de passage télé. D'où les cagoules...


Leurs premiers succès, Un collier de tes bras, Un coup au cœur, C'est encore une souris, Je ne veux plus être un dragueur, ont mettent en avant un timbre de voix bien frappé, assez clair, qui le distinguait des autres chanteurs. 
Grandeur et servitude du rocker sous le gaullisme : en 1962, Danny Boy et ses Pénitents se sont produits pendant huit mois en tournée avec le Cirque Pinder. En 1967, ils ont également participé à la tournée "L'épopée du rock", avec l'inénarrable Vince Taylor.
À la dissolution du groupe, Claude Piron se fera poissonnier sur les marchés normands.


DANNY BOY ET LES PENITENTS par asinette

(Emprunté au monde de Jano)

vendredi 6 novembre 2015

Le tube de guerre universel : le blues du soldat

En avril 1915, le jeune Hans Leip a le moral en berne.
Non seulement, ce caporal est mobilisé pour le front Russe mais, incorrigible romantique, il est amoureux de deux femmes : sa logeuse Lili et Marleen, une infirmière de sa connaissance.
Qu'à cela ne tienne, avant d'aller patauger dans la gadoue ukrainienne, le poète réunit les deux dames dans un même poème :  Lied eines jungen Wachtpostens
(Chanson d'une jeune sentinelle)

Rentré du front, à peu près entier, Hans Leip publiera un recueil, en 1937, Le petit accordéon du port, comprenant 5 strophes de la chanson accompagnées d'une partition.
Cette même année, la chanteuse Lale Andersen va conclure cette chanson en faisant mourir le soldat dans deux derniers couplets avant de demander à son amant, Rudolf Zink, de la mettre la en musique en améliorant la partoche.
Rodée dans les cabarets, elle enregistrera deux versions différentes. Les choses étant ce quelles sont en 1938, c'est la version la plus martiale qui sera diffusée en radio.
Jugée « terne et sans rythme » par la critique, la scie cafardeuse ne se vendra qu'à 700 exemplaires. Un bide absolu !
 La version originale par Lale Andersen

Mais la renommée est parfois farceuse. 
Le 18 août 1941, des bombardiers britanniques rasent l'entrepôt de disques du lieutenant Heinz-Karl Reitgen, directeur et disc jockey de la station de radio militaire de Belgrade, occupée par la wehrmacht. Obligé de se rabattre sur un carton de disque au rebut, il prend cette chanson comme indicatif de fin des programmes.
L'émetteur de Radio Belgrade étant capté de Libye jusqu'en Norvège, voilà t'il pas que des milliers de soldats, cantonnés dans cet espace géographique, se mettent à chialer et en redemander tous les soirs à 22h.
Goebbels s'en émouvra et ira traiter cette scie de "danse macabre". Pour sa part, le musicologue Erwin Rommel l'adoptera sans réserve dans son Afrika Korps.
Et tous les soirs, quelque part entre Benghazi et El Alamein, selon offensives et 
un public souvent captif
contre-offensives, les combats s'arrêtent et les Anglais, Canadiens, Australiens, Français et autres embarqués dans cette galère hurlent aux Allemands d'en face de monter le son ! 
Ainsi, la chanson du caporal cafardeux de 1915 est devenue l'hymne absolu d'une guerre qui s'éternise.
En quelque mois, elle est chantée en 43 langues. En France, c'est Suzy Solidor qui l'enregistre en janvier 1942 (adaptation d'Henry Lemarchand).
Goebbels, toujours aussi teigneux, en fait graver une version en anglais pour démoraliser les soldats alliés.
Du coup, l'État-major allié riposte avec des versions de Anne Shelton, Vera Lynn ou Glenn Miller.

Mais LA version langoureuse entre toutes, LA version populaire entre toutes, LA version qui tombe à pic, c'est bien entendu celle enregistrée par le capitaine de l'US Army, d'origine allemande et antinazie irréprochable, Marlène Dietrich.
L'actrice embedded fera plus de 60 concerts, en 1944, en accompagnant la progression de la troisième armée de Patton, s'appropriant la chanson au point de changer son titre en Lily Marlène et transformant le blues du soldat allemand loin de chez lui en hymne de la libération.

Une variante des années soixante par Anne Vanderlove

Pour finir, on ne résiste pas au plaisir de vous envoyer ce pastiche écrit par l'écrivain Guy Roves, écrit dans lointain stalag et chanté, il fut un temps, en intro de concerts par la Souris Déglinguée :
Devant la caserne,
Y a un Allemand
qui monte la garde
assis sur un pliant.
Je lui demande :
pourquoi pleures-tu ?
Il me répond :
Nous sommes foutus !
On a les Russes au cul.
Hitler sera pendu.

On termine par un clin d’œil à Chéribibi qui a aussi raconté cette histoire, à sa manière, dans son numéro 8. Rompez !

mardi 3 novembre 2015

Novembre 2015 : L'enfermement

Dialogue social (début XXIème siècle)
Pour le mois des morts,on s'est tapés une petite virée chez les enterrés vivants.
En taule ou ailleurs, c'est pas les maisons closes qui manquent...
Pour creuser un tunnel en zizique :
Les crabes à la mer                La cellule
Les 4 Barbus                         Complainte d'un galérien
Francesca Soleville                Merde à Vauban
Jacky Foussier                        L'enfermée
François Béranger                  Prisons
Tri Yann                                 Dans les prisons de Nantes
Bérurier Noir                         Pavillon 36
Passi                                      Le maton me guette
Bobby Lapointe                       Sentimental bourreau
Simone Bartel                         Mon p'tit salé
NTM                                       Qu'est-ce qu'on attend ?
Serge Reggiani                        Villejuif
Zonzinc                                   La dernière babillarde 

On écoutera cette émission éducative en cliquant là

En supplément, un des morceaux qui n'a eu le temps d'apparaître


dimanche 1 novembre 2015

Paris Jadis au générique

Des Enfants Gâtés
Synopsis :
Afin d'écrire le scénario de son prochain film dans la plus grande tranquillité, Bernard Rougerie, cinéaste déjà célèbre, loue, après bien des déboires, un appartement dans une cité H.L.M...
Il est invité dès le premier soir par ses voisins, dont une jeune chômeuse, Anne, à participer à une réunion de locataires. Par désœuvrement, par secrète inclination pour Anne, Bernard se trouve pris dans l'engrenage de leurs revendications légitimes face à des propriétaires voraces...

Ce n'est pas, à proprement parler, du grand Tavernier mais la chanson du générique est un coup majeur : Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort, qui ne jouent pas dans le film, chantent en duo.
C'est là la plus réjouissante version qu'on ait jamais entendu du "Paris jadis"
de Jean-Roger Caussimon (on en trouvera une version là).
Nos deux cabots moustachus y mettent toute la gouaille et l'ironie requises en la circonstance.
Cette séquence a pas mal tourné sur divers blog mais comme y'a pas de mal à se faire du bien petit rappel :


"Paris Jadis" : J. Rochefort / J-P... par Bonzou

jeudi 29 octobre 2015

Maurice Fanon a le cafard

Le Maurice avec Colette Magny



une émission lui fut tout de même consacrée










À l'instar de Bernard Dimey ou de  Jean-Roger Caussimond, Maurice fanon (1929-1991) est le type même de l'auteur qui a nourri une charrette d'interprètes avant de se décider a y aller de sa propre voix.
Après une parenthèse algérienne de deux ans qui le laissera antimilitariste à perpéte, il écrira pour Georges Moustaki, Pia Colombo, Francesca Soleville, Joe Dassin, Isabelle Aubret, Cora Vaucaire, etc. avant de se lancer en compagnie de Jacques Debronckart au cabaret de Jacqueline Dorian avant de signer chez Odéon en 1963.

Sans illusions ni concessions pour le monde du show-business, Fanon continuera une carrière en dents de scie dans les cabarets marquée, entre autre, par le blocage de ses droits par deux maisons de disques. 
Curieusement, il aura un certain succès d'estime au Japon.
Entre un vieux fond anar et des amitiés au grand parti des travailleurs, il aura l'honneur d'un disque entier de ses compos interprétées par Juliette Gréco.
Par ailleurs, il a écrit deux romans et quelques recueils de poésie qui ne seront édités qu'à titre posthume.
Il est mort le 30 avril 1991.
Un site internet lui est dédié. 



Une autre joyeuseté

dimanche 25 octobre 2015

Novembre entre quatre murs

La prison est ce lieu où Ulysse est sous l’œil d'un Cyclope qui garde et mange les moutons. (AH Benotman)


Depuis qu'un certain Hamourabi a chié les premières traces écrites de la loi, il semble que l'humain ait développé une passion certaine pour entraver et enfermer son semblable.
Et ce n'est pas allé en s'arrangeant depuis, c'est même un business qui peut rapporter gros.
De même qu'il existe une littérature carcérale, un cinéma carcéral, une peinture carcérale, la chanson s'est souvent attaquée au triste sort du taulard, du galérien, du bagnard, du gosse en maison de redressement.
Mais on ne réduira pas ici l'enfermement à la seule prison. Hôpitaux psychiatriques, mouroirs de retraites, centre d'éducations fermés (bel oxymore administratif, au passage), stockage concentrationnaires sont autant de lieux d'enfermement.
Chacun peut se retrouver enfermé et en faire une complainte, un hymne, un blues vengeur ou un refrain ironique.

L'Herbe tendre de novembre ira donc fouiner entre quatre murs pour l'émission du lundi 2 novembre à 18h sur radio Canal Sud (canalsud.net)

Un documentaire de Nicolas Drolc sur les mutineries de Toul et Nancy en 1971 (musique de King Automatic et M. Verdun)


Où nos working class heroes conseillent de ravager les maisons de redressement (les images viennent de la mutinerie de Stangeways, Manchester,1990)

 
 


jeudi 22 octobre 2015

La ville de boue (1870)


Voilà une chanson qu'on a manqué passer dans l'émission consacrée à la racaille militaire.
Créée par Tri Yann, sur leur album Urba en 1978, elle narre un épisode méconnu de la guerre de 1870/1871, celui du camp de Conlie.

Le 4 septembre 1870, après un début de guerre désastreux contre la Prusse, Napoléon III, prisonnier à Sedan, abdique. 
Sous pression d'un Paris pré-révolutionnaire, Léon Gambetta, ministre de la guerre du nouveau gouvernement,  voulut poursuivre une "guerre à outrance" en levant des Mobiles pour livrer des batailles censées rompre l'encerclement de la capitale.
Dans ce cadre, il était prévu de former une Armée de Bretagne avec les surplus de la guerre de Sécession américaine. Les promesses de doter cette unité de l'armement et de l'équipement nécessaires, ne furent jamais tenues. 
Émile de Kératry, obtint de Gambetta, enfui à Tours, l'autorisation former, sous sa responsabilité, cette Armée de Bretagne autonome (60 000 hommes), destinée à se rendre au secours de Paris. Cette armée sera cantonnée à Conlie, prés du Mans.


Mal vêtus, contraints de monter leurs tentes dans un terrain récemment labouré, devenu bientôt fangeux, sans aucun approvisionnement, tant alimentaire que militaire, ils furent bientôt la proie de maladies (fièvre typhoïde, variole...). Gambetta les considérant comme des Chouans potentiels, il n'équipa qu'une infime fraction des troupes avec à peine plus de 4000 vieux fusils à percussion de types divers parfois rouillés, dont les plus modernes étaient des Springfield américains. De plus, ils furent dotés de munitions hétéroclites qui ne correspondaient pas à leurs armes, ou dont la poudre avait été "délavée" par l'humidité et se révélaient incapables de faire feu. Dans le pire des cas, certaines de ces armes explosaient au moment du tir, s'avérant plus dangereuses pour leur servant que pour l'ennemi. Indigné par le sous-équipement de ses troupes et les conditions sanitaires déplorables qui leur étaient imposées, n'obtenant pas de réponse satisfaisante du Gouvernement de Défense Nationale, Keratry demanda à être relevé de son commandement.

Le général de Marivault, remplaçant Kératry, écrivit à Gambetta le 22 décembre 1870 : " j'ai trouvé 46.000 hommes désarmés, mal vêtus, non chaussés, sans campement (les baraquements promis n'ont jamais été montés et la troupe pour plus de 90% couche sous des tentes, ils ont comme matelas de la vieille paille) et sans solde,paralysés dans un marais où toute leur énergie consiste à se tenir debout et à se tenir secs...!"
Jugement confirmé par un journaliste du Times de Londres : 
"... L'aspect des troupes que j'ai rencontrées aujourd'hui était déplorable. Leurs armes rouillées paraissaient hors d'état de service. Plusieurs marchaient sans chaussures, un grand nombre paraissaient exténués e leur cavalerie était dans un état pire que l'infanterie s'il est possible. Bien souvent, c'est le cavalier qui aide le cheval à avancer...."

Le camp fut surnommé Kerfank (la ville de boue) par les mobiles.
La chanson* de Tri Yann évoque ainsi les cris des soldats mourant de froid et de malnutrition, implorant le général de les renvoyer à la maison : « General, ma general d'ar gêr, d'ar gêr ma général, n'eo ket d'ar brezel ! » (à la maison mais pas à la guerre). Marivault loua leur ardeur à vouloir partir à la guerre, ignorant qu'en breton, "d'ar ger" ne veut pas dire "à la guerre", mais "à la maison".


De fait, on laissera ces soldats pourrir sur place, ne les envoyant au massacre qu'en janvier 1871 sans armement adéquat, pour une défaite supplémentaire, au Mans.
Le général de Lalande déclarera devant une commission d'enquête parlementaire :
«  Je crois que nous avons été sacrifiés. Pourquoi? Je n'en sais rien. Mais j'affirme qu'on n'aurait pas dû nous envoyer là, parce que l'on devait savoir que nous n'étions pas armés pour faire face à des troupes régulières. »
7 mars 1871: dissolution de l'Armée de Bretagne. Retour au pays des troupes bretonnes.
Nous voilà rassurés. Pour notre part, nous avons longtemps pensé que cette armée de gueux, tenus en réserve, avait été ensuite utilisée pour écraser la Commune de Paris. Il semblerait qu'il n'en soit rien. 

Un monument a été élevé sur le camp de Conlie dont voici la plaque : " 1871 D'AR
VRETONED TRUBARDET E KERFANK CONLIE DALC'HOMP SONJ 1971" (Aux Bretons trahis au village de boue de Conie. Souvenons-nous.)

La plupart des informations de cet article sont tirées de ce site.
Si on trouve une chanson idoine, on se fera un plaisir de vous raconter le sort lamentable d'une autre armée au cours de cette même boucherie, celle de Bourbaki. 

On constatera à nouveau que le mépris et l'incompétence criminelle des états-major n'a pas attendu 1914 ou 1940.

* Le Guillaume du refrain, c'est le roi de Prusse, futur empereur d'Allemagne. Alfred Chanzy est le général de l'Armée de la Loire, responsable du désastre du Mans.  

lundi 19 octobre 2015

Marcel Aymé et Marianne Oswald

Deuxième article signé Marcel Aymé et envoyé par les bons soins de l'ami Wroblewski.
Comme le précédent, c'est de 1934, juste avant que le déroutant Marcel n'aille s'enticher de Mussolini et de ses expéditions africaines (si, si, quel Con !).

JEU DE MASSACRE
Je suis allé, l'autre soir au cabaret des Noctambules entendre Marianne Oswald, cette artiste juive dont le répertoire et la personne même ont été l'objet, il n'y a pas bien longtemps, de manifestations véhémentes allant du sifflet à roulette aux articles de presse les plus haineux. Ce n'est pas du tout mon affaire d'apprécier le talent d'une vedette, d'autres s'y entendent beaucoup mieux que moi. Il me semble simplement, et je le dis en passant, que si ses détracteurs voulaient bien faire leur examen de conscience, c'est à dire un effort d'imagination, ils conviendraient sans peine que le genre choisi par Marianne Oswald (...) est fort au dessous d'elle et que seuls seraient dignes de son génie certains grands rôles de la tragédie grecque et du théâtre élisabéthain en attendant que son extraordinaire personnalité (...) fasse surgir quelque dramaturge inconnu.
En voyant son image d'Atride aux yeux brûlés, sa silhouette de gargouille, ses gestes d'ombre chinoise, on oublie le thème du moment pour songer aux réalisations de demain. 
Marianne Oswald, si ses conseillers ne l'égarent pas sur la voie du Grand-Guignol, est sans doute, une chance unique pour le théâtre, notre vraie chance de n'y aller plus seulement pour y bailler d'ennui (...) 
Pour l'instant, elle se trouve (...) récitant le monologue sur des tréteaux de guinguette et le miracle est qu'elle réussisse à émouvoir le spectateur, à troubler une salle avec le mince prétexte de ces chansons et de ces petits morceaux cousus de gros fil qui laissent trop paraître la distance entre l'artiste et la pauvreté du genre et qui fournissent aux grincheux quelques raisons de la critiquer. (...)
Je n'avais pas encore entendu le fameux Jeu de massacre qui valut dernièrement à Marianne Oswald d'être expulsée de Suisse et qui inspire encore à quelques chroniqueurs français des cris d'effroi et de colère. Je m'attendais à quelque chant révolutionnaire altéré du sang des bourgeois, gonflé de menaces et d'invectives, giflant l'auditoire de la misère des claque-dents et de l'impudence des ventres dorés. Pour que la Suisse se fut sentie menacée dans son équilibre par une simple voix de femme, il fallait un chant atroce, d'une violence à rendre intenable la situation du délégué de l'Union Sovietique à Genève. de couplet en couplet, j'attendais l'explosion, l'appel forcené à la vengeance, j'en fus pour mes frais.
Je n'en croyais pas mes oreilles. Il s'agissait bonnement d'une partie de jeu de massacre à la foire aux pains d'épice et le couplet final, le plus subversif, celui qui, vraisemblablement, fit trembler de peur le gouvernement helvétique, était quelque chose comme "Boum sur la mariée ! Boum sur le notaire ! Boum sur le général ! Boum sur monsieur le maire!..." Pas plus.
L'écrivain le plus officiel, le plus monoclé, le plus chéri des salons bien pensants, celui dont la moustache cirée projette son ombre austère sur le haut col de porcelaine blanche s'est sûrement permis des audaces plus corsées dans ce qu'il appelle ses péchés de jeunesse et il ne serait même pas surprenant qu'il écrivît encore un pareil morceau pour la récréation de ses petits-enfants. 
Il faut vraiment avoir un sens aiguisé du symbole pour voir se profiler le spectre de la révolution dans des couplets aussi anodins. autant dire qu'il faut être poète et d'avant-garde.
Marianne Oswald ne voudra-t-elle pas chanter une complainte sur la peine de ces âmes délicates et tourmentées qui voient en elle la grande prêtresse des rouges offrandes et qu'une chanson de poupée suffit à effrayer ?

 La chansonnette en question. On l'avait envoyée dans l'émission "Méchanceté 2"

Oswald à l'époque (si, si, juré)


samedi 17 octobre 2015

Dernières nouvelles de LKDS

Il y a un peu plus d'un an, on attendait des nouvelles de LKDS


Le disque* qu'on attendait est sorti depuis. "Couscous saignant, svp!" mélange un concert d'avril 2013 au CICP de Paris en soutien à la revue anti-psychiatrie "Sans remède" et un enregistrement de 2014 au studio de la Mare.

Et puis, voilà que la bande de Barre des Cévennes envoie un clip qu'on se fait un plaisir de faire tourner.
À bientôt par chez nous, les gars ?



* Vinyle et cd, bien entendu.

mercredi 14 octobre 2015

Damia, Billie Holliday et la légende de la chanson qui tue

Et celle de la chanson qui poussait au suicide, vous la connaissez ?
Si, si, cet air vous dira quelque chose.
Reszö Seress
À l'origine, un musicien de jazz Hongrois, Reszö Seress, écrit une ballade mélancolique en honneur à ses chers disparus. On est en 1933 et l'air en question, Szomorú Vasárnap, se retrouve assez vite interdit de présence dans les différents établissements de Budapest, les directions craignant que cette chanson déprimée n'aille pousser une clientèle quelque peu imbibée au suicide.

Étrange destinée que celle de Seress, (ou Rudolf Spitzer). Juif, gosse de pauvres, pianiste autodidacte, trapéziste, déporté par les nazis, il survivra après avoir été pianiste au camp (sur une main suite à une blessure). Il écrira de nombreuses chansons toutes plus cafardeuses les unes que les autres (beaucoup à la gloire de l'ivresse) ainsi qu'une dédiée au Parti communiste Hongrois. Il mettra fin à ses jours en 1968 en s'étranglant avec un câble.
Malgré, ou plutôt grâce à sa réputation mortifère, la complainte fut vite adaptée hors de Hongrie (au Japon, en Russie, en Corée, etc.)
En France, c'est Damia qui s'est chargée de chanter ce morceau taillé sur mesure pour ses accents tragiques sous le titre "sombre dimanche" en 1936.
Mais ce furent les rois de la pub, les Américains, qui en remirent une couche au sujet de la "chanson hongroise qui pousse au suicide". En pleine crise, le Britannique Paul Robeson adapta la version française en "gloomy sunday" (plutôt glauque que sombre, donc). Elle fut bannie des ondes de la BBC en 1941 afin de ne pas trop démoraliser front et arrière.
L'immense Billie Holiday en fit, cette année là, cette splendide version.

Depuis la chanson qui tue aura connu plus d'une cinquantaine de variantes. Divers cinéastes ont utilisé la chanson tueuse sans que les statistiques des suicides n'aient vraiment varié.