vendredi 30 janvier 2015

Desproges sur Brassens


    Un extrait d'un spectacle de l'humoriste (si vous avez 1h30 à tuer, l'entièreté ici) nous causant de notre moustachu préféré, ça peut pas faire de mal.
En prime, le Desproges s'essayant à chanter le sétois. Un exercice d'admiration qui n'est pas sans nous en rappeler un autre, certes plus réussi.

    Merci au bougre qui a réalisé ce montage.






mardi 27 janvier 2015

Denain chante Mac Orlan (et Cartouche)

Patrick Denain est souvent allé mettre en musique des chansons de Mac Orlan.
Une fois de plus, l'écrivain adopte le point de vue d'une femme.
Il s'agit ici d'un amour de jeunesse de Louis-Dominique Garthausen, dit Cartouche (1693-1721), un des bandits les plus célèbres du Paris du XVIII ème siècle.

Fils d'un ancien mercenaire allemand devenu négociant en vin à la Courtille (de nos jours Belleville-Ménilmontant)
Cartouche a tout du délinquant juvénile (coupeur de bourses, cambrioleur, tricheur au jeu) ce qui lui vaudra longtemps le surnom de "l'Enfant".

Après avoir été envoyé en maison de redressement et et même avoir un temps exercé un tempsn le déplorable office de mouchard, Cartouche montera, grâce à ses talents oratoires, une des bandes les mieux organisée de l'époque et de l'Est parisien.

Intelligent, séducteur, acrobate, il deviendra un hors-la-loi aimé du petit peuple, ridiculisant les puissants pendant les brèves années durant lesquelles lui et ses complices (qu'on estime jusqu'à deux mille) pillèrent hôtels particuliers et carrosses.

Capturé en 1721, Cartouche restera muet malgré diverses séances de torture , allant jusqu'à refuser de décliner son état-civil. Par contre, il deviendra bavard sur le gibet : constatant que ses compagnons ne se sont pas risqués à venir le délivrer, il en dénoncera plus de 90 avant d'être finalement roué à mort le 28 novembre 1721.

Mac Orlan ne nomme jamais le brigand autrement que par le sobriquet de "Petit Louis", par contre, il cite Balagny, un de ses plus fidèles lieutenant.

Patrick Denain reprend ce titre dans son disque de 2007, "Du vent dans les voiles". Version légèrement inférieure à celle de son disque de 1982 "Chansons pour l'aventure immobile", où il n'était accompagné qu'à l'accordéon.
Voici donc À La Courtille.
(suffit de cliquer sur le titre)

dimanche 25 janvier 2015

La chorale Garnier dans ses oeuvres



    Tout récemment, le père Meyer nous faisait découvrir cette magnifique chorale avec une reprise bien troussée d'un classique qu'on vous remet au cas où vous l'auriez ratée : 



    
    Après quelques recherches rapides sur la toile, on est tombé sur cette deuxième merveille qui vous apprendra, en sus, qui se cache derrière ces reprises graveleuses . En tout cas, y'en a un qui à l'air plutôt réjoui : 



    



jeudi 22 janvier 2015

Philippe Val et l'apologie de terrorisme


En ces temps d'union nationale, où le moindre ivrogne, crétin ou simplement énervé se prend des mois de prisons fermes pour "apologie de terrorisme", on aura un malin plaisir à ressortir les archives, quitte à tirer sur une ambulance nommée Val.
Celui-là même qui, lorsqu'il perd tragiquement des potes, va publier ses larmes sur tous les plateaux médiatiques.
Celui-là même qui fut la voix de son maître, le grand éradicateur de France Inter*, le fossoyeur de Charlie Hebdo, qui passa de poil à gratter au statut de journal de la pensée, sinon tout à fait dominante, en tout cas d'une bourgeoisie "décomplexée".
A l'instar d'un bon nombre d'ex gauchistes, Philippe Val a entamé son virage citoyenniste d'abord, puis au service des puissants au cours des années 90, mettant les bouchées doubles après les emmerdes judiciaires de son ex collègue, Patrick Font**.
En cette occasion, Val déclara n'avoir eu aucune connaissance de la vie privée du type avec lequel il venait de tourner pendant la bagatelle de vingt-cinq ans, d'ailleurs il le connaissait à peine.
On ne se permettra pas de donner des leçons, mais entre le silence (voir le cas Noir Désir) et le reniement, il y a plus qu'une nuance. On trouve parfois plus de dignité dans... le milieu varois !
Alors bon, on ressort cette chanson rigolote (car ils surent l'être)  de 1978.
Pour mémoire, le 17 octobre 1977, Andreas Baader, Jan Karl Raspe et Gudrun Ensslin, membres du groupe de lutte armée RAF, sont retrouvés morts dans leurs cellules de la prison ultra-sécurisée de Stammheim. Les deux premiers se sont tirés des balles dans la nuque. Ils seront déclarés "suicidés".



Font et Val Baader par susacacon

Ce rappel effectué, on peut tirer la chasse.

* Il fayotait depuis 1992 en chroniquant dans l'émission de Jean-Luc Hees. Il me revient, entre autre exemple, d'un billet dans lequel il fustigeait les fraudeurs de la SNCF en les rendant responsables des difficultés financières de l'entreprise.  

** Font avait un plan de carrière plus modeste. Il jouait au bouffon, à la mi-journée, sur les mêmes ondes que son collègue qui faisait nettement plus "sérieux".

mardi 20 janvier 2015

On avait mis les morts à table...

Aragon, ce "patriote professionnel", comme l'appelait à juste titre Jean Malaquais, nous gonfle souvent.
Il existe des exceptions, dont ce poème, souvent gâché par l'interprétation, (Lavilliers et ses bruits d'hélicos !) mais pour lequel Ferré composa une heureuse mélodie à tendance tropicale.
Il est fait ici allusion à l'occupation de la Rhénanie par les armées françaises dès la fin de la première guerre mondiale.
Cependant, bien des vers trouvent un écho qui nous évoque notre époque. Surtout la deuxième strophe.
C'est pour ça qu'on se l'envoie dans un heureux montage où on retrouve du Schiele, du Grosz, du Wiene, du Lang....





Heureusement, Aragon étant ce qu'il est, il ne peut s'empêcher de comparer les vers de Rainer Maria Rilke aux cacardement des oies. Si c'était pour rendre un hommage, c'est un peu raté.

dimanche 18 janvier 2015

Union Sacrée




    Une Marseillaise dans l'hémicycle ? Pas vu depuis 1918, paraît-il. Voilà qui n'aurait pas déplu au Père la victoire, croqué ci-dessus par le grand Aristide Delannoy.
    A l'heure où le premier sinistre ce déclare l'héritier de Clemenceau, et où des caricaturistes se font dégommer par des sectateurs de réducteurs de tête, il n'est peut-être pas inutile de mettre sous nos yeux fatigués ce magnifique crobard.  "Liberté d'expression, droit inaliénable à la caricature, bla-bla, bla-bla", on n'entend plus que ça pour l'heure, mais on se demande bien comment serait reçu un dessin comme celui-ci, avec disons, Manuel Valls en guise d'empiqueté... Sans doute de la même manière dont le fut celui de Delannoy.
    Ce chef-d’œuvre orna la couverture du premier numéro des Hommes du jour de Victor Méric en 1908. Une façon de répondre à la manière dont le premier flic de France traitait les grévistes : à coups de canonnade*. C'est peu dire qu'il mit Clémenceau en fureur. Mais voyez-vous, le Tigre, en bon démocrate, avait promis de ne point mettre de journalistes en prison. Il attendit donc patiemment son heure et profita de cette autre couverture des Hommes du jour pour frapper...



   ...Une couverture en hommage au magnifique travail de pacificateur accompli par le Général d'Amade au Maroc. Mais le sang et le tablier de boucher ne passèrent pas. Et l'armée, hier comme aujourd'hui est chose sacrée : un bon prétexte pour envoyer Delannoy et Méric en taule.
Ils furent tout deux condamnés à 1 an de gnouf. Delannoy, tuberculeux, ne fit que neuf mois. Ah ! L'humanisme républicain ! Il mourut un peu plus tard...

    Revenons-en à notre Marseillaise. Et à Jules Jouy, la chanson faite homme, dont on pourra lire une biogaphie ici-même.
Une relecture à l'humour très hydropatique et quelque peu minimaliste de l'hymne national. A notre connaissance, et pour cause, cette version ne fut jamais enregistrée** :


LES MUETS (gueulant) :
Allons, enfants de la patrie !
Le jour de gloire est arrivé !

LES AVEUGLES :
Contre nous de la tyrannie,
L'étendard sanglant est levé !

LES SOURDS :
Entendez-vous dans ces campagnes
Rugir ces féroces soldats ?

LES MANCHOTS :
Ils viennent jusque dans nos bras
Égorger nos fils, nos compagnes !…

LES MUETS (gueulant) :
Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons !

LES CULS-DE-JATTE :
Marchons ! Marchons !
Qu'un sang impur abreuve nos sillons !

_______________________________________________

* Méric racontait en hommage à Delannoy : "Nous étions assez inquiets. Il nous fallait, pour le premier numéro destiné au Grand Flic Clemenceau, un dessin vigoureux, acerbe, mordant. J’avais fait le possible pour le texte. Quand Delannoy, quelques jours après, revint avec son carton et exhiba la fameuse tête de mort, nous trépignâmes de joie. Avec un dessin semblable, c’était le succès assuré. Ce fut le triomphe. La Gueule de Clemenceau tirée à 25 000 s’enleva comme du petit pain."

** A un certain moment, Jouy se vautra -comme beaucoup à l'époque, ce qui n'excuse rien- dans un antisémitisme pathologique. Il pondit entre autre une horrible Marseillaise des juifs dont on peut retrouver la trace sur la toile...



vendredi 16 janvier 2015

Les aventures de Titine

On y fit une allusion appuyée dans l'émission de janvier 2015.
Voici donc les aventures d'une rengaine que tout le monde sait au moins fredonner.

Inutile d'essayer de compter les versions ou les interprètes de cette scie : il y en trop.

Cette fameuse Titine, ancêtre de la non moins célèbre Mirza, a beau n'être qu'un clébard, elle aura mis bas à une portée de parodies, de suites et surtout à une des séquences les plus fameuses de l'histoire du cinéma des années trente.

Comme on vous l'a dit à la radio, ils se sont mis à trois pour créer ces merveilleuses paroles : M. Bertal, B. Maubon et E. Ronn, la joyeuse musique est de L. Daniderf qui avait, entre autre, travaillé avec Gaston Couté. 
Hasard de l'histoire, la chanson date de 1917, soit l'année où les bidasses du corps expéditionnaire des Etats-Unis débarquent dans les tranchées du Nord-Est.   
Voici une version de 1924 par Léonce (Léo Daniderff)


 
Or, ceux que l'on n'appelle pas encore G.I.s mais plutôt "sammies" sont infoutus de retenir les paroles de "La Madelon", peut-être trop sophistiquées à leur goût. A moins que son côté "bourrée auvergnate" (binaire) ne soit trouvée trop vulgaire pour des oreilles américaines.
Plus facile à chanter, à siffloter, à reprendre à l'harmonica, au saxo ou au violon, elle sera adoptée par les soldats qui la ramèneront outre-Atlantique.
La chanson deviendra même un symbole de la France des années vingt. 

Et Charlie Chaplin s'empara du succès français pour son premier film sonorisé, "Les temps modernes" (1936) 
Mis au chômage d'une usine monstrueuse, après moult aventures, Charlot doit faire un numéro chantant dans un restaurant.
Ayant égaré son aide-mémoire, il doit improviser son numéro en yaourt.



Fait remarquable , ce fabuleux film de Chaplin est entièrement muet, exception faite de cette séquence, pour laquelle le monde entier s'est précipité au cinéma. On allait enfin connaître la voix du vagabond le plus populaire de la planète !
La Titine entamera sa deuxième existence à partir de là.
Elle en deviendra même sujet à moquerie dont voici une des plus connues, en 1964.


 Merci au site du temps des cerises aux feuilles mortes pour leurs tuyaux.

mardi 13 janvier 2015

Brassens au cinéma



Notre Sétois moustachu ne fit qu'une apparition au cinéma, c'était dans Porte des Lilas, en 1957.
Et il jura qu'on ne l'y reprendrait plus !
Le grand timide a dû très modérément apprécier de se retrouver en haut de l'affiche là où son rôle, celui de "l'artiste," est assez artificiel et convenu.
Toute la musique du film est de Brassens, soit avec nouvelle orchestration, soit interprétée par le bourru en personne.

Ce film de René Clair* fut plutôt décrié et méprisé par le public du chanteur.
On y trouve pourtant du beau monde : Pierre Brasseur, impérial à contre-emploi en oisif fasciné par un pègre et par un amour impossible, Bubu (Raymond Bussières) en loufiat, Danny Carrel, sa fille, en fleur de la zone qui rêve d'ailleurs, Henri Vidal, truand minable et baraqué, ...
Un portrait du populo autour des puces, celui que Brassens a tant chanté.

Même si la représentation des fortifs et de leurs alentours fait déjà carte postale de ce qui fut et n'est plus, pour ne pas dire que c'est carrément du carton pâte, on ne peut s'empêcher de déguster quelques bons moments dans ce mélo qui commence en conte anarchisant avant de prendre un tour quelque peu moraliste.

Les vidéos ayant été supprimées, on vous envoie le film
Encore raté ! Les ayant droits étant délicieux, on envoie une autre séquence :


Accompagnée d'une photo gentiment empruntée à Pop 9
*Adapté du roman La grande ceinture de René Fallet


samedi 10 janvier 2015

parenthèse d'actualité : contre le djihad et contre l'état



"Mes cher concitoyens. 
En ces années de commémoration de la grande dérouillée, vous trouverez peut-être lassant qu'on vous refasse le coup de "l'union sacrée". Mais quoi de mieux qu'une bonne guerre pour ressouder les rangs de la nation ?"

Voilà, en gros une traduction possible du discours de ceux qui se croient nos maîtres.
Alors, quel que soit le mépris que nous inspirent les actes de quelques abrutis, qu'on ne compte pas sur nous pour hurler avec les loups, ou pour bêler avec les moutons.
Comme d'habitude, et pour évoquer un ex ministre représentant en pastaga, les forcenés ont été maîtrisés. 
Pas la peine d'en rajouter, nous partageons globalement cette analyse.
Et aussi,  entre autres, cette conclusion du même.

On dédie cette chanson à tous les salauds qui flinguent au nom d'un Dieu


Suivi de l'évocation d'un excellent film d'anticipation de 1984 auquel notre monde s'est mis, depuis, à ressembler. Intéressants commentaires du réalisateur.



Et de deux couvertures d'un journal qui fut parfois drôle ou pertinent. Il fut un temps.



jeudi 8 janvier 2015

Janvier : notre chute dans la modernité

Passéistes crasseux, nous ? La preuve par 12 que non.

Rémi Mignaut                La vie des temps modernes
Renaud                           Je suis une bande de jeunes
Germaine Montéro        Le temps du plastique
Jacques Debronckart     Ernest, un coup de blanc ! 
Albert Marcoeur            Stock de stats
Les Malpolis                   Du côté de Tchernobyl
Starshooter                    Machine à laver
La Rumeur                     Les petites annonces du carnage
Stupeflip                         Vite !
Adversus Lordunum
Spoke Orkestra               Caillera park
Vladimir Vissotsky          Moscou-Odessa    

On peut retrouver l'émission sur le site de Canal Sud.
Évidemment, nous fûmes punis de nous attaquer à ce sujet. Une platine nous ayant joué un sale tour, il a fallu récupérer l'émission sur un ordi de sécurité. Du coup, le son laisse parfois à désirer. Ce sera meilleur à la prochaine... 


                      Une déjà vieille chanson sur le monde moderne par le "modfather" et sa bande


mardi 6 janvier 2015

Bibi-la-Purée


Bibi-la-Purée par Picasso

(...) Verlaine plongé par l'abus d'absinthe dans une perpétuelle somnolence, était le véritable président de ces réunions. Ses aventures avec Rimbaud n'étaient pas oubliées. Fanfaron du vice, l'auteur de Sagesse contait à ses voisins comment, récemment, en province, il avait causé un petit scandale en serrant de trop près un jeune berger. Il ajoutait que le maire de la localité était intervenu et lui avait conseillé obligeamment de s'en prendre plutôt au chef de gare, qui venait de Paris et qui, par conséquent, devait être plus au courant des moeurs de la grande ville.
    Verlaine apparaissait au Soleil d'Or flanqué d'une petite cour d'admirateurs, généralement faméliques, mais parmi lesquels se glissaient parfois quelques rimeurs fortunés. L'un de ces derniers avait même tenté d'assurer le couvert du Prince des Poètes, tout au moins pendant un certain temps, en versant pour lui mille francs d'avance à un restaurateur voisin, mais, dès le lendemain, Verlaine, toujours à court d'argent, avait été trouver le commerçant. "Rends-moi cinq cents balles, lui avait-il proposé, et je te promets de ne jamais plus venir manger chez toi."
    Le plus fidèle compagnon de Verlaine était Salis, dit "Bibi-la-Purée". Vêtu de loques et fier de sa dent unique, il se prétendait artiste et se donnait effrontément pour un cousin de son homonyme, le fondateur du Chat Noir. C'était, en réalité, un ancien épicier de Lyon, qui après avoir bu son fonds, avait échoué au Quartier Latin où il subsistait en faisant les courses et en cirant les chaussures des étudiants. Bibi-la-Purée servait le Prince des Poètes avec une docilité d'esclave, le suivant dans tous les cafés et profitant de la moindre distraction de son illustre ami pour ingurgiter subrepticement le contenu des verres d'absinthe servis à celui-ci. Après la mort de Verlaine, Bibi-la-Purée devait vendre aux amateurs plus d'autographes du maître qu'il s'était librement donné que ce dernier n'aurait pu en écrire au cours d'une vie pourtant longue.
    A peu près illettré, Bibi-la-Purée n'en était pas moins l'auteur d'une complainte autobiographique qu'il psalmodiait en faisant la quête :

Bref, quand je serai mort,
Si vous plaigniez mon sort,
Venez à Bagneux même,
Mais surtout sans remords,
Accompagner le corps
Du dernier bohème.


Michel Herbert, La chanson à Montmartre, 1967.




Complainte pour complaire à Bibi-la-Purée
 
Stupeur du badaud, gaîté du trottin,
Le masque à Sardou, la gueule à Voltaire,
La tignasse en pleurs sur maigres vertèbres
Et la requimpette au revers fleuri
D’horribles bouquets pris à la Poubelle,
 
Ainsi se ballade à travers Paris,
Du brillant Montmartre au Quartier-Latin,
Bibi-la-Purée, le pouilleux célèbre,
Prince des Crasseux et des Purotains !
 
Le Mufle au sortir d’un bon restaurant
Hurle en le voyant paraître aux terrasses :
— « Quel est ce cochon ? ce gâte-soirée,
Ce Brummell fétide et malodorant,
Vêtu de microb’s et ganté de crasse ?
Vraiment la Police est plutôt mal faite ! »
 
Mais point ne s’émeut Bibi-la-Purée
Qui porte en son cœur un vaste mépris
Pour quiconque n’est bohème ou poète.
 
Et lors il s’en va promener ailleurs
Sa triste élégance et sa flânerie.

Cy sont ses métiers, besognes étranges
Et premièrement, simple j’m’en-foutiste,
Puis, chacun le sait, ami de Verlaine,
Ami des ponant’s, ami des artistes,
Modèle à sculpteurs dans les ateliers,
Guide à étrangers, cireurs de souliers,
Vadrouilleur encore, s’il vous plaît, bon ange,
Bon ange à poivrots perdus dans la nuit,
Estampeur, filou, truqueur proxénète,
Ainsi va Bibi, l’illustre Bibi !
 
On dit de Bibi : — « Chut ! c’est un mouchard. »
D’autres : — « Taisez-vous, il est bachelier ! »
Et d’autres encor : — « Bibi est rentier. »
Mais nul ne peut croire à la Vérité :
Bibi-la-Purée, c’est le Grand-Déchard.
 
Et quel âge a-t-il ? on ne sait pas bien.
Son nom symbolique en le largongi
Proclame qu’il est assez ancien,
Quasi éternel comme la Misère,
Et trimballes-tu, tu trimballeras,
Ô Bibi, toujours ta rare effigie.
Bibi-la-Purée jamais ne mourra.
 
Va, comédien, noble compagnon,
Cabot de misère, ami de Verlaine,
Errant de Paris, spectre d’un autre âge
Que ne renieraient Gringoire ou Villon,
 
Vilain, dégoûtant, lécheur de bottines,
Gibier de prison, chair à échafaud
Que couve l’œil blanc de la guillotine,
Dandy loqueteux, fabuleux salaud,
 
Ô qui que tu sois, gas d’expédients,
Ministre déchu, ex-étudiant,
Mouchard ou voleur, suce-croquenots,
Tu portes un nom bien plus beau que toi :
 
— « Bibi-la-Purée » : a dit la Putain ;
— « Bibi-la-Purée », dit la Faubourienne
Aussi la Mondaine, aussi le Bourgeois ;
— « Bibi-the-Piourée », daigne l’Angleterre,
— Bibi-la-Purée, songe le Poète...
C’est le Pèlerin, c’est le Solitaire
Qui depuis toujours marche sur la Terre...
 
C’est un sobriquet bon pour l’Être Humain.

Jehan Rictus






BIBI-LA-PUREE

Personnage Hoffmanesque et déambulatoire, le sourire d’un Voltaire ingénu, le cheveu abondant et la dent rare, pendant un tiers de siècle, Bibi la Purée anima les rues de Paris de sa silhouette pittoresque.
 Bibi la Purée n’appartient qu’à moitié à l’histoire de Montmartre, car il partagea ses faveurs entre ce bourg fameux et le quartier Latin. Deux ou trois fois par semaine, armé de son éternel parapluie, drapé dans sa vieille redingote miroitante, une fleur à la boutonnière, son inévitable mégot éternel aux lèvres, il grimpait d’un pas alerte les pentes abruptes de la rue des Martyrs pour venir s’asseoir à la terrasse de l’Auberge du Clou, hiver Comme été, et y savourait une tasse de café nature, car Bibi était sobre, sobre de paroles, sobre de boisson. Le patron du Clou, le jovial Bigot qui adorait toutes les excentricités, aimait voir cette figure sympathique orner sa terrasse et y provoquer la curiosité des passants.
La profession de Bibi la Purée était une des plus jolies que je connaisse et d’une grande facilité à exercer. Il était rentier. Quand il comparaissait devant les tribunaux pour de menus délits qui n’entachaient en rien son honneur professionnel, Bibi la Purée déclinait, à la demande du Président, ses noms, qualités et professions avec la plus exquise complaisanc
e.
- « Bibi la Purée, seigneur de Salis et autres lieux. Et rentier! » ajoutait-il avec orgueil.
 Le véritable Salis, Seigneur de Naintré et de Chanoirville-en–Vexin, qui n’aimait pas qu’on abusât de son nom, menaçait de ses foudres qui étaient, en l’ espèce, des poings solides, le présomptueux Bibi, qui évitait soigneusement de. passer rue Victor Massé où l’illustre seigneur tenait son castel. D’ailleurs, le pauvre Bibi était un petit rentier. Il possédait en tout et pour tout une rente annuelle de quatre cents francs. Et il n’était rentier qu’un jour dans l’année, le jour où il touchait sa rente qu’il dilapidait joyeusement dans le temps que la Terre met à faire sa demie révolution autour du soleil. Heureusement qu’il la touchait le 21 juin, le jour le plus long de l’année. Il était ainsi rentier plus longtemps.
-« Je mène, disait-il, pendant un jour la vie d’un millionnaire. Le reste de l’année, je m’en souviens et j’attends sans impatience, car je suis philosophe, mon autre jour de millionnaire. Aussi bien, ai-je horreur des années bissextiles . » Il ne faudrait pas croire que Bibi la Purée fut un désoeuvré complet. Non, il avait un métier, mais qu’il n’exerçait que rarement et quand l’occasion de le faire se présentait. Il cirait les chaussures. Mais pas à tout le monde! Il n’avait qu’un unique client sur terre, le grand poète Verlaine, et ne consentait à fournir que celui-là.
 Chaque fois qu’ il pouvait se trouver dans la rue en présence de Verlaine, il prenait son pied – c’est le cas de le dire. – Bon gré, mal gré, il fallait que l’infortuné poète passât par les brosses de Bibi qui le cirait éperdument. Et si Verlaine avait le malheur de vouloir récompenser son petit travail par le don de quelques sesterces, Bibi se drapait dans sa dignité et les refusait d’un geste d’empereur outragé.
 Verlaine, qui n’était pas d’une élégance raffinée, avait fini par éviter prudemment les rues et boulevards où Bibi le guettait, armé de ses impitoyables brosses qu’il dissimulait dans les poches des basques de sa redingote.
Un jour même Verlaine, pour le décourager, sortit pieds nus. Bibi se précipita à ses pieds et … les lui cira.

Verlaine, à partir de ce moment, n’opposa plus aucune résistance à Bibi et se résigna à son sort.
Cire! disait-il à Bibi quand il l’apercevait, en tendant son pied.
Il lui parlait comme à un roi.
D’ailleurs, je pus juger un jour par moi-même le désintéressement de Bibi.
Un après-midi que je l’avais rencontré à la terrasse du « Clou », il remarqua la vétusté de mon chapeau, et le lendemain, il m’en apportait une vingtaine à choisir, de toutes les formes, de toutes les dimensions, de toutes les couleurs et de toutes les époques. Aucun ne m’allait. Faut croire que j’ai une drôle de tête! Il me les laissa tous et s’en alla désespéré. Un instant l’idée me vint de m’établir· chapelier, mais toutes réflexions faites, cette idée me sortit de la tête. Je n’ai aucune aptitude pour le Commerce.
Une autre fois, m’étant attardé en sa compagnie jusqu’à l’heure indue de quatre heures du matin, il voulut absolument me reconduire jusqu’à la porte de mon domicile, l’hôtel du Poirier, pour m’assister en cas d’attaque nocturne.

Arrivé à la porte de mon hôtel, je remerciai chaleureusement Bibi et voulus lui offrir une pièce de vingt sous. Je crus qu’il allait me faire un mauvais parti et se livrer sur moi à une « attaque nocturne. »
- Tu m’offense! cria-t-il, jamais avec les amis! Bibi ne mange pas de ce pain-là! Bibi n’est pas un mendiant!
Quoique râpé jusqu’à la corde, Bibi n’était pas d’un abord répugnant. Il se rasait assez régulièrement, prenait un bain dans la Seine de temps à autre et portait un linge qui, quoique douteux, n’atteignit jamais les limites de la décomposition totale.
Bibi n’était pas toujours commode et n’aimait pas se laisser manquer de respect. Une fois je l’ai vu corriger à coups de parapluie, son arme favorite, un quidam qui l’avait insulté.

 Un jour, j’assistai, toujours à la terrasse du Clou, à une scène bien curieuse entre Bibi et un Arabe en costume national, que le dessinateur Henricus venait de ramener d’Afrique.
Tout à coup Bibi, qui était assis auprès de l’Arabe, aperçoit un énorme pou qui se baladait sur le revers de sa propre redingote. Il saisit délicatement l’insecte entre le pouce et l’index et le montrant à l’ Arabe : « C’ est à vous ceci, Sidi ? »
- Parfaitement, répond tranquillement l’Arabe, qui le lui reprend des mains et le repose froidement sur son burnous.
Vous voyez par cette anecdote, que Bibi avait le sentiment exact de la propriété.
Bibi était très galant avec les dames. Il détachait fort souvent de la boutonnière de sa redingote le bouquet de violettes ou l’oeillet rose qui s’y fanait, pour l’offrir à une belle personne du sexe féminin. Il y avait du Don Quichotte en lui.
Un beau dimanche, sous la présidence de Georges Courteline qui n’était pas encore commandeur de la Légion d’honneur, on couronna un poète maintenant oublié, César Leprince, sur le tas de sable qui surmontait le rond-point qui fait face à l’auberge du Clou, et pour corser la fête, on élit Bibi la Purée « rosier » de Montmartre. Il fut très digne et très acclamé dans ce rôle.
D’ailleurs on Soupçonna toujours Bibi d’être mort « vierge et martyr ». Il était galant, il n’était pas amoureux. Il ne faut pas confondre intelligence avec gendarmerie.
Bibi était une espèce de saint. On ne lui connaissait aucun vice. Il ne buvait pas, ne fumait que des cigarettes éteintes et ne disait jamais de mal de son prochain. Il adorait la lecture, la liberté et le grand air.
Des journées entières on le voyait sur les quais ou sous les galeries de l’Odéon, feuilleter de vieux bouquins ou de jeunes revues.
Ses domiciles étaient vagues et indéfinis. L’époque du terme le laissait indifférent. Car jamais les voûtes des arches du Pont-Neuf ou les bancs du boulevard Saint-Michel n’ont présenté leurs quittances de loyer aux locataires qu’ils abritent ou soutiennent. -
Bibi était le noctambule par excellence. Il dormait de préférence le jour, dans des endroits frais abrités du soleil, avec la rumeur de la grande ville au-dessus ou autour de lui.
La campagne, bien qu’il aimât les fleurs, l’attirait peu. Il lui préférait les ombrages du Luxembourg, les moires de l’eau de la fontaine Médicis, les quinconces peuplés des blanches statues de nos reines aux robes de pierre, aux majestueuses attitudes figées. Il passait au milieu des étudiants, des grisettes et des rapins, comme un personnage d’une époque éteinte, le spectre d’un Voltaire bénévole dont il ne serait plus resté que le sourire et dont la malice se serait envolée. Il allait souvent s’asseoir en face de la statue de ce dernier, et Voltaire et Bibi s’envoyaient leur plus gracieux sourire. Mais celui de Voltaire était fixé par l’éternité et par Pigalle.
Comme la plupart des poètes, des rêveurs et ces philosophes, Comme son Dieu Verlaine, Bibi la Purée mourut à l’hôpital.
Sa mort fut tragiquement belle.
Depuis longtemps, dévoré par la fièvre, il était visité d’affreux cauchemars peuplés des fantômes de sa vie passée et s’agitait entre les draps de son lit de douleur sans pouvoir y trouver le repos que la vie ne lui avait jamais donné et que la mort bienfaisante et éternelle était près de lui accorder.
Un jour, pendant la visite, il se leva debout sur son lit. Il s’était enveloppé dans ses draps qui lui faisaient un blanc vêtement sacerdotal. Il s’était coiffé de son vase de nuit qui figurait une tiare papale. L’infortuné, dans son agonie, se prenait pour Léon XIII avec lequel il avait une vague ressemblance. Car Léon XIII, ce croyant, et Voltaire, cet athée, se ressemblaient physiquement. Etrange anomalie propre à faire rêver ceux qui se penchent un moment, au risque d’en avoir le vertige, sur l’insondable abîme de l’Eternité. Alors d’un vaste geste circulaire, vénérable,majestueux et hiératique, pendant que les infirmières poussaient des cris d’orfraie, il les bénit, il bénit le médecin en chef, il bénit les infirmiers, il bénit les malades, il se bénit lui-même. Puis il retomba sur son lit.
Il était mort.

Jules Depaquit, La Vache enragée n°91, novembre 1922.
Texte trouvé sur ce site, merci au blogueur pour la transcription.



Brassens, L'enterrement de Verlaine.


petite annonce : pour un problème d'enregistrement, on mettra notre dernière émission en ligne dans quelques jours.