lundi 11 décembre 2017

Quand Nicoletta s'essayait à... du Screamin' Jay !

Après une enfance passée chez les Indiens Blackfeet, Jalacy Hawkins (1929 - 2000), universellement connu comme "Jay le braillard", tenta d'abord sa chance sur les rings de boxe, comme guitariste de jazz, puis en chanteur fantaisiste dans les cabarets à soldats. En 1956, outre adopter une tenue loufoque entre vampire et cannibale, il révolutionne le blues en y collant un rythme de valse à trois temps et vitupère son I put a spell on you.
Même censuré en radio, le titre lui assure une belle renommée à l'étranger. Il sera ensuite repris par Nina Simone, Creedence Clearwater Revival, The Animals, Them, Buddy Guy, Brian Ferry, Natacha Atlas, Joe Cocker, Nick Cave, Marilyn Manson, Iggy Pop, etc, etc...
Ce qui donne à penser que le lascar savait parfaitement faire swinguer les droits d'auteur.   


Mais une des reprises les plus inattendues est peut-être cette adaptation en français, chantée par Nicole Grisoni, alias Nicoletta, en 1967. En ces années, la dame s'essayait au blues et au gospel et ce grand séducteur de Guy Marchand  lui avait mitonné ce Ça devait arriver qui n'a pas dû gonfler démesurément le portefeuille de notre Hawkins farceur.
On ne peut que déplorer de n'avoir pas eu la même jouée par le furieux Hector, digne variante locale du gueulard originel.


Pour se remettre de l'orgue, notre Sreamin' Jay au grand écran : cette séquence est tirée de Rage in Harlem, médiocre adaptation de la Reine des pommes du divin Chester Himes.

vendredi 8 décembre 2017

Mac Orlan nous mène en bâteau



Le 15 décembre 1948 l'émission de Maurice Séveno, "Les quais des brumes" amenait les auditeurs sur les canaux de Paris à Rotterdam et Londres. En outre, il évoquait les chansons de bistrots et de mariniers. Vu le titre du programme, il se voyait obligé de prendre brièvement à son bord et au passage, un Pierre Mac Orlan, bien entendu, bavard à souhait.
C'était le temps ou un reporter "embarqué" ne se traduisait pas stupidement par "embedded". Et où ça beuglait dans les rades.
Ça a été rediffusé le 18 novembre dernier.



En supp', une rengaine de Roda-Gil et Mort Shuman chantée par Marc Robine


mardi 5 décembre 2017

En décembre, la bosse du commerce

Commerce équitable (1943)

Hier soir, nous vous avons donc refourgué à vil prix
Job Lagadec                  T'as plein d'argent, t'es commerçant
Boris Vian                      Le petit commerce
Christine Sèvres            Dans les grands magasins
Jean Ferrat                    Prisunic
Adrienne Pauly              La fille du Prisunic
Les Matchboxxx            Fauché comme toi
Gilbert Bécaud              L'orange du marchand
Juliette                           Les petits métiers
Les Voleurs de poules   L'épicier
Bourvil                          Les crayons
Jacques Pills                 Marché rose
Georgius                       Monsieur Bébert
Expression D                Dealer pour survivre
Énigme
Java                              La boulangère
La Bolduc                     Oui, on en a des légumes
Danialou Sagbohan     Commerce triangulaire
Jacques Debronckart   Le klepto

On peut donc charger, écouter jusqu'à plus soif à cette adresse.
Le temps d'écoute sera autant de consacré à ne pas acheter quoi que ce soit.

Et on s'excuse auprès de Mme Bolduc qui vient bien de Gaspésie et pas d'ailleurs. Émotion, quand tu nous tiens !
En sus (merci François), le groupe Odeurs en rajoute sur les grandes surfaces. Et ça a plus de trente ans. Comme la musique l'indique.





vendredi 1 décembre 2017

Le rock n roll? Déjà une musique de vieux ruraux.

Après Colette, Paulette

On a dans ces "pages", cité pas mal cité de rades, cabarets, goguettes, bistroquets ou assommoirs dédiés à la musique.

Lorrains, Lorraines, nous rendons aujourd'hui un bref hommage au bar Chez Paulette à Pagney-derrière-Barine (54200).
Le côté savoureux est qu'à l'âge de 12 ans, Paulette Melat fut déclarée inapte à tout travail intellectuel en raison d'une "faiblesse générale" par un toubib. Ce qui l'enverra charrier des cageots et fûts au bar paternel. 
Ledit paternel décédant en 1969, elle hérite du bistrot et, épaulée par son mari, un jeune amateur de zizique, ouvre son bar aux concerts. 
Et c'est parti : Triangle, Martin Circus, Ange, Variations. Et puis après, Little Bob, Alex Chilton, Dr Feelgood, Parabellum, Sepultura (si!) les Wampas... On arrête là. Non sans préciser que le bluesman texan Calvin Russel portait un tatouage à l'effigie de la patronne sur le bras.
Gag final : en 2013 et à 90 berges, la Paulette est décorée "chevalier des arts et des lettres" pour "sa vie, son œuvre".
Le troquet, rebaptisé Paulette pub rock a été successivement repris par sa fille, Claudine, puis son petit-fils, Julien. Ce petit sujet, passé à la télé régionale en 1986, nous donne l'occasion de retrouver les Dogs, groupe mythe de Rouen.
Et, entre nous, 50 balles, c'était tout de même pas donné.


mardi 28 novembre 2017

Pétulante Colette Magny

L'ami Grobubar a attiré notre attention sur cette séquence de la Radio Télévision Suisse (Romande).
Les Helvètes confédérés étant réputés pour leur art du camouflage, admirez au passage l'art de planquer le microphone, au cours de cet entretien où notre blues-woman très énervée fait preuve d'une gentillesse et d'une modestie sans faille.
Pour le reste, même si en 1972 le couscous semblait encore exotique et qu'on prêtait encore attention à l'opinion du parti communiste, le fond du problème n'a guère changé. 

 

Les curieux pourront retrouver les archives de la RTS à cette adresse.
C'est parfois surprenant. 

samedi 25 novembre 2017

Décembre, tout s'achète et tout se vend


De Barcelone à Madrid (note d'espoir œcuménique empruntée au Moine Bleu).
C'est à son bon cœur qu'on reconnaît le petit commerçant.
Frank & Golo, Ballade pour un voyou.

Le commerce est, par son essence satanique. C'est le prêté-rendu, c'est le prêt avec le sous-entendu : Rends-moi plus que je ne te donne.
Baudelaire, Mon coeur mis à nu.

Le commerce est vieux comme le monde. Du jour où plusieurs individus vivent sous le même voisinage, il s'établit entre eux des échanges. Que l'on nomme cela d'une façon ou d'une autre, peu importe, le fait est là. Les sociétés primitives subirent cette loi, la société des camps de concentration n'y échappa point.

Christian Bernadac, Des jours sans fin (Mauthausen III).

Pas besoin de vous faire un dessin après un tel préambule. Le mois de décembre, son Père Noël, sa grande bouffe, ses illuminations nocturnes nous a semblé le moment idéal pour revenir sur une activité humaine à laquelle la modernité est allée jusqu'à accoler le paradoxe "d'équitable" en certaines occasions.
On vous vendra donc notre temps d'antenne le lundi 4 décembre à 17h30 sur les 92.2fm de Radio Canal Sud.

Pour patienter, un monsieur 100 000 volts très en verve, à l'Olympia en 1970, en compagnie du violoniste monsieur Pointu nous fait l'article de la vente absurde.


mercredi 22 novembre 2017

Henri tachan, humble emmerdeur


Photo de DR
Né en 1939 à Moulins, Henri Tachan passe, dans sa jeunesse d'un pensionnant catholique (il en gardera une rancune certaine) à un boulot de serveur dans un grand hôtel.
C'est à Québec, en 1962, qu'il se met à déclamer des poèmes Chez Clairette, en sortant du turbin.
Rentré en France et passé à la chanson, il ouvre pour Juliette Gréco et enregistre son premier disque en 1965 (prix de l'académie Charles Cros). Puis il fera des premières parties d'Isabelle Aubret, Félix Leclerc, Pierre Perret et même Brassens à Bobino (1972)
Le tout en restant parfaitement méprisé par les médias.
Et en sortant la bagatelle de seize albums entre 1965 et 2007, dont deux en concert et un en catalan.
Fustigeant les français alors dit "moyens", les curetons, les patriotes et l'hypocrisie ambiante, cet emmerdeur n'était pas dénué d'humour.
La preuve, ce 45 tour de 1967 qui colle à merveille avec le prochain sujet de L'Herbe Tendre :



Ayant également tâté de la chanson scabreuse ou tendre, ses textes ont été édités en quatre volumes par les Éditions du square, illustrés par les dessinateurs de l'ancien Charlie Hebdo (Cabu, Gébé, Reiser, Willem, Wolinski)
Le gars a fait ses Adieux à la scène en 2011.
Détails, précisions et curiosités se trouvent sur un site qui lui est dédié.
Un autre titre, java moqueuse d'octobre 1970, On est tous des putes, chantée à Besançon pour l'enregistrement d'un dvd.





dimanche 19 novembre 2017

Pia Colombo au cinéma


Outre avoir été le populaire de Peyrac de la série historico-érotico primitive, Angélique ou Rémy dans l'excellent Du rififi chez les hommes de Jules Dassin, Robert Hossein a réalisé 13 films, à peu près tous anecdotiques, entre 1955 et 1986.
Le film dont il est le plus fier, Le vampire de Düsseldorf, a, à notre goût, pas très bien vieilli. Mais ce fait-divers, tiré des crimes du tueur Peter Kurten dans l'Allemagne des années 30, s'il est assez laborieux (surtout en la comparant à M le Maudit ou à l'Oeuf du Serpent pour ne citer que ces deux là) nous donne l'occasion de découvrir une chanson.
Elle apparaît lorsque Kurten tombe amoureux d'Ana, chanteuse de bouge qui causera sa perte.
Et c'est Pia Colombo qui double Marie-France Pisier, compagne du réalisateur, dans la scène du cabaret dont on voit un extrait dans cette bande-annonce:


La chanson avait été écrite par André Hossein, père du réalisateur, l'orchestre d'André Lafosse accompagnait le tout.
On peut en écouter l'enregistrement original en cliquant à ce lien.
On reviendra sur la cas de Pia Colombo, chanteuse et actrice aujourd'hui relativement négligée.
En attendant, retrouvons-là dans Un soir de mai de Maurice Fanon, enregistrée en 1965 lors d'un rare passage à la télévision:


jeudi 16 novembre 2017

Casseurs et terroristes (3) Yiddishland

Des teigneux du FPO (1943)
Actuelle capitale de la Lituanie, Vilnius (anciennement Wilno ou Vilna selon qui en cause) était un grand centre intellectuel du judaïsme d'Europe centrale. Au point d'être surnommée "la Jérusalem de Lituanie". La communauté juive, d'environ 55 000 membres, y représentait plus de 28% de la population totale.
Pris au piège du souvenir d'une occupation allemande assez "correcte" lors de la première guerre mondiale et des pogroms menés par la soldatesque russe, une bonne partie des dizaines de milliers de juifs ne cherchèrent pas à passer en URSS lorsqu'il en était encore temps. Épaulés par une police supplétive, une population au mieux indifférente et l'aimable collaboration du groupe Nord de la Wechmacht, les sinistres Einsatzgruppen menèrent la liquidation des deux ghettos de la ville entre juillet 1941 et septembre 1943.

FPO à la libération de Vilnius (1944)

Mais cette région balte est restée également fameuse par le nombre de ses maquis, réfugiés dans les proches forêts dont certains étaient exclusivement formés de partisans juifs, hommes et femmes.
C'est d'un de ces maquis ou du ghetto que sortit le chant Zog nit kejnmol (Ne dis jamais, en yiddish זאג ניט קיין מאל ) qui deviendra l'hymne des résistants juifs de Pologne jusqu'en Ukraine. La mélodie vient du chant soviétique Ce ne sont pas des nuages mais l'orage (То не тучи — грозовые облака) écrit par Dimitri Prokrass en 1935.
Selon les sources, la paternité des paroles annonçant le soulèvement est généralement attribuée au partisan et poète Hirsch Glick et parfois à Shmerke Katsherginski, résistant également membre du FPO (Fareynikte Partizaner Organizatsye, Organisation Unifiée des Partisans) première organisation de guérilla juive montée à Vilnius en 1942, alliance de jeunes sionistes de gauche, bundistes ou communistes préfigurant les futurs détachements de partisans de Lakhva, Varsovie, etc.
D'un refus du fatalisme à l'affirmation Nous sommes (et serons donc toujours) là ! ce chant est devenu un classique du florilège antinazi qui a éclot dans toute une Europe sous la botte.

 
Traduction :
Ne dis jamais que c’est ton denier chemin
Malgré les cieux de plomb qui cachent le bleu du jour
Car sonnera pour nous l’heure tant attendue
Nos pas feront retentir ce cri : nous sommes là
Le soleil illuminera notre présent
Les nuits noires disparaîtront avec l’ennemi
Et si le soleil devait tarder à l’horizon
Ce chant se transmettra comme un appel
Ce chant n’a pas été écrit avec un crayon mais avec du sang
Ce n’est pas le chant d’un oiseau en liberté :
Un peuple entouré de murs qui s’écroulent
l’a chanté, nagan* à la main
Du vert pays des palmiers jusqu’au pays des neiges blanches
Nous arrivons avec nos souffrances et nos douleurs
Et là où est tombée la plus petite goutte de sang
Jaillira notre héroïsme et notre courage
C’est pourquoi ne dis jamais que c’est ton dernier chemin
Malgré les cieux de plomb qui cachent le bleu du jour
Car sonnera pour nous l’heure tant attendue
Nos pas feront retentir ce cri : nous sommes là

Une version contemporaine par le groupe Cartouche, pas les Belges, non, les keupons de la bande à Géraldine



* Le nagan(t) est un revolver russe calibre 7.62 mm.

lundi 13 novembre 2017

Adriano yaourte

Un petit clin d’œil à une bonne idée de rubrique d'un blog ami.
Au sein de la légion des chansons dont on ne comprend pas les paroles, un monument nous est venu d'Italie. Capable du meilleur comme du pire, l’inénarrable Adriano Celentano va jusqu'à revendiquer son charabia sur un 45 tour de fin 1972 au titre psychédélique : (on retient son souffle) Prisencolinensinainciusol. 
Point de prise de son ou de mixage pourri nous empêchant ici de comprendre le message, l'incompréhension EST le message. La chanson, est une ode au yaourt, un volapük destiné à se moquer des Italiens et autres latins qui s'essayent à la langue de Shakespeare et de Gene Vincent. 
L'auteur le confesse : "je pensais que je pourrais écrire une chanson qui n'aura que pour thème l'incapacité de communiquer. Pour ce faire, j'ai dû écrire une chanson où les paroles ne signifient rien".
Parti pour faire un beau bide dans son pays natal, le morceau cartonne en France et, auréolé de cette voisine popularité, il rejoint les hit parades transalpins dans les deux ans. 
Personnellement, il me revient une bande de gosses qui s'essayaient à la chanter et, malgré un bel enthousiasme, c'était pas bien beau à entendre.
Un mélange de deux passages du loustic à la RAI en 1974 :


vendredi 10 novembre 2017

Anthony Perkins

Où l'on constatera que l'acteur américain Anthony Perkins, immortel Norman Bates* de Psychose, (1932-1992) avait non seulement un joli timbre de crooner (il a enregistré plusieurs albums de standard de jazz) mais qu'il en usait avec bonheur pour chanter en français
Et que Gainsbourg est loin d'être le premier à avoir pillé la symphonie N°3 de Brahms.
Faut dire que cette chanson sentimentale, écrite par Françoise Sagan, était extraite du film Aimez-vous Brahms ? d'Anatole Litvak (1961) adaptation du roman de la même Sagan dans lequel on retrouvait le bel Anthony doublé en français par l'élégant Jean-Claude Brialy (en écoutant l'acteur, on s'étonne qu'il ait fallu lui donner une autre voix). La chanson du film était originellement interprétée par Diahann Caroll mais tant Yves Montand, jouant également un rôle dans le film, que Perkins l'enregistrèrent en français.
La bluette est extraite du EP quatre titres Anthony Perkins chante en français  (1962, Pathé-Marconi 45 EG 591)

 

* Rôle qui a autant fait pour sa renommée que bousillé sa carrière en le cantonnant dans ce genre de personnage. 

mardi 7 novembre 2017

Famille je vous chante (HT novembre)

Patriotisme ?
Notre petite tribu vous a donc proposé ce lundi 6 novembre

Les Malpolis                    Une famille d'amour
Négresses Vertes             Famille heureuse
Harry Fragson                 Les amis de monsieur
Fernandel                         Quelle famille !
Rue de la Muette              Ma mère traîne au café
Odette Laure                    Ça tourne pas rond dans ma p'tite tête
De chez l'Ogre                  Liens
Sacha Distel                     Scandale dans la famille
Nicole Louvier                  Philistins
Moustaki                          Maman, papa
Shuriken                          Lettre
Frères Jacques                 L'entrecôte
Chez là                             La famille
Robine & Pierron            Grand-mère gâtiau
F. Béranger                      Ma grand-mère
M. Morelli                        Chanson rhénane
113                                   Tonton du bled
Anne Sylvestre                 Famille pour famille
Noir Désir                        Ces gens là
Marcel & son orchestre   La famille Ingalls
Oxmo Puccino                  Mama lova
Keith Kouna                     Bonsoir shérif

Avec un gros merci à l'ami François pour la dernière.
Cette émission est à retrouver en cliquant à l'endroit habituel.
Le capitaine ACAB nous a par ailleurs communiqué quelques suppléments, dont un grand séducteur toulousain :



Et une chanson tragique d'Agnès Bhil illustrant l'aspect le plus noir de l'institution familiale.


samedi 4 novembre 2017

Extraballe. Ça aurait pu...


Imaginez un fier jeune homme, Jean-Robert Jovenet qui, outre une ressemblance certaine avec Iggy, possédait le phrasé de Lou Reed et écrivait des textes ironiques et facile à retenir. Rajoutez que notre gaillard fit brièvement ses classes chez les Dogs, en 1975, puis monta Compartiment tueurs avec Jean-Louis Aubert et Richard Kolinka (ceux-là même qui..) traîna dans Asphalt Jungle, puis chez Gasoline.
Ou bien ce gars était le rois des insupportables, ou bien on peut lui attribuer la palme d'or de la déveine, parce que le groupe avec lequel il a finalement fait sa brève carrière Extraballe, est généralement parfaitement oublié, excepté de quelques résidus de l'époque. Trois albums sortis entre 1979 et 1981 dans une indifférence polie. À cause d'un nom à la con ? Et Téléphone, alors ? Ça a empêché les ci-dessus cités de faire carrière, peut-être ?
Non, fort représentatifs des scoumounards de leurs temps, les petits gars ont eu à subir des producteurs ineptes, des labels méprisants et une musique qui aurait pu cartonner mais était peut-être trop à la croisée du punk, new-wave, cold... Trop indéfinis. "Novö" claironnait un artificiel concept, à coup sûr conçu par des apprentis publicitaires.
Et pourtant, à réentendre ce Je travaille à la mine, on comprend pourquoi certains prolos chantonnaient ...à chacun son héroïne, d'un air narquois.
Ça a plutôt moins mal vieilli que bien d'autres.

 

À vrai dire, c'est surtout leur premier album qui restera un coup de maître. Et puis, malgré une poésie assez légère, peu osaient faire allusions à un des plus beaux crimes de l'aviation alliée lors de la deuxième guerre mondiale. Good night Dresden est sur le premier album de 1979. Guitare : Lolita Carabine (également Bulldozer), basse : Murray Ward et batterie : Michel Peyronel.
Peut-être était-ce un poil trop gonflé pour faire guincher en boîte. D'autres l'ont fait peu après avec un tube portant le nom d'un bombardier atomique.


Une fois le groupe séparé, Jean-Robert Jovenet prendra divers pseudonymes et jouera un temps dans les Go-Go Pigalles. Il tournera en Irlande avec le batteur Fuzz Townshend pour un duo plus anecdotique : Interfaith.
Son décès, en 2011, lui a valu un paragraphe dans Rock & Folk.

mercredi 1 novembre 2017

Jazz macabre

Grand introducteur du jazz en France dans les années 1920, Ray Ventura fut, en compagnie de Loulou Gasté et Paul Misraki, le rigolo de service multipliant les chansons à sketches avec son orchestre, "Les collégiens".
Henri Salvador, Sacha Distel, Philippe Lemaire ou Jacques Hélian feront leurs premières armes au sein de ce big-band qui sévira jusqu'aux années 60.
Mais à l'occasion premier novembre, ressortons des tiroirs une adaptation de la Danse macabre de Camille Saint-Saëns (1874) originellement faite pour être accompagnée de paroles d'Henri Cazalis. Même cet air funèbre prend là une gueule joyeusement sautillante.  



samedi 28 octobre 2017

Gnawa Diffusion


Concernant les apports de la musique algérienne un peu plus au nord, il y eut, à la fin des années 60 puis 70, la vague des musiciens issus de l'immigration (Slimane Azem, Dahmane el Harrachi, Aït Menguellet, etc.) généralement restée confinée à la communauté concernée, à ceux qui y cultivaient des amitiés ou qui allaient mater des scopitones dans des bistrots plus ou moins kabyles. 
Dans les années 80, il y eut le succès de Carte de séjour et l'arrivée de  des cassettes de raï venues de l'autre côté de la mer. Ce raï qui fut recyclé par des producteurs ayant flairé le filon, remisé sous la stupide étiquette de world music pour donner naissance à une raya de nouveaux enrichis du show-biz de plus en plus gras et de moins en moins Chebs.
Et puis, parmi d'autres, en 1992, déboule un groupe qui mélange le châabi traditionnel, la musique gnaoua, le raï, le reggae, le rock, le hip hop, Gnawa Diffusion, basé à Grenoble et mené par le fils à papa Amazigh (Homme libre en tamazight) Kateb, enfant de l'écrivain Kateb Yacine. 
Amazigh chante en français, en arabe ou en anglais, la vie du quartier, l'africanisme, le deuil et l'exil et des critiques acerbes contre les forces de l'ordre d'ici ou de là-bas et un ordre mondial à gerber. Le tout avec un goût prononcé par les calembours en plusieurs langues ou d'élégants poèmes d'amour.


Comme il le dit lui-même Ce n'est que vers l'âge de 15 ans, en débarquant en France, que j'ai découvert les Gnawas*, les Aissaouas**, et que je me suis intéressé aux particularités, à l'Algérie, à l'histoire du Maghreb et à celle de l'esclavage. D'ailleurs, Gnawa Diffusion, c'était une petite réaction à l'exil, une volonté de me faire ma petite Algérie.

Leur album Algeria, de 1997 les fera remarquer par un premier tube d'un orientalisme goguenard, pas forcément représentatif de leur travail de  raggnawachaâbirock (sic).
Ouvrez les stores ( de l'album Bab el Oued - Kingston 1999) en pleine époque où l'État algérien avait ouvert les portes de l'enfer et où le commun des mortels ne savait pas forcément s'il se faisait égorger par des djihadistes déguisés en militaires ou des militaires déguisés en terroristes.


En 2001, en pleine révolte kabyle des arouchs, ils partent tourner là-bas.
Métropole est extrait de Souk System (2003) marqué par le désastre qu'est l'invasion de l'Irak et ce champs de ruine qu'est l'Algérie.

 

Puis le groupe se sépare de 2007 à 2012. Amazigh Kateb sortira un album solo, Marchez Noir.
Avec un personnel rénové, ils sortent Shock El Hal en 2012 en hommage aux révolutions arabes.

* Aussi appelés les "Maures Noirs", descendants d'esclaves d'Afrique du Nord. Leur musique particulière, à base de transe et possession attire l'attention des musiciens de rock dès la fin des années 1960.   
** Confrérie paysanne marocaine ou algérienne utilisant également une musique de transe dans ses rituels.

mercredi 25 octobre 2017

Novembre familial

Joies de la vie de famille par Ken Loach (1971)

La plus ancienne de toutes les sociétés, et la seule naturelle, est celle de la famille. Jean-Jacques Rousseau, Le contrat social

 La première opposition de classe qui se manifeste dans l'histoire coïncide avec le développement de l'antagonisme entre l'homme et la femme dans le mariage conjugal, et la première oppression de classe, avec l'oppression du sexe féminin par le sexe masculin. Friedrich Engels, L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État

Réalisation du règne de la bourgeoisie, magnifiée par l'État français, lieu des ultimes solidarités ou des déchirements les plus mesquins, des névroses ou de l'épanouissement originel, essence et fond de commerce de la psychologie, de la société marchande, la famille fut, ces dernières décennies, qualifiée de nucléaire, d'éclatée ou de recomposée. Aujourd'hui, elle est revendiquée par des intérêts antagonistes comme dernier refuge. 
Si elle fut sujet d'inspiration d'une bonne part de la littérature ou du cinéma, la chanson ne pouvait rester indifférente à cette institution que la plupart des individus ont eu la chance ou le malheur de fréquenter.

L'Herbe Tendre s'attaquera donc à ce puits sans fond le lundi 6 octobre à 17h30 sur les 92.2 de Radio Canal Sud

Et pour ouvrir le bal, une évidence par un chanteur tendre 

dimanche 22 octobre 2017

Guidoni : un tribut à Allain Leprest


Contrairement aux habituels hommages posthumes, les Album "Chez Leprest" volumes 1 et 2, en hommages au déprimé de Normandie, sont sortis en 2007 et 2009, donc bien avant son suicide d'août 2011.
Comme tout exercice fourre-tout, on y trouve à boire et à manger. 
Mais on avoue un faible pour ce J'ai peur qui colle à merveille à cet autre angoissé qu'est Jean Guidoni. 


jeudi 19 octobre 2017

Renée Lebas, découvreuse


Renée Lebas (1917-2009) est née Leiba, fille d'immigrants juifs roumains installés à Paris. Un de ses copains d'enfance et du quartier sera Nathan Korb, qui sera plus connu sous le pseudo de Francis Lemarque.
Après avoir exercé divers boulots, elle gagne un radio crochet en 1937. Elle est donc engagée au cabaret La Conga et enregistre son premier disque avec  Raymond Asso en 1940.
Évidemment interdite de scène sous l'occupation, elle se produit alors à Cannes, accompagnée du pianiste Michel Emer où elle crée Insensiblement de Paul Misraki.


En juillet 1942, sa sœur et son père raflés par la police, puis déportés, elle s'exile en Suisse sous les conseils pressants de son copain Francis Carco et va passer le restant de la guerre à chanter pour la radio. Ses chansons sont de claires allusions à la situation de la guerre : D'l'autre côté de la rue, Exil, La fontaine de Varsovie, ou Harlem :


À la libération, elle tourne à l'Européen, l'Alhambra, l'Étoile, l'ABC, Bobino...
Elle crée La Mer de Charles Trenet en 1946 et est une des premières à enregistrer du Léo Ferré, en 1948 (Elle tourne... la Terre, Paris canaille...). Elle chantera Charles Aznavour, Jacques Brel, Francis Carco, Francis Lemarque, Boris Vian...
N'ayant récolté qu'un succès d'estime, elle fait ses adieux à la scène en 1963 pour se consacrer à la production de chanteurs de variétés comme Serge Lama, Régine ou Tereza Kesovija.
Et meurt en 2009.

 

Et une pensée à la mémoire de Madame DD.

mardi 17 octobre 2017

Picardie fleurie


Malgré l'illustration ci-dessus, fusillons une légende.
Cette chanson britannique de 1916 n'a jamais été écrite par un officier de sa gracieuse majesté tombé amoureux d'une belle Picarde. L'auteur, Frederic Weatherly était un petit avocat du sud de l'Angleterre qui a passé la guerre à se faufiler entre tavernes et plaidoiries. Parmi d'autres perles, le débarbot poète a aussi écrit "Danny boy" qu'on avait jusqu'alors toujours cru faire partie du patrimoine irlandais.
Le succès de la rengaine fut néanmoins tel que dès 1918, Pierre d'Amor en fit une adaptation en français.
Elle a donc été reprise par, entre autres, Tino Rossi, Jack Lantier, Sydney Béchet, Ray Ventura, André Dassary, Frank Sinatra et bien entendu Yves Montand.
En voici une fort ancienne version de John Mc Cormack.


Et puis, hasard de la renommée, la bluette d'entre-deux guerre va connaître une seconde jeunesse dans les années 1980, grâce au succès du film de Jean Becker, L'été meurtrier. Dans cette chouette adaptation du roman de Sébastien Japrisot, Les roses de Picardie reviennent en refrain sur le piano électrique maudit, celui qui reste lié au crime originel... Pour mémoire :


Pour finir, une surprenante interprétation française par Mado Robin, à ranger impitoyablement à la rubrique "pompiers". Ce qui nous ramène d'ailleurs au film précédent...


samedi 14 octobre 2017

Raoul Petite a mal


Voilà plus de  ans que la bande à "Carton" (Christian Picard, chanteur principal) écume les routes. S'étant d'abord fait connaître en ouvrant pour Vassiliu ou Higelin, ce big-band de barock 'n roll est né sous le signe des adorateurs de Frank Zappa. À la fin des années 70, le moustachu aurait marmonné "Raoul Petite" lors d'une très brève apparition à la télévision française avec, en guise de spectateurs, les membres d'un groupe qui cherchaient un nom et étaient infoutus de comprendre l'anglais.
Certes, ils ont onze albums à leur actif mais leur "rock agricole sophistiqué" est avant tout à savourer en concert, les mises en scène loufoques n'engendrant pas la mélancolie.
On vous épargne la fastidieuse liste des membres et changements de personnel, sachez juste que c'est trouvable sur leur site et qu'un des historiques, Frédéric Tillard (guitariste) est allé fonder le groupe Fritzkartofel en amenant le tromboniste Fabien Cartalade.
Leur manifeste :  “C’est en évitant de mettre la tête dans son kulte que l’on continue le chemin sans rien perdre de son intégrité ni de son panache”
Comme ces joyeux bougres et bougresses du Vaucluse aiment à faire des vidéos, on vous les exhibe dans Ça fait mal, honorable effort pour squatter les radio.

mercredi 11 octobre 2017

Catalunya über alles !

Excellente bd injustement méconnue
Comme le gouvernement espagnol va éventuellement se retrouver à devoir occuper militairement une partie... de l'Espagne (sic !) on peut consulter ces jours-ci quelques textes instructifs. Par exemple ces deux-là, l'un de Tomás Ibáñez, et, mieux encore, l'autre de Miguel Amoros.
Par ailleurs, on s'est permis de traduire ce billet d'humeur, signé Acratausorio rex, qui malgré une conclusion décevante renferme quelques vérités de base.  


Question d’identités

Avec toute cette histoire d’indépendance de la Catalogne, un sujet attire particulièrement mon attention : qu’on m’explique qu’il s’agit là d’indépendantisme et en aucun cas de nationalisme. Autrement dit, on sort des milliers de drapeaux, la carte d’une patrie, une langue, une histoire, on revendique d’avoir un État à soi, participent à cela aussi bien des millionnaires que des prolétaires, l’Espagne et les Espagnols font face à la Catalogne et aux Catalans, la langue définit un territoire mais… surtout pas question de nationalisme parce que ce simple mot pue les champs de batailles et les millions de morts. Voilà bien pourquoi on parle de nationalisme avec dégoût, seul le PNV (Parti Nationaliste Basque ndt) persiste à employer le mot parce qu’il n’a pas encore découvert comment changer de nom.

Comment fonctionne le nationalisme ? En partie en se dotant d’une identité. L’identité individuelle est ce que l’on est. Un truc terriblement complexe. Découvrir ce que l’on est vraiment n’a rien de simple… Qui es-tu? Un sociologue aurait besoin de cent mille entretiens pour donner une réponse. Hein ? Et en plus, s’il se gourre ? Imaginez donc, partant de là, la complexité de découvrir ce que nous sommes, notre identité collective. Heureusement que l’État est là pour te l’accorder. Et que petit à petit se construise une identité.


Toute politique identitaire d’état tâche d’identifier des coutumes communes et comme la populace est tellement éclectique au niveau culturel, au niveau économique, au niveau du cadre de vie géographique… Ici, en Espagne, ce qui définit la culture commune est la langue. Qu’on l’appelle castillan ou espagnol.

L’autre aspect de politique identitaire fourni par l’État est le pouvoir d’identification : pouvoir identifier les autres et les doter de caractéristiques différentes des siennes. Pour qu’il puisse exister un « nous-autres », il faut que « eux, les autres » existent. Plus les autres sont identifiables, plus nous-autres sommes renforcés. Et vice-versa.




Par exemple, ce refrain « l’Espagne nous dépouille » qui amène à penser qu’il n’y a là aucune profonde réflexion au sujet de la création de la redistribution de richesses. Ça donne juste que les voisins qui se considèrent encore Espagnols se croient entendre traiter de voleurs. Et ça les énerve un peu plus à chaque fois qu’ils voient un Catalan, à la télévision ou ailleurs, avec son drapeau, sa langue et ses autoroutes à péages. Et ça les met en rogne et ça finit en commentaires méprisants. Commentaires qui, s’ils parviennent aux oreilles d’un Catalan, ne font que renforcer son catalanisme. Et si tu mènes une politique d’immersion linguistique en catalan, tant dans l’administration qu’à l’école, tu pourras bien dire ce que tu voudras, ceux qui se sentent Espagnols vont se trouver attaqués. Et lorsque le PP est arrivé à bousiller le Statut de 2010 ? Et bien, la même chose mais à l’inverse.

Et tout ça n’est pas fait innocemment. C’est même parfaitement calculé, car plus les gens s’identifient à une nation et plus une nation à un État, plus une population dominée par son gouvernement se retrouve à l’unisson. Tout comme l’esclave pouvait s’identifier au propriétaire de l’hacienda.

En Catalogne beaucoup de gens s’excitent au sujet de l’armée d’occupation. Mais en dehors de la Catalogne… Chers amis et amies Catalans, la gauche espagnole est unioniste et la population aussi. Les Espagnols sont loin d’être cette caricature de fascistes à petite moustache et calvitie que vous représentez systématiquement, pas plus qu’ils ne sont les quatre pelés néo-nazis. Ils applaudiront avec une profonde indifférence ce que le gouvernement fera contre la Catalogne, aussi despotique cela puisse-t-il être. C’est là tout le charme de la politique identitaire : plus elle cogne, plus elle renforce son adversaire. Et ça ni le Gobierno, ni le Govern ne l’ignorent car ils sont tout sauf innocents ou idiots… et ils jouent le jeu de leurs propres intérêts. Et en guise de repas, ils vont se goinfrer, en vous préparant à tous une orgie nationaliste. Et le plat de résistance, c’est vous tous et toutes. 

Les Mossos d'esquadra, héros (si!) de l'indépendance
L’unique réponse à la perte de liberté, à l’occupation militaire, au despotisme ne réside, en l’occurrence, ni dans le peuple, ni dans les nationalismes, ni au Govern, ni au gouvernement. La seule opposition, le seule réponse à la hauteur des circonstances réside dans le mouvement ouvrier. Et part d’un simple fait : les intérêts du travailleur ne sont pas nationaux. Pour poser la question des salaires, du poste de travail, du chômage, de ses conditions de vie sur la table, il faut qu’il existe des motifs autrement plus puissants. 

lundi 9 octobre 2017

Mort d'un rocker moustachu

Notre disparu du jour à la télévision le 7 février 1981.
Finalement, au vu des présents, c'est encore lui qui a le moins mal vieilli


On peut le retrouver avec Jean-Pierre Marielle, autre belle moustache, chantant du Caussimon à cet article.

vendredi 6 octobre 2017

Du rock dans le bayou


Osons une affirmation : si le rock n' roll vient sans conteste du blues, du rhythm 'n blues, plus précisément, depuis la mise à disposition des enregistrements des Lomax, père et fils, on sait que la musique populaire du sud des États-Unis qui a abouti à tout ça a marié des influences tant autochtones (la rythmique) que celtiques, germaniques (l'accordéon, le saxophone), africaines et bien entendu ce creuset que fut la musique cadienne ou cajun. D'aucun affirmeront péremptoirement que le cajun, qui dérivé en country and western, était l'apanage des Blancs là où le zydeco (ou zarico) celui des Noirs.
Comme toujours, les pauvres se fréquentant malgré tout ce qui entend les séparer, on rappellera que ce genre de classification est bien trop hâtive, les musiciens franchissant allégrement les genres et se mélangeant ou se pillant dès qu'ils en ont l'occasion. Et encore heureux. Et ceci est encore plus vrai dans ces contrées de bayou où de révoltes indiennes alliées aux esclaves marrons, d'ex français réfugiés au plus profond des marais, de cette ville de la musique, la Nouvelle Orléans, tour à tour espagnole, française américaine, chacun est allé faire sien la musique de "l'autre".
Il semble qu'une des chansons emblématiques du rock / rhythm and blues, Keep a knockin', issue des années 20, popularisée par Louis Jordan en 1939...

 

... immortalisée par Little Richard, l'autre King, la première grande folle du rock, celui qui rendait la vue aux aveugles, en 1957, en transformant ce blues en rock 'n roll (avec cette intro de batterie repompée dans Somethin' else et une ribambelle de morceaux) que tout le monde reprend depuis.



Il semble donc, disais-je, que cet éternel boogie soit issue d'un traditionnel cajun tout simplement nommé Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer. On a beau fouiner, pas moyen de trouver un enregistrement suffisamment ancien pour venir confirmer cette thèse. Notre plaisir consistera donc à envoyer un autre maître du style, mister Clifton Chénier, en personne, qui illustre ici les racines de la musique du diable.



mardi 3 octobre 2017

Herbe Tendre révolutionnaire (on fait ce qu'on peut)

Prolos affûtés prêts à passer à l'action
Que voulez-vous ajouter de plus à une si belle photo ? Si ce n'est que la révolution reste et restera une des plus belles passions humaines. Et qu'on l'attend encore.
Au menu du grand soir :
Expérience                     La révolution ne sera pas télévisée
L'Écho Râleur                La carmagnole
Catherine Ribeiro (?)     La guillotine permanente
Jean-Pierre Réginal        Le calendrier révolutionnaire
VII                                  La mort d'un monde
Mouloudji                       Quand viendra-t-elle ?
Marc Ogeret                   Le chant des canuts
Germaine Montéro        Ceux d'Oviedo
Bérurier Noir                 Coup d'état de la jeunesse
Frères Misère                 La révolution
Ludwig von 88                La révolution n'est pas un dîner de gala
Moustaki                         Sans la nommer
Gilles Servat                   The foggy dew
2 bals' 2 nègs' & Mystic  La sédition
Dan & Pat                        La diane du prolétaire
Cor de la plana                La libertat
La Dernière Tribu           Nés dans le béton
René Binamé                   La révolte
   
L'émission est disponible en cliquant là.
Et un coup de chapeau au centenaire du grand chambardement, cette déjà vieillerie (1977) signée Bulldozer. Le soleil se levait alors à l'Est. Enfin, y'en avaient pour bien vouloir s'en persuader. 

 

Et pendant ce temps, en Catalogne (vue d'ensemble)

samedi 30 septembre 2017

Francis Lemarque aux tranchées, Papa Schultz aussi.


Lagny est un petit village de l'Oise de moins de 600 habitants situé au milieu d'un triangle Compiègne-Saint Quentin-Amiens qui est resté occupé par les troupes allemandes de 1914 à 1918.

Si cette commune est passée à la postérité, ce n'est pas tant à cause des cinq otages civils qui y ont été fusillés mais par une chanson qui fit partie du répertoire classique de la guerre des tranchées.

Elle est ici chantée par Francis Lemarque sur l'air de « Sous les ponts de Paris » de Jean Rodor et Vincent Scotto qui fit un tabac en ces années là.

Texte et musique auraient été retrouvés sur le cahier d'un soldat de la Vienne avec cette annotation : " Cette chanson a été composée quand nous étions dans les tranchées de Lagny par un soldat du 69ème. Je ne sais pas son nom ni sa compagnie."
Une fois encore, il est évident que les auteurs de ce type de rengaines souhaitaient garder un salutaire anonymat.

 

En contrepoint, la chute dans la "modernité" sera ce morceau de Parabellum tiré de leur premier 33 tour (1985) tout simplement intitulé, Papa, c'était du temps où le Géant Vert était, pour notre joie, parolier.

mercredi 27 septembre 2017

Medfef Inna Babylon rend hommage à nos chers disparus


Un amical salut à quatre barjots déguisés en résidents de Guantanamo avec qu'on a eu le plaisir et l'honneur de cotoyer sur quelques scènes de la région toulousaine et qui se font désormais trop rares. Bubu (chant, harmonica, flûte traversière, cornemuse, gaïta, et à peu près tout ce dans quoi on souffle, ou presque) Momo (basse), Jul (guitare) et Yf (batterie) sont originellement issus d'un groupe nommé les Dead Balladurs. Mais en 1998, l'arrivée de inénarrable Ernest-Antoine, qui changea le nom du CNPF en Medef, leur fit adopter le patronyme qui les rendra si populaires au sud de la Garonne.
Bubu, l'homme des vents

Ils donnent jour, au passage, à un style que, faute de mieux, nous nommerons punk hard-core à vent, ponctué, en live, des cabrioles du Bubu bondissant.
Les titres de leurs quatre albums est à lui seul un poème : Entreprenarial Vibrations (2001), Timeo patronat et dona ferentes (2003), Requiem pour un baron (2005) et Metaphysical punk (2009).
Rock et lutte des classes, on lâche les grands mots.
Trois fois hélas, le combo de furieux, lassé de se répéter ne se réunit plus que pour quelques concerts de soutiens. Donc, si vous avez un pote qui a besoin de cantiner, n'hésitez pas à les reformer. On fait suivre.
En souvenir d'eux, l'hommage à l'ex-maire de la capitale qui aujourd'hui a chuté dans la clandestinité. Mais où qu'il est donc passé, çui-là ?

dimanche 24 septembre 2017

Révolutions d'octobre

1936, révolution bousillée


Ceci n'est pas un hommage au coup d'État qui ébranla la face du monde pour une centaine d'années. À force de tourner autour du pot, voici est un retour sur quelques chansons qui accompagnèrent, appelèrent, pleurèrent les bouleversements de l'histoire et une des plus belles aspirations humaine : la Révolution.
Les chansons enragées seront à collecter le lundi 2 octobre à 17h30 sur le 92.2 de Radio Canal Sud (92.2fm) ou sur le site correspondant.

Pour se mettre en jambe, une version nerveuse et bordélique de cette bonne vieille Varsovienne. En allemand pour l'occasion.


Hymne qui fait remonter un souvenir d'il y a déjà un bail. Un soir que j'étais avec une copine, réfugiée espagnole plus âgée que moi, à regarder le Docteur Jivago de David Lean à la télévision, voilà-t-il pas qu'au moment de la manifestation de rue de 1905 ma camarade grommelle : "Qu'est ce qui leur prend, au russkofs, de jouer A las barricadas ?" . S'ensuivit une patiente explication pour tenter de démontrer que c'était pas la CéNéTé qui avait inventé La Varsovienne. Même que Varsovie, c'est pas dans la péninsule ibérique, d'ailleurs. Je pense qu'en ce qui concerne la paternité de cette chanson, elle ne m'a jamais vraiment cru. Jusqu'à son dernier jour.

1917, révolution confisquée

jeudi 21 septembre 2017

Histoire de fantôme espagnol : l'astronaute a encore frappé


Mis à part les velléités de séparatisme catalan accompagnées de la stupidité habituelle du gouvernement de Madrid ou les tristes actes d'illuminés sanglants, un fantôme hante l’Espagne, celui de l’amiral Carrero Blanco.
Au nom d’une récente loi « en faveur des victimes du terrorisme », des procureurs de sa majesté ont requis deux ans et demi de prison ferme contre une étudiante de 21 ans, Casandra, ou un an ferme pour un rappeur, César Montaña pour « apologie de terrorisme » suite à quelques tweets moqueurs à l’encontre de ce magnifique militaire. 

Pour les nés après 1973, rappelons que cet homme était à la fois le bras droit et le dauphin du général Francisco Franco, qui en était alors à sa trente quatrième année de dictature sanguinaire.
Non content de se vanter de « fusiller la moitié de l’Espagne », Franco, avait éliminé avec plus ou moins de finesse ou de brutalité tous ses concurrents éventuels au poste de chef suprême avant de jeter son dévolu sur l’amiral.
Maîtrisant l’équilibre entre les différentes factions de la dictature (Phalange, Opus Dei, JONS, monarchistes carlistes) Carrero, surnommé « l’Ogre », était chargé de perpétuer l’œuvre du Caudillo en prolongeant le régime tout en le modernisant.
La carrière de cet aimable individu s’arrêta le 20 décembre 1973, dans la rue Claudio Coello à Madrid, lorsqu’un commando d’ETA fit exploser une bombe placée sous la chaussée qui projeta sa voiture à plus de 30 mètres et la fit atterrir sur une terrasse voisine. L'organisation avait originellement pour projet d’enlever l’amiral dans l’église dans laquelle il se rendait prier chaque matin à heure fixe (grossière erreur) mais des considérations techniques et la présence de nombreux civils ont finalement fait pencher le commando pour un attentat à la bombe.
C’était le coup mortel porté au régime gâteux et la voie ouverte à une modernisation capitaliste de l’Espagne via le retour du roi et à la « transition (appelée aussi « transaction ») démocratique ».
L’action du groupe dirigé par Argala eut aussitôt un retentissement international et fut généralement fort arrosée. Carrero fut rebaptisé « premier astronaute espagnol » ou « champion du monde de saut en hauteur ». Les taxis madrilènes devant se rendre rue Coello demandaient ironiquement « à quelle hauteur de la rue ? ». De l’autre côté des Pyrénées, les fêtes populaires donnaient lieu à des festivals de saut aux cris de « Et hop ! Plus haut que Carrero !» ou à des refrains comme « Moi, je m’en fous, je suis de Cambo, j’ai fait sauter Carrero Blanco, si un jour je monte à Paris, je ferai bien sauter Valéry ». Côté espagnol, plusieurs chansons fleurirent comme « Carreo volo » de Falín Galán ou « España toda a una ».


Citons égalemant celle du groupe Soak :  
Carrero Blanco, minitro naval tenia un sueño, volar y volar, hasta que un dia ETA militar hizo su sueño una gran realidad.
(Carrero Blanco, ministre naval, rêvait de voler, voler, jusqu'à ce qu'un jour ETA militaire change ce rêve en remarquable réalité).



Instrument de propagande par excellence du XXème siècle, le cinéma s’en est aussi mêlé.
En 1979, le cinéaste communiste italien Gillo Pontecorvo réalise « Opération Ogre » à la gloire du groupe ayant effectué le tyrannicide. Notons au passage qu’il fallait oser braver le ridicule pour représenter Gian Maria Volonte et Nicole Garcia en combattants basques (voir scène de la rencontre avec la gamine dans un bar) !


Ce film était tellement considéré comme « naturel » à l’époque que la deuxième chaîne de télévision française l’a programmé à 20h30 en 1980. Il est depuis retourné dans les tiroirs pour cause d’apologie d’une action armée.

Cet attentat ciblé a donc joui d’une popularité sans égale dans le pays, donnant lieu à une véritable légende et toute une contre-culture. On croit donc rêver que quarante ans plus tard, au nom de l'hystérie anti ETA la justice espagnole en soit à interdire l’humour.
Tout est donc toujours à recommencer, y compris certains tunnels.



PS : On rappelle en passant que la municipalité de Madrid remet encore et toujours la plaque commémorative de la rue Coello en l’honneur de Carrero, régulièrement vandalisée, et que le monument franquiste par excellence, le « Valle de los caidos » attend toujours ses démolisseurs.

lundi 18 septembre 2017

Fabrizio de Andrè, Brassens en Italien et beaucoup plus

Et bonne gueule avec ça (années 60)
Génois d'origine, Fabrizio de Andrè (1940-199), Faber pour les intimes, fut un de ces auteurs, compositeurs, interprètes des plus attachants de l'Italie des années 50 à 90 du siècle passé. Aujourd'hui publié dans les anthologies poétiques transalpines, cet inclassable a avant tout chanté les exclus et marginaux, putains, voleurs, soldats, amoureux ou amis désespérés. Il a aussi mis en valeur les dialectes génois, sarde ou napolitain tout en intégrant les éléments régionaux à sa musique, ainsi que du rock ou du folk dans sa tendance anglo-saxonne.
Bien entendu, un site assez richement doté conserve sa mémoire. 
Autre particularité et prétexte à sa présence ici, il a lui-même traduit et adapté bon nombre de chansons de Brassens pour lequel il confessait une admiration certaine.

Par exemple, Le passanti, de l'album Canzoni (1974) texte d'Antoine Pol, d'abord exhumé par Brassens dans un marché aux puces, qu'il mettra une quinzaine d'années à mettre en musique après avoir laissé traîner longtemps l'opus du poète inconnu dans sa bibliothèque. 


Pour partager son talent, on avait déjà ressorti cette ode à l'artisanat. Une autre de nos préférées est Don Raffaè, savoureux et ironique monologue autour, d'une tasse d'excellent café, de Pasquale Cafiero, maton brigadier, au sujet de son client, l'exquis Don Raffaè, capo d'une organisation criminelle organisée. Mafia ? Camorra ? 'Ndrangheta ? Notre connaissance très limitée de l'italien ne l'a pas déterminé mais on ne doute pas qu'aux oreilles de n'importe quel auditeur transalpin, les expressions vernaculaires donnent la clé. Et finalement, l'adresse Pioggioreale 53, une des prisons de Naples, constitue plus qu'un indice.


jeudi 14 septembre 2017

La fausse disparition de Bob

Monsieur Bob en pleine activité
Comme auraient dit certains ancêtres, on devient terriblement résègue à déplorer et redéplorer la métamorphose de nos villes en zones piétonnes destinées au commerce de produits stupides, en cartes postales d'un musée consacré à la vulgarité ou en pensions temporaires pour touristes fortunés.
Et qu'on ne vienne pas nous sortir que ce genre de râlerie existant depuis Villon ou Louis Chevalier, nous ne serions juste que des ringards passéistes crasseux. D'abord, au vu de la modernité on voit pas où serait le problème, ensuite on ne peut que constater l'expulsion des classes populaires au plus loin des centre-villes, phénomène qui a pris toute son ampleur ces dernières trente ou quarante années.  
Amoureux du vieux Paris (comme du vieux Limoges, Toulouse, Nancy, etc.) on reste plongés dans la nostalgie du temps où les classes laborieuses ou dangereuses hantaient le ruban et où la langue verte le disputait aux néologismes locaux.
Côté Paname, outre le Chevalier, cité plus haut, on a toujours aimé traînailler dans les écrits de Jacques Yonnet (Rue des maléfices), Jean-Paul Clébert (Paris insolite) et, bien entendu Robert Giraud (Le vin des rues), monsieur Bob lui-même souvent mentionné dans ce blog.

Débutant sa carrière en résistance limousine, monté à Pantruche en 1944, dilettante forcené, flâneur émérite, érudit d'argot, amateur de jaja et de rencontres (certains de ses amis se nomment Albert Vidalie, les frères Prévert, Maximilien Vox, Fréhel, Alain Jessua ou Morelli) Bob (1921-1997) devint un des plus fins connaisseurs et chroniqueurs de la capitale d'après-guerre. Sans forcer le trait, car malgré une dèche récurrente, le Robert était un fainéant lumineux qui recyclait ses écrits sans la moindre honte. Voilà un homme qui n'a jamais été salarié sans avoir touché la moindre rente ou héritage.
Et un blog, celui d'Olivier Bailly, Le copain de Doisneau, prolonge ces mêmes bouquins en étant  un centre d'archive permanent à la portée de touzetoutes.
Or, il y a peu, nous avons d'abord constaté la disparition du lien vers cette œuvre recommandable de la colonne de droite de ce site.
Puis on s'est retrouvés face à l'absence de l'objet des moteurs de recherches, toute tentative menant à une annonce lapidaire : ce site a été archivé ou suspendu.
Alors ? Envolé le blogue ?
Pas tant que ça. Tel est l'objet de cet article destiné aux curieux, il reste un moyen d'accéder à cette mine dédiée au Paris de jadis en allant à ce lien : http://web.archive.org/web/20120505023912/http://robertgiraud.blog.lemonde.fr/

Bonne promenade dans le turbin de Bailly, c'était notre annonce de service public.
Pour arroser ça, on se remet la copine Fréhel dans À la dérive