lundi 21 août 2017

Ionesco par Hugues le Bars


Le chanteur fatigué
Au rayon bizarrerie à succès imprévisible, on avait déjà connu, en 1956, un blues sur rythme de valse, le célébrissime I put a spell on you de Screamin' Jay Hawkins.
Autre chose assez particulière, Eugène Ionesco en chanteur pour les besoins d'un ballet de Maurice Béjart en 1988.

 La commande avait été passé auprès d'un musicien touche-à-tout, disparu en 2014 à l'âge de soixante-quatre ans, Hugues Le Bars.
Trafiquant les sons bien avant la popularisation du sample, mixant ses bande de magnétophone dès les années soixante-dix, Le Bars aura commis sept albums, entre 1981 et 2013, cinq musiques de films et une tripotée de jingles, musiques d'ambiance et génériques pour Radio France.
Une de ses dernières notes de pochette : "Je parano mais je sais pas quand je reviens."
Il aimait particulièrement coller des voix connues au sein de ses mélodies (André Malraux, Sonia Rykiel, etc.) ainsi que des enregistrement d'animaux ou d'enfants.
Pour les besoins de Musique pour Ionesco, il était parti s'entretenir avec l'auteur, en avait conservé un échantillon de quelques phrases et l'avait heureusement marié à une valse de Chostakovitch.
Le résultat, J'en ai marre, est à la hauteur de l'immortel Screaming Jay (tout de même décédé en 2000).

vendredi 18 août 2017

Les Bass' Harmonistes, quintette disparu


Voici un quintette d'après-guerre dans la lignée des Quatre Barbus ou des Frères Jacques. Sauf qu'eux ont disparu corps et bien après avoir sorti, en croisant les sources, un 33 tour (en 1957 ? Ce n'est même pas certain) cinq maxis quatre à six titres et trois 45 tours deux titres. Et leurs traces n'abondent guère.
Leur répertoire était d'un bel éclectisme. Il allait de reprises d'air classiques ou d'opéra, à des chants de Noël, de chants folkloriques ou musettes à des chansons de westerns, des airs russes et, plus étonnant à l'époque, un maxi de chansons "noires" d'Haïti, du Mississipi, du Zambèze ou de l'Île Maurice.   
Il semble qu'ils aient été plus ou moins successivement Henri Contet (auteur et compositeur) Christian Borel, Eddy Marnay, Jacques Plante, René Rouzaud, Émile Stern, et Jean-Michel Defaye.
Chez Pathé, les arrangements étaient de Michel Quéval.
Ce dernier, pianiste classique à l'Opéra et directeur de divers orchestres prestigieux enregistrait ou produisait des disques de variété sous divers pseudonymes (Jeff W. Higginbothom, Archie X. Morrison, Michel de Faria, Célestin Vichi, Bob Softhorn).
On le constate, ces chanteurs d'antan ne sont pas simple à débusquer.

On trouve tout de même un extrait de l'émission Musique au moulin, dans lequel, après une brève entrevue, ils chantent Les âmes fières. On nage en pleine ambiance de western.


Également une belle version de La danse macabre paroles et musique de Camille Saint-Saëns.

mardi 15 août 2017

Jeu d'été


Érudits, érudites, joueurs, joueuses, touristes morts d'ennui, à vos claviers.
Le passe-temps du 15 août sera cette année : lequel de ces deux dynamiques personnages, représentés ci-dessus, a prononcé ces mots après les avoir mûrement pesés :
Mais moi, les dingues, je les soigne. Je vais lui faire une ordonnance, et une sévère… Moi, quand on m'en fait trop, je correctionne plus : je dynamite, je disperse, je ventile !
Le gagnant emporte l'authentique pipe du général Douglas Mac Arthur.

En accompagnement, un classique de Boris Vian chanté par un Serge Reggiani très en forme, le 6 mars 1969, avec l'orchestre de Jean Morlier.

samedi 12 août 2017

Lacenaire en vedette

Poète plutôt pompier, voleur pas vraiment brillant, auteur de théâtre sans succès, assassin médiocre, auteur de chansons savoureuses, mis à l'honneur par les surréalistes, magnifié par Prévert et Carné, on a déjà évoqué le cas de Pierre-François Lacenaire à cette page.
Mais on profite aussi du désert radiophonique estival pour mettre en ligne cette passionnante émission des Nuits de France Culture de Philippe Garbit, réalisée par Marion Thiba, qui revient largement sur le cas de ce personnage haut en couleur. Quant aux turpitudes de la monarchie de juillet, elles rappellent bien des choses plus actuelles...



Pour rendre hommage au chansonnier, une autre version de sa "Pétition d'un voleur à un roi voisin", cette fois chantée par Gérald Genty.


mercredi 9 août 2017

Scooter et une parodie inattendue


En 1976, Scooter, groupe lyonnais irrespectueux s'attaque par la face Nord à un monument de la décennie en cours : la chanson "Sweet Jane", écrite par Lou Reed et tirée de l'album Loaded du Velvet Underground (1970).
C'est tout à fait potache, mais que pouvait-on attendre d'une bande lycéens décidés à en découdre avec les, déjà devenus, ancêtres du rock 'n roll ?
Le 45 tour étant introuvable, cette version est tirée de la compil Skydog Commando du label français Skydog, de 1978.
Attention les oreilles :


Bon, si la voix du chanteur vous rappelle quelque chose, vous avez peut-être deviné que Scooter n'est autre que le premier nom de Starshooter
En réalité, le groupe qui s'est déjà pris une malheureuse parodie des Beatles (voir cet article) dans les gencives a réenregistré son premier titre, Hygiène, pour les besoins de la compilation. Au moins, ce coup-là la maison EMI, qui a déjà commis l'erreur de virer les Pistols, écrase le coup.
Pas de réactions de Lou Reed qui avait d'autres masos à fouetter.
Quant à la version originale, elle avait refait carrière avec lui-même en version hard rock, fut excellemment reprise par Mott the Hoople, puis par David Bowie, Brownsville Station, Metallica, Cowboy Junkies et on en passe...
On ne va donc pas se quitter sans la version originelle.


samedi 5 août 2017

Nougaro en pleine crise de foi

Je crois est une adaptation d'Imploracion negra, brésilienne d'Humberto Canto tirée du cinquième album de Claude Nougaro Petit taureau (1967).
Cette chanson était en face B du 45 tour Toulouse.

Elle est ici prétexte à une brève évocation de Maurice Vanderschueren (1929-2017) dit Maurice Vander, disparu en février dernier, grand clavier du jazz, qui inaugurait avec cet album des années de collaboration avec Nougaro.

Fils d’un modeste accordéoniste de Vitry-sur-Seine, Maurice Vander a étudié le piano à 8 ans, tâté de l’accordéon et est finalement revenu aux 88 touches (pianos et orgues). Freddy, son frère, accordéoniste lui aussi, lui a fait découvrir le jazz en écoutant la radio d'après-guerre.
Avant sa rencontre avec Nougaro le "Coq" avait déjà enregistré avec Django Reinhardt en 1953.
Il était par ailleurs le père adoptif du batteur Christian Vander (Magma). 


mercredi 2 août 2017

Jeanne s'est tirée

 Elle avait peut-être des côtés agaçants mais au moins, elle n'a jamais fait de publicité pour une banque Paribas ou un quelconque autre produit.
Au revoir madame, il nous reste toujours 130 films et 6 disques.


Deux chansons, la première de son albums de 1963 écrite par Serge Rezvani alias Cyrus Bassiak (va-nu-pieds en russe). La deuxième est d'elle-même, album de 1969, musique d'Antoine Duhamel.

lundi 31 juillet 2017

Alexandre Zelkine, internationaliste atypique.

Un grand remerciement à l'ami François qui nous le fit connaître avec cet article très complet. 
Comme tout est dit là, on va tâcher de résumer le bonhomme en deux mots.

Né à Lyon en 1938 de père russe et de mère française le gars étudie la musique au conservatoire et voyage des Balkans à Israël, d'Espagne à New-York.

Son premier disque Russian folk songs, d'avril 1965, est un recueil de ballades russes accompagnées de balalaïkas. Puis ayant déménagé à Montréal, ses deux opus suivants, de 1966 et 1967, sont de curieux mélange de traditionnels ou de chants révolutionnaires en français, yiddish, espagnol, russe ou anglais.
Parmi les titres, cette version d'À la Roquette d'Aristide Bruant.


Au rythme d'une sortie annuelle, s'ensuivent un  autre disque en russe et un album de folk québecois.
Et puis, en 1973 l'album Pessimiste replonge dans le joyeux mélange.
En 1974, c'est L'otage, en pleine saison des actions du FLQ et de l'état de siège qui fut appliqué à la province francophone. On y trouve la chanson Pessimiste qui jure quelque peu avec le ton de l'époque. Quant au titre, L'otage, il s'inspire du sort de Pierre Laporte, avocat et ministre corrompu québecois, mort suite à son enlèvement par la cellule Chénier du FLQ. Laporte avait été soit exécuté, soit tué lors d'une tentative d'évasion.


On reste quelque peu interloqué par les paroles. Essayez voir, de nos jours et sous nos cieux, d'aller tenter d'expliquer le processus amenant à je ne sais pas moi, au hasard, la mort d'un président du conseil italien ou d'un général français...
Et puis le bon géant a disparu des ondes. Depuis 1974, il se consacre au modélisme ferroviaire. Il a même inventé une compagnie imaginaire, la Degulbeef and Cradding Railroad.
Interloqués, on vous dit.  

vendredi 28 juillet 2017

Desnos, Liabeuf et la chanson qui ne fut pas (ou pas encore)


Presse à sensations
Comme on y fit allusion dans cette aimable émission, Jean-Jacques Liabeuf, honnête cordonnier persécuté par deux argousins des mœurs, Maugras et Vors,  qui lui avaient taillé un costard de proxénète, fut injustement condamné à la prison et à l'interdiction de séjour en 1909.
Fou de rage, l'ouvrier se confectionna des poignets de cuir hérissés de pointe, y rajouta un poignard et un revolver browning pour régler ses comptes avec les deux bourriques responsables de sa disgrâce. Le 8 janvier 1910, contrôlé par des agents, il tue un flic et en blesse quatre autres, dont un grièvement, avant d'être maîtrisé.
Sale ambiance

C'était mal barré pour l'homme d'honneur qui malgré son manque de chance sera défendu par une bonne partie des socialistes* et des anarchistes.
Le premier juillet 1910, Liabeuf est guillotiné sur le boulevard Arago, contre le mur de La Santé. Il aura clamé jusqu'à son dernier souffle qu'il n'était pas un souteneur. Son exécution fut l'occasion d'une des plus belles émeutes du Paris des années 1900 : des milliers de personnes s'affrontent à la police, les cuirassiers chargent la foule dans laquelle se trouvent quelques futurs "bandits tragiques" dont certains feront eux aussi parler la poudre (Soudy, Valet, Kilbatchiche).

Or, Robert Desnos a prétendu avoir assisté à l'arrestation de Liabeuf, dans la rue Aubry-le-boucher. Il avait dix ans et c'était pas pourtant pas à une heure où on laisse traîner les moutards.
Trente ans plus tard il écrivit une chanson en argot, en hommage à Liabeuf et son action dans la rue Aubry-le-boucher. Ce texte sera publié pendant la guerre sous pseudonyme, il est intitulé

À LA CAILLE** 

Rue Aubry-le-Boucher on peut te foutre en l’air,
Bouziller tes tapins, tes tôles et tes crèches
Où se faisaient trancher des sœurs comaco blèches
Portant bavette en deuil sous des nichons riders.

On peut te maquiller de béton et de fer
On peut virer ton blaze et dégommer ta dèche
Ton casier judiciaire aura toujours en flèche
Liabeuf qui fit risette un matin à Deibler***.

À Sorgue, aux Innocents, les esgourdes m’en tintent.
Son fantôme poursuit les flics. Il les esquinte.
Par vanne ils l’ont donné, sapé, guillotiné

Mais il décarre, malgré eux. Il court la belle,
Laissant en rade indics, roussins et hirondelles,
Que de sa lame Aubry tatoue au raisiné.
 


On ne connaît pas de mise en musique de ce petit bijou. Si ça vous inspire, n'hésitez surtout pas, on se fera une joie de diffuser. Camarades musicos, à vous.
Autre représentation fantaisiste

Je trouve que dans ce siècle d'aveulis et d'avachis, Liabeuf a donné une belle leçon d'énergie et de courage à la foule des honnêtes gens. À nous-mêmes, révolutionnaires, il a donné un bel exemple. Gustave Hervé dans La Guerre Sociale

** En rogne, en pétard, en colère...

*** Famille de bourreaux de génération en génération.

Et puisqu'il faut terminer sur une rengaine, voilà l'occase d'envoyer encore une fois celle qui ne fut pas écrite par Raymond Callemin mais par qui vous savez. L'occase aussi d'écouter ce cher Jacques Marchais. 

mardi 25 juillet 2017

Schmoll adapte Creedence, Leadbelly et se plante

Vie quotidienne au pénitencier d'Angola (Louisiane)

À l'origine une chanson folk, country-blues du début du XXème siècle populaire chez les prisonniers du Sud des États-Unis, coutumiers du "chain gang" (groupe de forçats condamnés au travail forcé attachés entre eux).

Sa première occurrence apparaît imprimée en 1905, le premier enregistrement connu est de Dave "Pistol Pete" Cutrell, cow-boy chantant, en 1926.
Comme c'est généralement le cas pour les chants du peuple, les paroles varient au gré des interprètes.
Car, c'est bien le bluesman Leadbelly ("ventre de plomb") qui va non seulement donner ses lettres de noblesse à Midnight special mais proposer une explication du titre aux Lomax, venus enregistrer au pénitencier d'Angola. Enterré en cet enfer pour avoir défouraillé dans une rixe de bar, Leadbelly affirme que le Midnight Special est le train de Houston, plus ou moins mythique, qui doit emmener les bagnards loin de ce trou à moustiques paludiques. D'ailleurs si un gars l'entend passer à minuit, il sortira immanquablement dans l'année.


 Le bluesman utilisera sa séance d'enregistrement avec les musicologues pour demander sa grâce au gouverneur. Par ailleurs John et Alan Lomax l'ont abusivement crédité de cette chanson. Suite à cette séance, de 1933, la complainte deviendra populaire chez les bluesmen (Big Bill Bronzy, Otis Rush, Sonny Terry, etc.), folkeux (Pete Seeger, Les Paul, Bob Dylan, etc.) et rockers (Little Richard, Van Morrison, the Beatles, Eric Clapton, etc.). Sans oublier les variantes zydeco ou calypso du début des années 1960.
Une des versions les plus populaires est certainement celle du groupe californien Creedence Clearwater Revival sur l'album Willy and the poor boys (1969) Démonstration :


L'anecdote étant narrée, il ne reste plus qu'à passer à ce qu'il faut bien nommer le très réussi ratage de notre crooner et cinéphile de Belleville, Monsieur Eddy,  Schmoll national, qui en fit un gospel mou et erratique sur son disque de 1977 "La dernière séance".
Rien qu'à cause de l'émission éponyme, il te sera beaucoup pardonné, Claude. Et on a parfois bien du mérite...

samedi 22 juillet 2017

Henri Gougaud, l'héritage troubadour


Poète, écrivain, chanteur revendiqué occitan, il est né à Carcassonne en 1936. Étudiant toulousain, c'est lors d'une soirée organisée par le Monde Libertaire à la Mutualité qu'il est poussé sur scène par ses potes.
Pour le reste ce fin bavard se raconte très bien lui-même.
Extrait de son site
La vie de saltimbanque, pour Henri, ça commence à la fin des années 50. Il « monte » à Paris, fait la manche dans les restaurants, découvre la « Rive «gauche » et ses cabarets. Léo Noël l’engage à l’Écluse. Il y partage la scène avec Christine Sèvres, Gribouille, Barbara, Marc et André…
Climat exaltant. C’est une famille sans motivation commerciale, on y compose des chansons sur un coin de table en essayant de faire au plus beau.
Il n’est pas chanteur mais homme qui chante. Nuance. Un jour, il a l’occasion de proposer des chansons à Serge Reggiani. « Paris ma rose » est choisie. 



Quand les autres commencent à chanter pour lui, il cesse de se produire car son désir est avant tout d’écrire. Jacques Bertin, Gribouille, Christine Sèvres, Juliette Grèco, Jean Ferrat, Lise Médini, Martine Sarri, Colette Mansard, Marc Ogeret, entre autres, chanteront ses chansons...


Vient le grand vent de 68. En 1969, il créé avec des amis la maison d’édition Bélibaste* qui publiera sa traduction des « Poèmes politiques des troubadours »et divers textes anarchisants comme les « Lettres de prisons » de Rosa Luxembourg (…)
Il conte aussi. Ses soirées s’intitulent « Le grand parler » ou « Conte des origines ». Dans « Beau désir », il exalte avec des contes dits « paillards » la jubilation de la vie. S’il se rattache à une lignée, c’est celle des saltimbanques, ces gens intemporels capables d’improviser sur une scène, un bout de trottoir. Libertaire définitif, il invente sa vie tous les jours.

Il a écrit seul ou en collaboration plus d'une trentaine de romans et sorti huit disque de 1964 à 1976, dont un en occitan. 
"Béton armé", qui fut d'abord chanté par les Frères Jacques se retrouve sur "Chansons pour la ville" de 1973. 
 

 Une autre chanson dédiée à Nazim Hikmet, poète communiste turc. 



* En hommage à Guilhem Belibaste, dit "le dernier parfait", cathare tardif brûlé à Villerouge-Termenès en 1305. En fait, il s'était converti pour se racheter d'un meurtre, après des années de cavale, il tomba sur un agent provocateur de l'inquisition qui le ramena sur les lieux où on le recherchait. Gougaud en a fait un roman.

mercredi 19 juillet 2017

L'Opéra de quat' sous (2) Le bon vieux temps

Que font un flic et un truand lorsqu'ils se rencontrent ?
Dans une maison close de Turnbridge, ils se tombent dans les bras et évoquent leurs souvenirs de régiment. Et dans l'Opéra de Quat'sous, ils le célèbrent en chantant Der kanonen Song. Un duo entre le policier Brown et le truand Macheath (ou Mackie selon les latitudes) signé Weil / Brecht.
Extrait de l'Opéra joué à Francfort en 2007 par l'ensemble Modern (chef d'orchestre Nacho Paz)



Si on a choisi celle-ci de commencer par cette interprétation, c'est qu'en version française elle est souvent trop grandiloquente (on ne dénoncera personne) ou un peu molle à notre goût. Finalement, parmi toutes on préfère, encore l'originale, celle de Florelle, enregistrée en 1931. Notons au passage l'incontestable infériorité de l'adaptation en français de Steinhof et Mauprey par rapport aux paroles originelles en allemand utilement sous-titrées ci-dessus.


Et pour rappel une séquence du film de Georg Wilhem Pabst avec Albert Préjean et Jacques Henley, 1931 aussi :


dimanche 16 juillet 2017

L'autre Nobel en chansons

L'auteur en jeune homme (merci à Rimbaud)
Maintenant que les querelles inutiles autour de l'attribution du Nobel de littérature au Robert Zim' se sont tues, intéressons-nous au cas du Nobel de littérature millésime 2014.

On a tout d'abord bien rigolé lorsqu'on a appris que le Prix (avec un grand P comme dans la respectueuse) avait été attribué à un zigue qui a toujours détesté s'exprimer en public, victime d'une timidité maladive, bafouillant dès qu'on le regarde qui se voyait donc obligé d'y aller de son petit discours devant le gratin de l'académie suédoise.

Voyez-donc, en illustration,  ce brillant extrait d'Apostrophes (1985) dans lequel la cuistre malpolie de service coupe notre nobelisable plutôt embarrassé.


On ne va pas ici vous résumer la carrière du type aux 29 romans et aux 8 scénarios (dont Lacombe Lucien de Louis Malle) plus quelques pièces de théâtre, il y a d'excellents sites pour ça. Ni revenir sur son lourd passé familial à l'heure où il est du dernier chic, au sein de la république des lettres, d'avoir eu des parents collabos. Quoiqu'un paternel comme celui-là, on comprend que ça vous fournisse le prétexte à une demi-douzaine de bouquins.
Comme de bien entendu, on va plutôt s'arrêter sur l'auteur de chansons.
En 1967, il en écrit une vingtaine mises en musique et interprétées par Hugues de Courson, futur Malicorne. La reconnaissance de l'écrivain donnera à une maison de disque (Ballon noir) l'idée d'en ressortir certaines sur l'album Fonds de tiroir en 1979. Bide incontestable.
Toutefois, en 1968, certains morceaux, à l'accent quelque peu Gainsbouriens, avaient connu un beau succès chanttés par François Hardy (Étonnez-moi, Benoît), Régine (L'aspire à cœur) ou Myriam Anissimov (À tout petits petons).
En 1993, le groupe Casse-pipe reprendra deux chansons du couple Modiano / De Courso, sur son premier album Chansons noires Tome 1. Parmi elles, La coco des enfants sages,  ici en version originale tirée de l'album méconnu. Pour l'anecdote, les chœurs sont pris en charge par les filles d'Hugues de Courson Anaïs et Leïto.


Remettons-en une couche avec le duo Radiomatic (Pascal Parisot et Fredda) reprenant le classique de Françoise Hardy en twist énergique.


jeudi 13 juillet 2017

Le blues du soldat : grève aux armées

Vous verrez du pays, qu'ils disaient...
Pour le pouvoir, tout est comestible, digérable, puis déféquable.
Voilà-t-il pas qu'au 11 novembre 2016, un groupe de couillons est allé chanter la Chanson de Craonne devant un président de la république.
L'Histoire fait parfois de très mauvaises farces, une chanson maudite devenant ainsi quasiment élevée au rang d'hymne officieux.
Petit rappel historique : en avril 1917, le duo dynamique en charge des armées, le général Nivelle et son subordonnée Mangin, décident d'une offensive à grande échelle dans l'Aisne, pour "grignoter du boche". Le bataille dite du "Chemin des Dames" est censée briser l'armée allemande. Résultat de cette ruée foireuse dès l'origine et poursuivie en dépit du bon sens : 187 000 morts, autant de blessés en dix jours et le moral des combattants définitivement en berne.
Acier, sang, vermine, merde, alcool, éther et tirs "amis" de l'artillerie de son propre camp sont le quotidien des PCDF (Pauvres Cons Du Front) comme ils aiment à se nommer.

Résultat : 68 des 110 divisions françaises sont touchées de "mutineries" qui d'avril à septembre 1917 touchent d'abord la zone concernée avant de s'étendre de l'Oise à la Moselle, de toucher les gares de l'arrière et au cours desquelles des civils se joignent aux permissionnaires en colère. Elles vont du refus collectif de remonter en ligne, de menaces de marcher sur Paris à des émeutes pure et simple avec séquestrations d'officiers. Et comme le populo est bon enfant, aucun ne sera exécuté par les révoltés, contrairement à ce qui se pratiquait en Russie.
Face à cette grève, le pouvoir réagit assez finement en maniant carotte et bâton. Nivelle est limogé, remplacé par Pétain et l'état-major accorde permissions, rotation des troupes et amélioration de l'ordinaire d'une part, 257 condamnations à mort de l'autre. Au final, "seuls" 36 "mutins" seront exécutés. Même si ce mouvement a marqué l'imaginaire collectif, il a été moins meurtrier que le massacre accompli par les conseils de guerres de l'automne et hiver 1914.
Autre effet de cette offensive pourrie, elle a accouchée de cette chanson qui vole de tranchées en gares, immédiatement interdite.
Une jolie version de 2003 des Amis d'ta Femme (David Vincent, Frankoua Franké et Kraspek) de Nancy. Quatorze juillet oblige, une vidéo qui rappellera quelques souvenirs aux amateurs de Kubrick.



La Chanson de Craonne reprenait l'air de "Bonsoir m'amour" de Charles Sablon. Quiconque l'entonnait se voyait considéré comme mutin. On a même promis la démobilisation immédiate et un million de francs-or à qui dénoncerait les auteurs... toujours anonymes à ce jour!
La biffe a parfois de ces solidarités.

lundi 10 juillet 2017

Beurk's Band



Il fut un temps, où dans les banlieues ou usines, la musique des prolos était avant tout du rock, de la soul, puis du reggae-dub. C'était avant le raz-de-marée du hip hop.
Représentants de ce courant des années 80, les Beurks ou Beurk's Band, étaient basés dans le quartier du Landy d'Aubervilliers.
Groupe formé en 1983, originellement punk, fréquentant la mouvance autonome autour des "Rock against police", ils étaient Franky au chant, Kim-Ahn batteur vietnamien, Christian, percussionniste martiniquais emprunté aux toulousains de Dau Al Set, Arto Skee pianiste américano-basque, Kômar à la basse et Mad Q 1à la guitare qu'on retrouvera postérieurement chez Catch 22. Ils définissaient leur style comme «tropical urbain»: reggae, ragga, rap, funk...
Au milieu du marigot de ska "festif", le plus souvent d'un désolant conformisme, ils surnageaient avant tout grâce à une présence scénique irréprochable. On les a pas mal vus en région parisienne ou au Pays Basque en compagnie des Ludwig von 88, de la Mano Negra, Bérurier Noir ou Kortatu ou en première partie de la tournée du jamaïcain Laurel Aitken. 
En 1988, ils ont enregistré un album au studio Garage avant de sombrer cinq ans plus tard.
Un de leur classique Police, menottes, prison. Faut dire qu'ils avaient pas mal de potes à l'APAD (Asso des Proches et Amis des Détenus).   

vendredi 7 juillet 2017

Mistinguett, Arletty et le blues de la travailleuse

La Miss gambettes

La valeur travail, tant magnifiée en notre ère stupide et barbare a été longtemps contestée, ridiculisée et raillée par la chanson populaire.
Parfaite illustration : cette rengaine dont les paroles sont d'Albert Willemetz et Georges Arnould sur une musique de Maurice Yvain dans laquelle une travailleuse se plaint non seulement de bosser pour des clopinettes mais d'une condition, assez fréquente, de femme délaissée ou cognée. Ou les deux, d'ailleurs.

Créée par Mistinguett (Jeanne Florentine Bourgeois 1875-1956) en 1922, cette chanson fut bientôt fredonnée par la France entière y compris par des hommes ou des socialos.
Si, si, on peut en témoigner.



Elle fut reprise par Arletty (Léonie Marie Bathiat 1898-1992) qui après avoir cherché un emploi, brille ici dans une version plus "charleston".

 

Et une belle gueule d'atmosphère

mardi 4 juillet 2017

Juillet : Goualantes de la Villette et d'ailleurs.

Entretien avec Philippe Mortimer, préfacier de l'ouvrage, des éditions l'Insomniaque


Émile Chautard, ouvrier typographe et grand connaisseur des bistrots, nous guide en chanson dans le Paris de la dèche et de la pègre, entre la guerre de 1870 et celle de 1914-1918.  
Les goualantes qu’il a recueillies au cours de ses pérégrinations dans les faubourgs furent écrites comme elles furent chantées, non par des artistes en vogue mais par des marlous et des gisquettes.
La grande richesse des pauvres d’alors c’était une jactance empruntant beaucoup à l’argot, affiné dans les prisons et les bataillons disciplinaires.
Paris canaille et spectacle pour tous

Comme l’a dit Céline : « C’est la haine qui fait l’argot. » On verra dans ces pages que l’argot c’est aussi le désir qui se dévoile, c’est aussi la verve, la trouvaille poétique et l’esprit libre.
Dans les zones ténébreuses de la Ville Lumière, dans les hideux taudis de la Belle Époque, nombre de pauvres n’obéissaient pour survivre qu’à leurs propres lois et leurs propres morales.
Le dégoût de l’usine incitait les filles d’ouvriers à se vendre sur les trottoirs et dans les bouges. Voyous dandys, les apaches paradaient en bande sur les boulevards. Le crime exerçait une trouble fascination sur la société – partout l’on recrutait des policiers, partout l’on bâtissait des prisons.
Voilà ce que narre sans artifice ces goualantes qui sont autant de témoignages pour servir à l’histoire des classes dangereuses.

Avec en chansons
L'or                                                       Petit Louis (Anonyme - Quéré)
Ciao Paname                                         Roland Brou (Van Daal - Couton)
L'amour à la barrière                           Agathe Louis (Régnier - Lecoeur)
Complainte du Charlot de la Courtille  Nénesse et Totor (Anonyme)
L'assommoir de Belleville                     Three Times Rockers (Anonyme)
Le départ des joyeux                             Juliette Gréco (Mac Orlan)
À la Roquette                                         Schultz (Bruant)
La Ravachole                                         Les Quatre Barbus (Sébastien Faure)
Le Sébasto                                             The Moonshiners (Anonyme)              


On peut suivre l'entretien ou le mettre à gauche en cliquant là.
Pour illustrer le rôle de la chanteuse tragique, qui mieux que Damia ?
Ici dans un caboulot.


Et un chant d'apaches typique :

vendredi 30 juin 2017

Roger Riffard est maladroit

Music hall d'avril 59 avec, en couverture, Roger Riffard, Pia Colombo, Anne Sylvestre et Pierre Brunet
Lorsqu'il n'écrivait pas dans le Monde Libertaire ou deux romans méconnus (La grande descente et Les jardiniers du bitume), Roger Riffard composait et interprétait des chansons. On a évoqué tout ça dans quelques articles.
Dans le registre de la parodie du musette, voici une très bath java des solitaires. D'ailleurs, si quelqu'un possède Jojo du Magenta, écrit et chanté par le même, on est évidemment preneurs.
On rappelle ce site consacré à Roger-la-déveine. Pourquoi déveine ? Parce qu'après tant d'insuccès, lui qui devait tant à Brassens poussa la poisse jusqu'à mourir le même jour que son protecteur. Inutile de préciser que ça n'a pas fait une ligne dans la presse.



Et merci à tonton Crumb

mardi 27 juin 2017

Le blues du chômeur par Les Colocs

Le protagoniste en pleine reconversion
Puisque maintenant les choses sont claires, votre serviteur vient de fêter l'arrivée d'une "nouvelle" législature par une convocation au Pole-emploi du quartier. Le genre de rencard qui ne se refuse point.
Quitte à jouer les andouilles, on confesse être allé à l'assignation en étant horriblement tenté d'y interpréter une chanson venue de chez les cousins de l'autre côté de la grosse flaque et en se demandant si l'employé chargé de ventiler les sans-boulots soupçonnerait que ce manifeste uber-macroniste d'avant l'heure est, avant tout, un foutage de gueule prenant pour cible dieu et le salariat.
Sorti par les Colocs sur l'album Atrocetomique de 1995, il dépeint les états d'âmes d'un chômeur en pleine crise de foi.
Extrait :
Bonyeu donne-moé une job
Chu prêt à commencer en bas d'l'échelle.
Ch'pas pire avec les chiffres
Pis j'sais m'servir de ma cervelle.


Bonyeu donne-moé une job,
J'veux travailler avec le public
Chu bon vendeur j'arrive à l'heure
Pis j'bois moins qu'un alcoolique.



En ce qui concerne la vidéo ci-dessus, Dédé Fortin avait publié une petite annonce pour recruter des figurants, obligatoirement prestataires de l'aide sociale ou du chômage en offrant de les rémunérer 100$ pour une journée de tournage. Ce clip compte donc 150 figurants. Dixit un membre de l'équipe : Une église désaffectée près du 2116 sert de cadre. Marquée par un froid de canard, cette journée fut mémorable quoique difficile à plusieurs égards pour toute l'équipe
Et votre rencard chez l'ex ANPE me direz-vous ? Rassurez-vous, le personnel y est toujours aussi maltraité, infantilisé, idiotisé. À vous dégoûter de bosser.

samedi 24 juin 2017

Surfin' beurre

Camarades cinéphiles, il ne vous a certainement pas échappé qu'à l'entrée de l'escouade de marines dans l'usine "vietnamienne" du film de Kubrick "Full metal jacket", s'élève en arrière-fond une chanson qui fit les beaux jours des Ramones ou des Cramps, pour ne citer que les plus huppés des groupes qui la reprirent.
Surfin' Bird est originellement un titre de 1963 créé par les Trashmen, de Minneapolis. Il est joyeusement pompé sur un autre titre (Bird the word) groupe de la même ville The Rivingstons
À titre de démonstration, comparons ci-dessous :
l'original très cool



et sa sauvage variante, promise à un bel avenir



On pouvait donc compter sur les garnements d'Au bonheur des Dames, dotés d'un solide humour de potaches, pour tenter une adaptation française qui, si elle n'est pas une grande réussite, a, au moins, le mérite d'être plutôt marrante. 
Nous la dédions aux fleurons de notre industrie agrochimique de la belle région de Normandie (ses plages du débarquement, ses lignes THT, ses ex-bocages, sa centrale nucléaire, etc.)


mercredi 21 juin 2017

Un Tonton flingue Fréhel



Bernard Blier Ou Sont ils donc par vieuxsnock

 C'était au cours de l'émission de télé L'invité du dimanche du 15 février 1970. Max Favalelli y interviewait Michel Audiard, accompagné d'Annie Girardot et de Bernard Blier.
Et ce dernier s'y mit à chanter  "Où sont-ils donc ?", grand classique de Fréhel. Pour l'occase, Blier était accompagné au piano par Georges Van Parys.
Et pour le plaisir, on se repasse notre chère Marguerit Boulc'h évoquant cette même chanson dans Pépé le Moko de Julien Duvivier  (1937).
Dans les années trente, Fréhel, métamorphosée par l'alcool après une première descente aux enfers, a connu un regain de popularité grâce au cinéma. Elle apparaît dans 17 films avant 1940. 



On profite de l'occasion pour annonce que l'Herbe Tendre du 3 juillet ( à 17h30 sur le 92.2 fm ou canalsud.net) sera un entretien avec Philippe Mortimer, éditeur, traducteur et préfacier autour du livre d'Émile Chautard, "Goualantes de la Villette et d'ailleurs" (l'Insomniaque).

Ouaip, bof. Fastoche...

dimanche 18 juin 2017

Mort Shuman et Bakounine

Petite précision en préambule : Mort Shuman (1938-1991) ne fut pas uniquement le chanteur de variétoche qui squattait nos trois radios périphériques dans les années 70.
De 1958 à 1965, ce petit gars de Brooklin fait équipe avec l'ex chanteur, bluesman et parolier Doc Pomus pour pondre une bonne centaine de chansons aux Drifters, Ray Charles, Elvis Presley, Janis Joplin, Ben E KIng, the Coasters, etc.
Et puis, le bonhomme s'étant lié d'amitié avec Brel et Eddy Mitchell, il s'installera en Europe pour la suite que l'on sait.
Un beau fleuron de la production des forçats de la partition par des Animals tardifs.


En musardant sur le ouèbe (ouais, y'en qui ont du temps à perdre) on tombe parfois sur des élucubrations* étonnantes.
Nous reproduisons partiellement cet article de Jean-Christophe Angaut sur le site des Ateliers de Création Libertaire : Bakounine et le Lac Majeur.

 Une amie m’a récemment transmis une question : il semblerait que la chanson Le Lac Majeur, interprétée par Mort Shuman, contienne une allusion à Bakounine, mais celle-ci est peu évidente… Sur le moment, cela m’a un peu surpris, sans doute parce que je n’avais qu’un souvenir très lointain de ce qui était pour moi un morceau de variété sentimentale des années 1970, ensuite parce que, réécoutant la chanson, l’allusion, en effet, n’apparaît pas d’une manière flagrante. Alors je me suis un peu documenté et j’ai d’abord découvert que la chanson avait été écrite par Étienne Roda-Gil, ce qui est un début de piste.


Roda-Gil

Fils d’anarchistes espagnols, il fut militant libertaire dans sa jeunesse, avant de devenir le célèbre parolier que l’on sait. Il écrivit d’ailleurs l’une des chansons les plus connues de ces dernières décennies, en hommage à l’insurrection makhnoviste d’Ukraine lors de la guerre civile de 1918-1921, la fameuse Makhnovtchina (composée sur un air qui servit de chant aussi bien pour les armées blanches que pour les bolcheviques), titre présent sur la compilation éditée par Jacques Le Glou en 1974, Pour en finir avec le travail.

Perron et Bakounine à Bâle (1869)
D’autre part, il y a en effet un lien entre Bakounine et le Lac Majeur, puisque le révolutionnaire russe séjourna sur les rives de ce dernier de 1869 à 1874, d’abord à Locarno , puis à partir de 1873 à La Baronata, une propriété achetée par son ami et compagnon de lutte Carlo Cafiero. Celui-ci, issu d’une famille de la grande bourgeoisie, avait fait le choix de tourner le dos à son destin social et de consacrer son héritage à financer la Cause (il fut aussi l’auteur d’un remarquable Abrégé du Capital de Karl Marx,réédité en 2008 par les Éditions du Chien Rouge). L’idée était alors de disposer d’un lieu, à proximité de la frontière italo-suisse (dans le canton italophone du Tessin), qui puisse héberger des révolutionnaires et en même temps posséder une certaine autonomie grâce à la mise en culture du terrain environnant. Mais l’expérience tourna court, le projet trop vaste engloutissant l’héritage du (désormais) pauvre Cafiero, Bakounine s’avérant à cette occasion un piètre gestionnaire (il eut par exemple l’idée de faire exploser les rendements agricoles du terrain en utilisant force engrais, ce qui eut pour seul résultat de tout brûler). Il en résulta une brouille entre Bakounine et Cafiero et le projet fut abandonné. C’est finalement à Lugano, non loin de là, que Bakounine, malade, passa les deux dernières années de sa vie.

Dans un livre en anglais sur Mort Shuman sur lequel je suis tombé en faisant ma petite enquête (Graham Vickers, Pomus & Shuman: Hitmakers Together and Apart) on trouve l’éclairage suivant, qui viendrait de Mort Shuman lui-même : “Assurément, on ne pouvait attendre de personne qu’il remontât au germe initial de l’inspiration de la chanson de Roda-Gil qui, selon Mort, était une anecdote à propos de Bakounine, qui vola toutes les recettes collectées pour un congrès de parti à Moscou et emmena sa femme au bord du Lac Majeur où il fit tirer un grand feu d’artifice en son honneur, ce qui suggéra à Roda-Gil l’image de la neige tombant sur l’eau”. Le récit attribué à Mort Shuman contient bien des inexactitudes qui en compromettent la crédibilité : il n’y a jamais eu de congrès de parti, encore moins à Moscou, pour lequel des fonds auraient été levés et que Bakounine aurait détournés - et ce dernier n’eut pas besoin d’emmener sa femme à un endroit où ils vivaient ensemble depuis cinq ans. Néanmoins l’histoire possède un fond de réalité, et il n’est pas impossible que l’interprète ait brodé à partir des quelques informations transmises par son parolier.
Carlo Cafiero

L’anecdote du feu d’artifice est véridique : Bakounine en fit tirer un par son ami Celso Cerrutti, en l’honneur de sa femme de retour d’Italie. L’anecdote est rapportée par James Guillaume dans L’Internationale. Voici ce qu’écrit Bakounine à propos de cette soirée du 13 juillet : « Lundi 13. Arrivée d’Antonie, que Ross, parti hier dimanche, a rencontrée à Milan, avec toute sa famille, papa et les enfants. Arrivés à onze heures et demie. Enchantés. Soir illumination et feu d’artifice, arrangés par Cerrutti. Le soir, tard survient Carlo Cafiero. » L’anecdote n’en serait qu’une de plus sur la vie de Bakounine si elle ne prenait place sur la toile du fond du désastre de la Baronata et des relations de Bakounine avec Cafiero, qui se détériorèrent précisément durant ces quelques jours de juillet 1874 - sans que l’on sache si l’épisode du feu d’artifice, dont on imagine qu’il s’agissait d’un divertissement coûteux, a pu jouer son rôle dans le sentiment qui semble avoir grandi chez Cafiero que l’argent qu’il destinait à la lutte révolutionnaire se trouvait bien mal employé en étant investi dans la Baronata (on est libre d’imaginer, par exemple, qu’il goûta assez peu le feu d’artifice, au moment où il arrivait à la Baronata avec de l’argent, des armes et de la dynamite pour une insurrection à venir).

Insurrection de Bologne, 1874
Mais on peut tenter d’aller plus loin, et  par exemple avancer que les enfants qui crient de bonheur sont ceux qui accompagnent Antonia revenant d’Italie. Mais c’est peut-être aussi une allusion aux enfants de la Page d’écriture de Prévert, saluant l’oiseau-lyre dans le ciel - ce qui, au demeurant, ne nous dit pas ce que viennent faire des oiseaux-lyre, volatiles originaires d’Australie, dans une chanson sur le Lac Majeur… Quant au pauvre sang italien qui coule en vain, pourquoi ne s’agirait-il pas de celui des révolutionnaires italiens, compagnons de Bakounine, qui s’apprêtaient au moment du feu d’artifice, à lancer un mouvement insurrectionnel dans toute la péninsule - mouvement qui finalement rendit le fameux bruit du pétard mouillé (mais auquel Bakounine tenta de participer, espérant, en plein désastre de la Baronata, trouver la mort sur une barricade). Mais la chanson ayant été écrite au début des années 1970, pourquoi ne pas y voir, aussi, une allusion aux mouvements italiens de l’époque?

* 1593 "Ouvrage exécuté à force de veilles et de travail" (première des deux définitions du petit Robert)

jeudi 15 juin 2017

Une scie espagnole tentée en français


En cinéma, les produits dérivés ne datent pas d'hier.
Prenons le conte cruel "Cria cuervos", dixième long-métrage de Carlos Saura, non seulement cette  étouffante histoire de fantôme dans le cadre de la bourgeoisie du franquisme agonisant rapporta un beau succès à son réalisateur en 1976, mais elle (re)mit en selle une bluette cul-cul la praline sortie deux auparavant et passée à peu près inaperçue.
Le 45 tour, Porque te vas ? que la jeune Ana Torrent s'envoie de manière obsessionnelle avait été écrit par José Luis Perales et chanté par Jeanette (Jeanette Dimech, de son vrai nom) réalisant ainsi un splendide bide.
Et le film en fera LA chanson de l'été 1976.
À tel point que je soupçonne bon nombre de ceux qui s'en souviennent d'avoir bêtement rêvé la résurrection de l'infâme BPS (Brigade politico-sociale) afin qu'elle saisisse tous les disques et mette fin à cette rengaine.
Mais trêve de mauvais esprit.
Née en 1951 d'une mère canarienne et d'un père belgo-maltais, Jeanette avait entamé une modeste carrière de chanteuse folk itinérante avant de se fixer en territoire ibérique et connaître quelques succès mineurs. Et puis ce faux reggae lancinant, digne des grandes heures de l'Eurovision, et le film qui s'ensuivit, lui assurèrent une gloire qu'elle ne connaîtra plus jamais après.
Comme le show-biz est d'une gloutonnerie sans pareille, Jeanette a aussi interprété une traduction en français de la chanson, pour les besoins de la version française du film sous le titre Pourquoi tu vis ? (rien à voir avec les paroles espagnoles, donc).
Toutefois c'est la version originale qui sera assez vite utilisée pour les diffusions en cinéma ou à la télévision.
On tente tout de même le coup en français, y'a pas de raison qu'on ait été les seuls à avoir été gavés à l'époque.



Pendant ce temps les groupes "d'ici" reprenaient résolument la version espagnole.
Un exemple honorable, les Chihuahua, menés par Napo Romero. Les lignes défilant sur cette VHS authentifient la date d'enregistrement : 1991.


Il doit exister, par ailleurs, plus d'une quarantaine de reprises qui vont des punks argentins d'Attaque 77 à l'insupportable Arielle Dombasle.
On vous laisse creuser pour exhumer vos préférées.

lundi 12 juin 2017

Pills et Tabet

Jacques Pills (Réné Ducos 1906 / 1970) et Georges Tabet (1905 / 1984) montent un duo en 1932. Malgré des prises de son assez datées, ils ont laissé quelques petites choses plutôt agréables.
Étudiant en médecine, Pills (de "pilules" en anglais) avait déjà monté un duo avec Pierre Ward. Tabet s'était improvisé pianiste à Paris en débarquant de son Algérie natale. Il dirigeait l'orchestre du "Mac Mahon Palace", un des dancings les plus couru de la capitale et avait décliné une offre de Ray Ventura pour choisir ce couple chantant. 
Question surréalisme en chanson, ces deux-là sont un peu des précurseurs de Charles Trénet, une variante plus insouciante de Gilles et Julien.
Habitués des revues de music-hall, ils ont créé quelques morceaux qui restent assez drôles comme "Y'a toujours un passage à niveau", "Pour me rendre à mon bureau" (Tabet seul en 1945) ,"Un vieux château" ou le mémorable "Couchés dans le foin" écrit, à l'origine, par Mireille et jean Nohain.


Le duo s'achève en 1940, Pills partant pour un long séjour dans un stalag.
Plus tard, en 1952, il sera un temps le mari d'Édith Giovanna Gassion, dite "Piaf". Puis il deviendra "professeur de music-hall" (sic)
Un long article leur est consacré sur cet excellent site.
Une autre fantaisie : Pourquoi t'es tu teinte ?


vendredi 9 juin 2017

King Automatic

On l'avoue, on fut charmés. 
Ça faisait un bail qu'on entendait chanter les louanges de ce petit gars talentueux de Nancy. Et puis, avec son collègue, Mr. Verdun, (aaah, la Lorraine !) il avait réalisé la musique du documentaire de Nicolas Drolc, "Sur les toits" qui narre les mutineries des prisons de Toul et de Nancy en 1971. Le tout édité dans un joli vinyle de 25 cm à la maquette d'époque. 
On a enfin eu l'occase de croiser le King dans un minuscule bled du Gers dans lequel, chaque fin du mois d'août, une bande d'indigènes du piémont pyrénéen préfère s'adonner aux joies du rock n' roll plutôt qu'à la castagne rugbystique. Et ce fut un bel apéro. Comme ce sont les autres qui en parlent le mieux, ci-dessous, un article de Marc A. Littler dont le ton emphatique nous a fait sourire. Comme il dit lui-même "c'est le retour du crétinisme originel et sublime du rock n' roll, sa sauvagerie nonchalante, sa désinvolture brinquebalante." Alors, s'il passe vers chez vous... D'ailleurs il sera à Toulouse le 24 de ce mois.
Quel est le futur du Rock'n'Roll ?
Est-ce que nous allons continuer longtemps à recycler les vieilles recettes jusqu'à ce que mort s'ensuive -3 accords, boum tchak boum- à singer le passé et à s'agenouiller pour prier devant l'autel de Jerry Lee Lewis, des Ramones ou des Cramps ? Ou allons-nous plutôt aller de l'avant et introduire de nouveaux concepts dans le Rock'n'Roll ?
Allons-nous exclusivement nous borner à suivre les traditions musicales de l'Hémisphère Occidental ? Ou allons-nous fouiner et décloisonner la chose, trouver notre inspiration aux 4 coins du globe, jouer un Rock'n'Roll réellement transmondialiste ?
Il est temps de repousser loin nos horizons et de défricher de nouvelles terres, il est temps d'arrêter les conneries et de jeter les mouchoirs morveux de nostalgie... et si ce processus d' évolution prend la forme de King Automatic, bon sang c'est tant mieux.
Ce Gentleman puise son inspiration dans le Rocksteady jamaïcain le plus enfumé, le Rhythm'n'Blues pas net, le Bebop de Mingus et les percussions tribales d'Afrique occidentale pour ne citer là que quelques sources. 


Le King croqué par Jano dans "The Four Roses", scénario de Baru

En plus de cette diversité musicale, King Automatic libère le Rock'n'Roll des clichés lyriques et éculés du genre : "I picked up my baby in a '59 De Ville, we tore through the city seeking cheap thrills". Pas de niaiseries de ce genre, non Monsieur. Ici, un authentique travail de songwriter est à l’œuvre, ciselé comme au bon vieux temps du trafic de diamants bruts, diamants que l'on voyait ensuite sertis sur les bagues des jolies dames. Ceci ajoute un intérêt supplémentaire et plus que bienvenu à cette musique sur laquelle nous aimons tous boire, danser et faire des bébés.
Après avoir officié en tant que batteur dans le groupe garage français Thundercrack au milieu des années 90, King Automatic repart seul et prend un virage radical au début du nouveau millénaire en injectant une nouvelle dimension dans son répertoire. One man band atypique, il reste inclassable dans cette discipline.
Sur scène, il sample claviers, guitare, harmo, maracas, il chante, cogne tambours et caisse claire en assignant de frénétiques coups de cymbales à ses riffs de guitares, créant ainsi un paysage sonique inouï - en fermant les yeux tu jurerais entendre un big band primitif au grand complet, mon pote.

mardi 6 juin 2017

Juin : vacances sans fin et congès pas payés


Touristes Wisigoths en virée à Rome
Notre programme d'avant un été qui voudrait durer fut :

Générique par Adrienne Pauly
Pills & Tabet                          Prends la route
Albert Préjean                       Amusez-vous
Ricet Barrié                           Les vacanciers
VRP                                        La Picardie
La Rumeur                             Pas d'vacances
Chansons staliniennes           Les gosses de Bagnolet
Les Parisiennes                      Il fait trop chaud pour travailler
Les Sales Majestés                 Les vacances
Marc Charlan                         J'me casse à Palavas
Nonnes Troppo                       Le p'tit chien
Font & Val                               La conquête du Sud
Feu ! Chatterton                     L'amour à la plage
Yves Montand                         La bicyclette
Les Szgaboonistes                  En avant !
Georgette Plana                     Douze mois de vacances
Fabe                                        Quand j'serai grand
Romain Didier                        Flic floc
                
À écouter, télécharger, peaudecaster et tout ça en cliquant sur ce lien.
En guise de dernière vision, l'impeccable Arno interprète une chanson d'Adamo qui sent son pesant d'iode.


Et comme ultime bonus une vidéo maritime absolument désargentée d'un camarade bostonien, ce vieux rocker de Willie "Loco" Alexander. On est heureux d'y apprendre qu'il pouvait encore se payer une viré sur la côte avec ses potes à 50 bornes de son quartier (pour amateurs de cinoche, à deux encablures de Manchester by the Sea). Mais avec une seule bagnole : pas la place d'embarquer la batterie pour tourner le clip. Et puis aussi qu'il s'offrait, à l'occasion, une part de pizza et une binouze avec une copine. Quant au fauteuil ramassé au secours populaire local, m'étonnerait qu'il ait tenu jusqu'au le voyage retour.

dimanche 4 juin 2017

Du Fascisme

Le monde humain est actuellement divisé en deux : d'un côté ceux qui luttent pour le fascisme, de l'autre ceux qui luttent contre. D'un point de vue empirique , tout est clair. Mais ma soif de connaissance, ma curiosité m'ont poussé, pour la plus grande gloire de la science, à chercher à savoir en quoi consiste exactement cette pomme de discorde.
Voici le résultat partiel de mes recherches :
Les fascistes sont racistes et ne permettent pas aux Juifs de se laver ou manger avec les Aryens.
Les antifascistes ne sont pas racistes et ne permettent pas aux Noirs de se laver ou manger avec des Blancs. (...)
Les fascistes mettent les antifascistes dans des camps de concentration.
Les antifascistes mettent les antifascistes dans des camps de concentration.
Les fascistes ne permettent pas les grèves.
Les antifascistes viennent à bout des grèves à coups de fusil.
Les fascistes contrôlent directement les industries.
Les antifascistes contrôlent indirectement les industries.
Les fascistes peuvent vivre dans les pays antifascistes.
Les antifascistes ne peuvent vivre dans les pays fascistes ni dans certains pays antifascistes.
Max Aub. Manuscrit Corbeau (écrit au camp du Vernet en 1941)

 

Hannes Wader, on en avait causé dans le temps.