vendredi 28 avril 2017

On a chanté les Dalton

Coffeyville, 1892, Grat et Bob Dalton sont au milieu
Maintenant que nous voilà débarrassés d'au moins deux des quatre (Onze ? Vraiment ?) malfaisants pour subir, par défaut, les deux étrons restants (que par paresse, nous nommerons la Brute et le Truand), penchons-nous sur le cas d'une autre bande.
US marshall dans l'Arkansas, l'aîné de la fratrie Dalton, Frank, s'est fait abattre dans l'exercice de ses fonctions. Les frères restants, Robert "Bob", Emett, Bill et "Grat" vont se tailler une réputation, souvent calomnieuse, de bandits de grands chemins avec une prédilection certaine pour le pillage des trains et banques de la Southern Pacific.


Pas si méchants que ça et surtout pas du tout idiots, ces outlaws épongent les dettes des fermiers, se tissant ainsi un réseau de complicité dans une population qui les avertit des mouvements des forces de l'ordre.
Leur carrière criminelle s'arrête brutalement, lors du braquage des deux banques de Coffeyville (Kansas, 1892). Cernés par la population, Bob et Gratt Dalton sont abattus avec leurs complices Bill Powers et Dick Broadwell. Emett, truffé de vingt-trois balles, survivra pour partir vers quinze ans de prison, puis d'achever sa vie dans l'industrie du cinéma, scénariste à Hollywood, en 1937.
Le dernier frangin, Bill menait à cette époque une vie d'honnête fermier.
C'est par les chansons populaires que le gang des Frères Jesse et Frank James, belle bande d'assassins, a gagné une notoriété bien plus durable que ces bandits qui, eux, ne s'en prenaient vraiment qu'aux capitalistes. 

Le coup de génie du scénariste René Goscinny fut d'avoir créé, à partir de ces personnages historiques, quatre méchants, d'abord assassinés*, puis ressuscités sous forme de cousins, dans la série Lucky Luke (1957). Les lecteurs adoptèrent immédiatement la bande des quatre.
C'est à Joe Dassin, fils de Jules, excellent cinéaste exilé des États-Unis pour cause de "chasse aux sorcières", comme on appelait l'hystérie anti-communiste, qu'il revint d'écrire la chanson qui fit la joie des petits et grands en 1967, à partir des personnages de Goscinny.
Et tagada, tagada, voilà le scopitone...


Les créatures de Morris et Goscinny
Curiosité amusante, un groupe, plus ou moins surf rock, du tout début des années 60, avait déjà adopté le patronyme des bandits d'honneur. Il s'agissait de Long Chris et les Daltons qu'on retrouve ici, en 1962, dans l'adaptation de ce classique du sauvage et regretté Gene Vincent, I'm going home.


Terminons cette tournée Dalton par une version d'un petit gars de Nancy sur le cas duquel nous reviendrons : King Automatic, certainement un des "one-man band" (homme-orchestre, quoi) les plus réjouissants de ce pays à la con (et on cause pas là de Nancy, ville aux recoins tout à fait agréable, mais bien de la nation). 

                                   *Comme le fait justement remarquer Wrob en commentaire, les quatre premiers Dalton sont de Morris seul. Gosciny créera les personnages des cousins qui connaîtront la gloire.

mardi 25 avril 2017

France Société anonyme (Actualités)

Jeune financier plein d'avenir
Si comme l'affirmait certain barbu en paraphrasant Hegel, l'histoire ne repasse jamais les plats sauf sur le mode de la farce, on peut affirmer que nous vivons une époque tout à fait hilarante.  

En ce qui concerne l'avenir, on ne peut qu'être rassurés, que ce soit pour celui du Bonimenteur de la jet-set ou de la Mère Fouettard.
Ces deux-là trouveront toujours suffisamment de lâches, d'opportunistes, de flics, de beaufs bien rassis prêts à se donner de l'importance, d'intellectuels organiques, de syndicalistes qui n'ont pas vu une pointeuse depuis des années, de journalistes cireurs de pompes, bref, de toute cette lie de l'humanité qui émerge dans ce genre de circonstance pour avoir le cul bien assis sur leur trône. Ça se bouscule déjà.
Pour notre part, nous persistons à penser que la vie est ailleurs. Et que tout se paye du moment qu'on ne se contente pas de s'abstenir.
Rien de bien neuf depuis 1984.

Patriotes décomplexés en costume folklorique

dimanche 23 avril 2017

Aznavour joueur

Tu t'laisses aller
On a parfois reproché à cet excellent acteur de cinéma qu'est Charles Aznavour de posséder une technique de chant irréprochable pour la mettre au service d'un déplorable manque d'émotion.
Sans pour autant négliger le fait qu'il est un auteur compositeur émérite.

Pour contredire cette opinion un peu injuste sur le petit homme aux huit cent chansons, voyez ce petit film de 1965.
Diction remarquable, piano swinguant en diable et œil goguenard dans ce petit bijou redécouvert grâce à la série consacrée à Guy Debord des Chemins de la philosophie sur (ce qu'il reste encore de) France Culture.

video

jeudi 20 avril 2017

À vos calepins


L'Herbe Tendre a cinq ans. En conséquence, l'Herbe Tendre aimerait partager un verre pour fêter ça. D'ailleurs, l'Herbe Tendre ne voit pas ce qu'il y aurait de plus passionnant à faire ce jour là. À moins que...
L'Herbe Tendre aime les bals musettes, le rockabilly, le folk transnistrien et les lampions. Car l'Herbe Tendre est souvent d'un passéisme crasseux.
L'Herbe Tendre donne rendez-vous aux aminches. L'Herbe Tendre fera donc des crêpes. L'Herbe Tendre veut guincher en attendant la mort. L'Herbe Tendre aime la valse, le be-bop et le pogo. Si l'Herbe Tendre ne peut pas danser, elle ne veut pas faire partie de votre révolution. L'Herbe Tendre vomit les tièdes. Certes, l'Herbe Tendre est parfois cuistre mais jamais vulgaire. L'Herbe Tendre a invité ses potes muzicos. Et a une riche sélection de disques.Vous n'aurez donc aucune excuse de ne pas venir agiter votre séant en rythme et partager un verre avant de repartir pour cinq années de deuil.
On vous attend donc le 7 mai 2017 dès 16h à l'Atelier Idéal (i.e. La Chapelle) au 36 rue Danièle Casanova (Métro Canal du Midi ou Compans-Cafarelli) 31000 Toulouse.

On peut aussi amener à grignoter.
Et on tâchera de ne pas démériter face à Helzapoppin


Et comme un bonheur n'arrive jamais seul l'émission de mai de l'Herbe Tendre se fera le lendemain, lundi 8 mai à l'heure habituelle (canalsud.net ou 92.2).
Le thème, d'actualité, sera Lendemains qui chantent et qui déchantent

Afin de mieux préciser notre propos, une chanson de ce bon vieil Eugène Pottier (auteur d'un tube immortel) qui décrit l'état des lieux que nous balaierons dans tous les sens du terme. 
Ça s'appelle L'antropophage (clic) ici interprété par une troupe de caf' conc', l' Œil du Silence (Olivier Copin, Aurélia Marceau et Christophe Seval) dans un spectacle entièrement consacré au père Ugène.
Extrait :  
Je suis la vieille anthropophage
Travestie en société ;
Les deux masques de mon visage
Sont : Famille et Propriété.
L’homme parqué dans mon repaire
Manque à ses destins triomphants ;
Je le tiens, j’ai mangé ton père
Et je mangerai tes enfants !‎


Et puis, de beaux lendemains illustrés par le tube en question par Oyoun Al Kalam. "Il n'est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun..."
Un chaleureux salut aux camarades de Tunisie et d'ailleurs.  
 

lundi 17 avril 2017

Le Chanson Boum ! de Michelle Senlis

Claude Délecluse et Michelle Senlis (1994)
Un soir de novembre 2016, George Wilhelm Ferdydurke nous signala cette émission de Chanson Boum !
Commentaire de l'esthète : on ne comprend quasi rien à ce que tente de marmonner Michelle Senlis à travers je ne sais combien de dentiers, mais c'est de la pure balle (et incroyable que ce genre de truc puisse être diffusé à la radio fin 2016 !)
Née en 1933, auteur et parolière grande admiratrice de Francis Carco, elle a donné des chansons à Édith Piaf, Jean Ferrat, Juliette Gréco, Catherine Sauvage, Georgette Lemaire, Hugues Aufray, Germaine Montéro et même Léo Ferré. Et on ne cite là qu'une brochette des plus connus.
En 1956, avec son amie Claude Délecluse, elle avait écrit Les amants d'un jour.
Elle raconte donc ça et bien d'autres choses encore.


En sus, son grand succès repris par un chantre de la chanson prolétarienne


vendredi 14 avril 2017

La vie infortunée de Robert Foulcan

Hélicon ramassé chez Pop 9 (Wieznak, 1962)
Posthume postérité pour le roi des calembours, des allitérations et de la scoumoune.
Robert Jean-François Joseph Pascal Lapointe est né à Pézenas le 16 avril 1922.
Gagman dès l'enfance et petit génie des mathématiques, il est raflé pour le STO en 1943 et s'en évade sous le doux  pseudonyme de Robert Foulcan avant de se planquer comme scaphandrier au port de La Ciotat.
En 1946, il monte à Paris avec femme et enfants pour ouvrir un commerce de layettes. Vu le physique du patron, on se doute que le petit commerce périclite promptement. Depuis quelques temps, il écrivait des chansons à nulle autres pareilles et, en 1954, l'accordéoniste de Bourvil lui emprunte Aragon et Castille pour un film. Voilà notre balèze lancé dans les cabarets et remarqué par Truffaut qui l'embauche pour une séquence de son film Tirez sur le pianiste, en 1960. La scène avec Aznavour au piano accompagnant Avanie et framboise vaudra à Boby le titre de "premier chanteur sous-titré".

Cet extrait du film donne une bonne idée de son jeu de scène : une grosse brute bourrue chantant des absurdités.
Embarqué en tournée par son copain et compatriote héraultais Brassens, un duo avec Anne Sylvestre et quelques apparitions chez le regretté Jean-Christophe Averty lui assurent un succès d'estime. Manifestant une authentique vocation commerciale, il ouvre son cabaret, le Cadran Bleu, qui coulera corps et bien le laissant couvert de dettes.
Entre temps, tout à son amour des maths, il invente le système bibi-binaire, ancêtre du langage informatique. Comme ses collègues de cabaret, ringardisé par la vague yé-yé, il tourne des petits rôles dans une dizaine de films : le chauffeur des Choses de la vie et le gorille à la mitraillette de Max et les ferrailleurs, c'était lui.
Régulièrement remis en selle par ses amis Brassens, Pierre Perret ou Joe Dassin, il meurt d'un cancer foudroyant à cinquante balais.
À partir de là il connaît renommée, reconnaissance et hommages mais on cherchera en vain un successeur digne de son art bordélique.
Autre de ses irruptions télévisée : Tube de toilette issu de l'album Comprend qui peut (1969).


mardi 11 avril 2017

Variation fébrile

Otis au turbin

Né en 1937, Little Willie John (William Edward John, de son vrai nom) enregistra ce titre écrit par Otis Blackwell et Eddie Cooley en 1956.
Grand amateur, de country et de blues, Blackwell, encouragé par un autre forçat de la chanson, Doc Pomus, fut un des rares Noirs à avoir écrit pour des rockers blancs comme Jerry Lee Lewis ou Elvis Presley. On lui doit, entre autres perles Great balls of fire, Don't be cruel ou Daddy Rolling Stone, accompagnées d'un petit millier d'autres.
Son Fever créé par le jeune Little Willie John sera un tel succès dans le monde du rhythm 'n blues que plusieurs autres artistes en enregistreront quelques plagiats plus ou moins dissimulés comme Pneumonia de Joe tex (qui aurait écrit les paroles originales de Fever et les aurait revendues pour 300 dollars) ou She makes my blood run cold de ce filou de Ike Turner.
Mais le gamin turbulent qu'était Little Willie se fera souffler la renommée par une chanteuse de jazz de chez Capitol records qui reprendra le titre en 1958 en modifiant les paroles et le ton général. De fait, la plupart des auditeurs croiront que Fever est une création de Peggy Lee.
Rendons donc justice au premier chanteur qui, comme dans tout blues exemplaire, finira une vie de dégringolade en taule à 36 ans.

Propulsé par Peggy Lee, Fever connut plus de 200 reprises dans les langues les plus diverses.
Il semble qu'en français, la première adaptation, assez parodique et potache, fut de Boris Vian pour une chanteuse et actrice méconnue en France mais qui fera une belle carrière en Allemagne, Caterina Valenta.
Ça s'appelait 39 de fièvre :



Bien entendu, Claude Nougaro ne pouvait se contenter de cette version. Il signera une nouvelle adaptation en 1965 pour un 45 tour, Sing Sing song, qui inaugure sa fructueuse collaboration avec Maurice Vander.
"Docteur", ou comment passer du burlesque à la tragédie.

samedi 8 avril 2017

Guy Marchand en Ruy Blas

Et en flic violent dans Garde à vue (1981)
Contrairement à certain prix Nobel, il est des crooners qui vieillissent plutôt pas mal.
Même si on ne sait pas vraiment ce que vaut l'album Folk you (2015) signé par Guy Marchand et Kim Kapone (qui ça ?) mais on a fort apprécié cet extrait dans lequel le vieux séducteur s'essaye à un extrait de Ruy Blas. Pièce qu'il avait déjà interprété sur scène. Oui, il y a des moments où Victor Hugo est incomparable.  

On retrouve dans ce clip Guy Marchand (chant), Olivier Dambezat et Alexandre Morier (guitares), Abdenour Notouri (contrebasse), Jean-Philip "Pee Wee" Steverlynck (violon et Samuel Bobin (batterie).

mardi 4 avril 2017

Avril : un peu d'amours ratés dans ce monde de brutes

Il est des jours où Cupidon s'emmerde (Raphael-détail-1513) 

Comme l'affirment certains, les histoires d'amour finissent mal, en général.
C'est ce que nous nous sommes attachés à démontrer. Au menu :

Juliette Gréco                         Un petit poisson....
Thomas Fersen                       La chauve-souris
Mouloudji                               Les petits pavés
Jean Sablon                            Vous qui passez sans me voir
Bobby Lapointe                      Le petit homme
Carla Bley                              India song
Marie Laforêt & Guy Béart   Frantz
Jacques Douai                        File la laine
Anne Sylvestre                       La nonne par contrainte
Oxmo Puccino                        Amour et jalousie
Jean-Luc Debattice                 Suicide en partie double
Katerine                                 Excuse-moi
Patachou                                Vos yeux cachous
Marc Aryan                           L'amour au chômage

À poadcaster ou écouter à l'endroit habituel.

Accompagné d'un deuxième traditionnel franc-comtois

 Et d'une petit annonce. On vous y espère :

samedi 1 avril 2017

Du free jazz et de l'institution militaire


Contrairement à nos habitudes, voici un peu de free jazz déclamatoire.

Mobilisation Générale est une compilation de protest-jazz réunissant des titres plus ou moins oubliés et enregistrés entre 1970 et 1976 sortie chez les infatigables fouineurs de Born Bad Records.
C'était le temps où l'Art Ensemble of Chicago tournait en France et accompagnait Brigitte Fontaine sur Comme à la radio. On y retrouve aussi le duo Fontaine / Areski sur leur tube C'est normal. Les autres sont soit de vieilles connaissances, comme Archie Shepp, soit des plus obscurs : Michel Roques, Pharaoh Sanders, Alfred Panou, Béatrice Arnac...
Quinze ans avant l'anarcho-punk, on posait un tapis musical y pour balancer des textes allant d'une incontestable poésie à une pure lecture de tracts, inspirant au passage quelques-uns des groupes de rock les teigneux du moment (MC5, Rocket from the tomb..)
Il s'agit certes de free jazz mais ça annonce bien des genres qui ne seront populaires que bien plus tard, à commencer par l'afro beat qui ne deviendra rentable, pour les maisons de disque, qu'avec la diffusion de Fela Anikulapo Kuti.
Typiquement représentatif, Attention l'armée, joué et amélioré par le Collectif Le Temps des Cerises depuis 1969. Sur ce titre Kirjuhel (chant) Carlos Andreu (guitare), Jean-Jacques Avenel (contrebasse), Philippe Castellin (textes), Antoine Cuvelier (trombonne), Denis Levaillant et Christian Ville (percus), Robert Lucien (batterie), Jean Méreu (trompette), Super P4 (saxo). Atarpop 73 serait le nom des graphistes.

 

Ce titre aurait été enregistré par Jean-Pierre Turola en 1975. 
Entre 1969 et 1975, on était passé de l'hypothèse d'une intervention militaire en 1968 (suite à l'escapade de de Gaulle à Baden-Baden), à la lutte contre le camp militaire du Larzac (Hé toi, avec ton char qu'est ce que tu fous dans mon champ ?), aux comités de soldats, à l'essor des mouvements d'objecteurs et d'insoumis mais aussi au coup d'état au Chili ou à la révolution portugaise.  
Un temps où l'institution militaire ne faisait pas vraiment rêver. Elle n'aurait alors pas eu l'idée de s'afficher sur des publicités et, malgré ou à cause du service militaire obligatoire, elle se faisait plus discrète. L'idée de s'engager, pour un jeune au chômage se concrétisait plutôt en Angleterre où la conscription ayant été supprimée en 1960. Là-bas, certains pauvres partaient servir de chair à canon en Irlande du Nord.
Autre exemple de ce rejet, Mahjun avec "Nous ouvrirons les casernes". Encore raté, le ministère en est à les revendre aux collectivités locales...



mercredi 29 mars 2017

Avril d'amours malheureuses et impossibles

Plutôt crever que d'aimer un bourgeois.
Ça faisait longtemps qu'on vous le cachait. Il est temps de l'avouer : l'Herbe Tendre est amour.
Et si l'amour rend joyeux et fort, il est aussi trop souvent source de désespoir, d'incompréhension de déception et d'absolu inatteignable. Sentiments qui ont donné lieu à un nombre certain de chansons.
Cette déprimante sélection sera à écouter le lundi 3 avril à 18h sur les ondes langoureuses du 92.2 toulousain ou de canalsud.net. Après, on pourra aller se pendre à condition de savoir faire le bon nœud.
En intro, la bande annonce d'un classique du mélo qui traite d'amours ratés.


Suivie d'un tube de Camillo Felgen, bellâtre délaissé et humoriste involontaire. Un peu d'amour désopilant venu d'outre-Rhin.


samedi 25 mars 2017

Archives pour détendre un peu l'atmosphère

La parodie est un art à manier avec précaution si on prétend éviter une prompte chute dans la plus extrême lourdeur.
Ce sketch des Inconnus, venu des années 90 du défunt siècle n'est finalement pas si mal.
Merci donc à notre camarade Chéri-Bibi de nous l'avoir signalé.
Mais saurez-vous mettre un nom sur les chanteurs et chanteuses d'origine qui ont inspiré les personnages ici moqués ? Ils sont tous et toutes référencés dans notre colonne de droite "Auteurs et interprètes". Mauvaise foi oblige, plusieurs réponses sont recevables et le doute est permis. 
Le gagnant emporte un authentique canotier de Maurice Chevalier dédicacé par le maître. Et l'authentique casquette d'Otto Abetz. 

mercredi 22 mars 2017

22 mars 1984, un crime démocratique


Pasaia (en espagnol Pasajes) est un charmant port de pêche du Guipuzkoa enchâssé dans une baie, divisé en deux quartiers de chaque côté d'une embouchure et relativement épargné par le tourisme de masse.
Autre particularité : ce bourg planqué n'est qu'à quelques encablures des côtes françaises du Golfe de Gascogne.
Ce lieu fut le théâtre d'un des crimes les plus atroces commis par l'Espagne démocratique et socialiste, le 22 mars 1984.
Les Commandos Autonomes Anticapitalistes (CAA) étaient un groupe armé clandestin issu du mouvement des assemblées ouvrières et libertaires du Pays Basque ainsi que d'une des multiples fractionnement d'ETA par l'apport des bereziak (commandos spéciaux) d'ETA PM* politico-militaire (on vous la fait à la louche).
Toute organisation armée ne supportant aucune concurrence, ils étaient bien entendu haïs par ETA et par les militants du Mouvement de Libération National Basque (MLNV).
Malgré une perte de vitesse certaine et des dissensions internes, les CAA exécutent en, février 1984, le sénateur socialiste Enrique Casas, pièce maîtresse des GAL, groupe para-policier chargé de semer la terreur chez les Basques des deux côtés de la frontière. Cette organisation, formée de flics, mercenaires, fascistes chapeautés par le gouvernement socialiste espagnol sera celle qui fera le plus grand nombre de morts (27) sur le territoire français entre 1982 et 1987.
Buter un sénateur socialiste, même assassin patenté va attirer aux CAA une rafale d'anathèmes** de la part des secteurs nationaliste proches d'ETA. Ce qui sera, pour l'État espagnol, le signe que personne ne les soutiendra en cas de problème.
Le 18 mars, la flicaille enlève Rosa Jimeno, contact local des Autonomes. Après plusieurs jours de torture, elle finit par passer un coup de téléphone vers la France qui est un feu vert pour un commando de passer la frontière.

Les morts.
Ce 22 mars au soir, cinq hommes accompagnés d'une chienne embarquent donc depuis le port de Cibourre. Ce sont environ trois cent policiers et gardes civils qui les attendent dans le chenal de Pasaia ainsi que Rosa, attachée à une corde. À peine ont-ils accosté qu'une sommation retentit immédiatement suivie d'une fusillade nourrie sous la lumière de puissants projecteurs. "Pelitxo", "Pelu" et la chienne "Beltza" sont tués sur le coup. Flics et gardes civils en zodiac récupèrent "Kurro", "Txapas" et Joseba Merino qui avaient eu le temps de se jeter à l'eau. Une fois les identités relevées, ce dernier sera écarté, placé à côté de Rosa ainsi que d'un couple d'amoureux qui se promenaient sur la jetée. Quant à "Kurro" et "Txapas", ils sont tout bonnement fusillés sur place. Les flics vont bloquer l'arrivée d'ambulances pendant des heures.

Les sommations avaient été données pour que le couple, retenu par la police, forcé de rester couché, puisse témoigner qu'elles avaient bien été données. Joseba, que les flics soupçonnaient d'être mêlé à l'attentat contre Casas recevra un traitement "de faveur" avant de partir en taule pour dix-huit années. Rosa, à qui on raconte jusqu'à son entrée en prison que ses compagnons sont vivants va y rester plus de trois ans. La vérité sur ces assassinats ne sortira qu'au bout de deux ans, lorsque Merino pourra raconter les faits au parloir. 
 
Leurs "vrais" noms

Si les "patriotes" ne manifesteront qu'indifférence, une bonne part de la jeunesse des bourgs d'origine des victimes et des zones d'influence des autonomes transformera le 22 mars en date, d'abord d'émeute, puis de commémoration. 
Pour les CAA, les carottes étaient cuites.  
L'État espagnol n'a plus besoin de masques (GAL, Alliance Apostolique Anticommuniste, Bataillon Basque Espagnol, etc...) pour tuer ouvertement et en uniforme ses membres.
Les années suivantes seront donc celles de la débandade, entre exil et chutes, pour les autonomes.
Personne n'a jamais été condamné, même symboliquement pour cette embuscade. 
Il est vrai que depuis, la pratique d'éliminer les ennemis de l'État est devenue tellement commune.
Pour terminer en musique, une chanson du groupe navarrais Barricada, censuré sur leur album, qui sortit donc en 45 tour afin de dénoncer le crime. 



Et pour ceux qui comprennent l'espagnol, un témoignage du survivant :



C'était l'histoire d'un triste anniversaire.

* Scisssion "gauchiste" d'ETA.
** Cette exécution ayant eu lieu en pleine campagne électorale marquée par une remontée de la gauche patriotique, celle-ci n'hésitera pas à traiter les CAA de groupe manipulé par les flics de Madrid. Dialectique, quand tu nous tiens...

Références : 
"Komando Autonomoak. Una historia anticapitalista" Collectif (Likiniano Elkartea, 1999)
"Emboscada en Pasaia. Un crimen de Estado" Comandos Autonomos (2008)
"Guerre à l'État" Jtxo Estebarrane (Libertalia, 2011)

dimanche 19 mars 2017

Ginette Garcin se dope. Arno aussi.

Ginette en 1971

Fille de bonne famille marseillaise, Ginette Garcin a commencé par chanter de l'opérette en 1942 et a continué avec l'orchestre de Jacques Hélian puis avec Loulou Gasté.
Mais c'est en interprétant des méconnus comme Bobby Lapointe et Jean Yanne qu'elle se fera un nom dans les années soixante avant de faire une carrière d'actrice au cinéma, au théâtre et à la télévision.

Reconnaissant, Jean Yanne lui écrira une douzaine de chansons. Il la fera tourner dans Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1971) pour un tango d'anthologie ainsi que dans Moi y'en a vouloir des sous.  Brocardant les us et coutumes de la France des années soixante, il lui donne, en 1966, Cresoxipropanediol en capsule, qui annonce la consommation massive de produits pharmaceutiques qui touchait et touche encore ce pays.


Curieusement, Jean Yanne, qui proclamait ne pas aimer le rock est allé chercher une inspiration voisine de celle des Rolling Stones qui, avec Mothers little helper
mettaient déjà en évidence l'abus de tranquillisants et d'amphétamines qui dévastaient la classe moyenne britannique. Remarquons au passage, que venant d'eux, on croit rêver.
Arno fit une reprise très réussie du morceau des Stones, la voici jouée en concert à Bruxelles en 2006.
Et quelle galère de vieillir !

 
ps : 19/03/, Good-bye Charles Edward Anderson "Chuck" Berry (1926-2017)

jeudi 16 mars 2017

Ascension et décadence de Nanard

Nanard L., grand fauve de Saint Étienne, s'est d'abord rêvé en François Villon ou en Gaston Couté. Le voici, à titre d'exemple, dans son premier passage à la télévision, le 18 août 1968, dans l'émission "la fine fleur de la chanson" présentée par Luc Bérimont.
Paris en redingote de plomb sera inclus dans un premier album, Chanson pour ma mie, aux accents très classiquement rive gauche. 

  

Et puis, sic transit gloria mundi... Révolte et poésie maudite vieillissent mal dans le monde du spectacle. Dans cet amusant article exhumé d'une feuille de chou toulousaine de 1980, fort aimablement fourni par notre "poteau" du CRAS, l'ancien adepte du truandage s'est mû en vedette protégée par un escadron de bourriques. 
Il est vrai qu'à Toulouse, on était en pleine période où même les mémés allaient au concert puisqu'elles aimaient la castagne.
On peut cliquer pour agrandir l'image et lire ainsi plus confortablement la prose d'Éric Romera d'un temps où tout le monde méprisait la police. Entre deux thèmes astraux pour seulement cinquante balles, c'était donné...


lundi 13 mars 2017

Villon et Desnos par Michel Arbatz


Michel Arbartz a débuté dans le spectacle avec Armand Gatti comme comédien et accordéoniste. .
Depuis, il écume les scènes avec ses représentations de comédien, chanteur et poète.
Deux de ses spectacles, "Villon la vie" et "Desnos et merveilles" sont consacrées aux deux auteurs cités. C'était le prétexte à sa présence dans l'émission Chanson Boum, d'Hélène Azéra du 24 février dernier. Et écouter cet homme parler de "ses" poètes est un pur régal.
Par ailleurs, son site comprend un ensemble d'interventions au sujet de bien d'autres poètes souvent plus ignorés.
Allez-y écouter, pour voir.  



Une brève présentation de "Villon, la vie", adaptation du Testament d'icelui.


vendredi 10 mars 2017

Anna Karina faisait son cinéma

Née au Danemark en 1940, Hanne Karin Bayer a débuté là-bas en chantant dans les cabarets.
Venue à Paris et devenue, pour un temps, madame Godard, elle a tourné dans une bonne soixantaine de films, principalement dans les décennies soixante et soixante-dix.
Outre Jean-Luc Godard, elle fut dirigée par Jacques Rivette, Agnés Varda, Luchino Visconti, George Cuckor, Volker Schlöndorff ou Rainer Werner Fassbinder, entres autres...

Elle pousse donc régulièrement la chansonnette lors de ses apparitions, comme dans "Une femme est est une femme" (Godard, 1960) où elle entonne la Chanson d'Angela.
Ce rôle lui vaudra le prix d'interprétation au festival de Berlin.


Idem en 1963 dans "Dragées au poivre" de Jacques Baratier où elle crée La vie s'envole en duo avec Pierre Brasseur. Écrite par Serge Rezvani, cette ballade sera ensuite popularisée par Jeanne Moreau.


Mais elle connaît la renommée surtout en 1967, grâce au téléfilm et comédie musicale, Anna, de Pierre Koralnik, dans lequel elle joue une ingénue poursuivie par Jean-Claude Brialy, lui-même secondé par Gainsbourg, qui avait écrit toute la musique du film pour l'occasion. Tout le monde ayant en mémoire Sous le soleil exactement on envoie plutôt un autre extrait Roller Girl où on retrouve toutes les obsessions du moment de notre Lucien.

mardi 7 mars 2017

Mars : l'Herbe Tendre fait son Brexit

Brexit ? No, sir! "Satire de mœurs électorales" par William Hogarth (1754)

Petite plaisanterie britannique :
1984, Brixton (District of Lambeth, London)
Sous une pluie de briques, de bouteilles de cocktails molotov, un flic du PSU (bobby antiémeute) craque et rompt son alignement. Aussi tremblant que sanglant, il fuit vers l'arrière et s'effondre en larmes sur le perron d'une baraque située dans une rue plus calme. C'est alors que deux jambes habillées d'un pantalon à rayure rouge s'affichent devant ses yeux embués.
- Allez, mon p'tit gars, je sais que c'est dur mais tu peux pas laisser tomber les collègues. Faut y retourner.
- Mes excuses sergent, j'ai craqué. J'en pouvais plus.
- Pas sergent, mon gars, commandant.
- Commandant ?! Ben, merde, alors ! J'ai couru si loin que ça...


 Hooligans ? No, sir ! Poll tax riot (1991)
Chœur de corsaires inconnus    Au 31 du mois d'août
Catherine Sauvage                     La fille de Londres
Les Frères Jacques                     La souris d'Angleterre
Shirley Bassey                            If you go away
Jacques Higelin                           I love the queen
Sex Pistols (???)                          L'anarchie pour le UK
Gilles Elbaz                                 Le Roy englais
Steeleye Span                              Come ye o'er frae france
Félix Leclerc                               Un soir de février
Joyeux Urbains                            Si l'Angleterre n'était pas une île
Raoul de Godewarsvelde             Le tunnel sous le Channel
Pete Boyle & co.                           King Cantonna chant
Renaud                                         It is not because you are...

Cette émission s'écoute et se télécharge sur ce petit clic.
Sky ! On a oublié la réponse de l'énigme : elle se trouve sur cette vidéo

En sus, l'inénarrable Jake Thackray, bel ivrogne et grand poète de Leeds envoie sa version d'une chanson "offensive" :


Et une belle découverte : Marcel Azzola lève le mystère :

Azzola et... les Sex Pistols par davduf

dimanche 5 mars 2017

Brel en forme avec un son approximatif

Juste pour le plaisir d'une chanson légendaire et d'un gars qui devenait beau sur scène. Même s'il gerbait tripes et boyaux avant d'y monter.
Quant au public, z'avaient pas encore pété les fauteuils ?


Jacques Brel - La Chanson de Jacky par DexterMurry

Bon, grâce à l'INA, qui bloque on est allé la rechercher sur Dailymotion et on s'excuse pour les pubs.  

vendredi 3 mars 2017

Les Bérus reprenaient les Vibrators

François et Loran pas encore statufiés
Quitte à se prendre une volée de bois vert de la part des amateurs nostalgiques, allons-y gaiement.
On a beaucoup apprécié les Bérurier Noir jusqu'à leur deuxième album, "Concerto pour détraqués", lorsqu'ils pratiquaient encore une musique froide, désespérée à la limite de la folie. Ensuite, on estime qu'ils se sont fourvoyés dans une impasse musicale en tombant dans le chant pour supporters et politique en se caricaturant à l'extrême, jouant aux porte-paroles autoproclamés d'une certaine jeunesse, bien moins ambigus que LSD, mais bien plus plus mégalomanes qu'OTH.
Tout le monde n'a pas le culot de Jimmy Pursey.
Et puis, ils ont plutôt plus mal vieilli que pas mal d'autres. À leur décharge, il faut bien reconnaître que leur succès brutal et la Bérumania qui en a découlé auraient rendus barjot n'importe quel rocker de l'époque.
Par ailleurs, bien d'autres qu'eux ont joui du tiroir caisse, fin de l'intro.

Un titre, qui clôt en beauté la première face dudit album nous intéresse ici : Les rebelles. Non seulement ils laissent ici tomber leur irritante boîte à rythme mais nous fûmes nombreux à y entendre une reprise aux paroles réécrites pour l'occasion.



Bien des keupons de l'époque crurent y reconnaître un titre, Troops of tomorrow celui-là même qui donnait son nom au deuxième album des écossais Exploited, le groupe de Wattie Buchan, souvenez-vous, ceux qui nous firent le coup des crêtes et du "punk's not dead".
Dôté d'une pochette apocalyptique, ce titre se voulait un hymne à la jeunesse, au désespoir et à une fin tragique (pochette de l'album ci-contre).
Mais nos petits gars de Kilbride n'ont jamais caché avoir tout bonnement emprunté la chanson à un groupe plus méconnu, plus garage, plus trash : The Vibrators (sobrement : les Vibromasseurs)

Trentenaires (déjà) vieux routiers de la scène pub-rock / garage britannique, le groupe londonien de Pat Collier, John Ellis, Ian Knox et Eddie Edwards saute dans le train du punk en 1976 après avoir assisté à un concert d'autres vieillards, the Stranglers, et d'une bande de sales jeunots, the Sex Pistols. Guidés par le guitariste et producteur improvisé Chris Spedding, les Vibrators feront une honorable carrière suivie d'une reformation en 1996. Comme de nombreux groupes britanniques qui survivent comme ils peuvent de leur musique. Ils tournent encore à cette heure.
Un coup d'oreille à l'original de Troops of tomorrow enregistré en public, en 1978, lors d'une John Peel Session de la BBC fera comprendre pourquoi, malgré la version honorable des Bérus, on préférera toujours nos teigneux d'en face le Pas-de-Calais. 

mardi 28 février 2017

L'Herbe Tendre outre-Channel

Parfois, on ne peut s'empêcher d'aimer les Brits'
De la bande à Robin Hood à celle des Monty Python, des luddites aux skinheads, de Michael Caine à Johnny Rotten, de Jonathan Swift à George Orwell, les sujets de sa gracieuse majesté nous ont toujours quelque peu esbaudis.
Et ces derniers temps, on ne peut pas nier que le Royaume-Uni (jusqu'à quand, au fait ?) soit l'objet d'une riche actualité.

Fascination, amusement ou haine, les rapports entre les deux nations impérialistes situées de chaque côté de la Manche ont été historiquement aussi riches que variés.
Bien évidemment, ça c'est pas mal reflété dans le domaine de la chanson.

L'Herbe Tendre fêtera (ou déplorera ?) donc le Brexit à sa manière le lundi 6 mars à 18h sur les 92.2 fm pour les amis de la violette et du cassoulet, sur canal sud.net pour le reste du monde. Thanks, mates !

Guerres sociales et mondiales, racisme, colonialisme, nucléaire : soixante-dix années de l'histoire britannique brillamment résumées par The Clash dans Something about England (1981)

 

De les aimer un peu, beaucoup, passionèment...

dimanche 26 février 2017

Desnos par Aragon (hélas !)

En ce qui concerne le titre, nous ne faisons ici que paraphraser André Gide à qui l'on demandait qui était, à son avis, le plus grand poète de langue française et répondait "Victor Hugo, hélas !"

19 rue Mazarine

Comme nous l'avions évoqué ailleurs, Robert Desnos qui s'était attiré la haine particulière du critique Alain Lambreaux, fut arrêté (peut-être sur dénonciation du cafard précité) par la Gestapo le 22 février 1944.
Membre du réseau de résistance "Agir", Desnos transmettait des renseignements sur les troupes d'occupation aux alliés, fabriquait des faux papiers et publiait aux Éditions de Minuit, alors clandestines.
Mais son manque de discrétion en public, la publication de certains textes, vont provoquer sa chute, ce qu'il aurait reconnu dans une conversation rapportée par son camarade de déportation André Bessière : "J'ai trop déblatéré sur les Allemands, sur les collabos, sur le gouvernement de Vichy, sur les idolâtres du Maréchal et j'ai même tapé sur la gueule d'un baveux... un journaliste bien connu, grand cireur de pompes des boches".
Loin de se planquer, Desnos avait, avant tout, cherché à protéger sa compagne Youki (Lucie Badoud).
Youki et Robert
  Exemple des textes peu précautionneux de Desnos, le Maréchal Ducono :
Maréchal Ducono se page avec méfiance,
Il rêve à la rebiffe et il crie au charron
Car il se sent déja loquedu et marron
Pour avoir arnaqué le populo de France.

S’il peut en écraser, s’étant rempli la panse,
En tant que maréchal à maousse ration,
Peut-il être à la bonne, ayant dans le croupion
Le pronostic des fumerons perdant patience ?

À la péter les vieux et les mignards calenchent,
Les durs bossent à cran et se brossent le manche:
Maréchal Ducono continue à pioncer.

C’est tarte, je t’écoute, à quatre-vingt-six berges,
De se savoir vomi comme fiotte et faux derge
Mais tant pis pour son fade, il aurait dû clamser

Après avoir passé plus d'un mois au camp de triage de Compiègne, Desnos fera partie du convoi du 27 avril pour Auschwitz. Brinquebalé, comme des milliers d'autres, à Buchenwald, Flossenbürg, Flöha pour finir, épuisé par mourir du typhus à Terezin, en Tchécoslovaquie, quelques jours après sa libération.
Nous éviterons de déposer ici un cliché qui tourne sur internet dans lequel le poète apparaît agonisant et à bout de force au camp de Theresienstadt.
C'est donc, hélas, Aragon, "patriote professionnel"* non dénué de talent, qui écrivit "Robert le Diable", émouvant hommage à Desnos en septembre 1945.
Ce poème fut mit en musique par Jean Ferrat en 1971 sur le disque Ferrat chante Aragon.

 

* Selon les mots de l'excellent et teigneux Jean Malaquais. L'ouvrage, " Le nommé Aragon, un patriote professionnel" édité chez Spartacus est ressorti chez Syllepse.

jeudi 23 février 2017

Casse-Pipe. Noir à géométrie variable

Ce groupe vient de St Brieuc et de la rencontre du chanteur Louis-Pierre Guinard avec l'accordéoniste Philippe Onfray en 1990 qui entonnent ce soir-là "La chanson de Craonne". Ils seront rapidement rejoints par Gil Riot (guitare, banjo, harmonica) et Tonio Marinescu (batterie) puis par Christophe Menguy (basse) et Christophe Lecoufflet (régie) en 1994.
Tirant leur nom d'un texte de Céline, ils manifestent une prédilection pour la chanson d'entre-deux guerres, le musette, le grand guignol et des thèmes sombres (alcoolisme, meurtre, misère, racisme et années noires) en y conservant un certain humour. "Noir", bien entendu...
Ils se réclament également du cinéma de Pasolini ou de Fellini.
Ils ont réalisé sept albums jusqu'en 2003 et quelques tournées en forme de cabaret ou théâtre.
Une biographie détaillée se trouve à cette adresse. Elle détaille les quelques ajouts ou changements de personnel depuis leur origine.

Deux exemples de leur art : une reprise de l'année 1938 créée par Damia "Tout fout l'camp" (album Chansons noires 1993).

 

Et Lundi pénible, de l'album Casse-pipe (2000) en hommage à nos belles gueules (de bois).

lundi 20 février 2017

Roger nous quitte

Gosse de pauvres, voleur, écrivain (huit bouquins au compteur), braqueur, militant anti-carcéral (vingt-six ans de taules au compteur), acteur (dix-sept films au compteur), Roger Knobelspiess a définitivement disparu hier, 19 février.
Et ça fout le cafard.
Jacques Higelin, membre de son comité se soutien, lui avait dédié cette ballade en 1988.


Devenu copain de Mesrine, par circonstance, au sein des infâmes QHS, il évoque ce personnage et sa période de l'isolement dans cette petite vidéo canadienne.


dimanche 19 février 2017

Béranger et Bashung un soir de mai

Un poteau exhume cette affiche d'un vieux carton et l'énigme pointe le bout de son nez. Un 24 mai certes, mais de quelle année ?
N'étant, ni chrétien, ni ouvrier, ni Balnéolais (habitant de Bagneux) mais effectivement "jeune" à l'époque présumée, tâchons de rassembler quelques souvenirs et de deviner la date.

Outre un maquettage fait à la va-vite et les deux passages en offset assez stupéfiants (marier du vert avec du rose !!!!) qui fleurent, à la fois un refus plus ou moins conscient de la vulgarité publicitaire issu d'une culture néo-gauchiste (on est chez la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, nom de Dieu !) dans laquelle le message se doit d'être plus important que son habillage, on remarque que la "vedette" est François Béranger et le "renfort" Alain Bashung". 
 
Béranger est déjà un vieil habitué des galas de solidarité et autres concerts de soutien, sa présence garantit la reconnaissance d'un certaine audience. Devenu chanteur professionnel vers 1970, il obtient un premier grand succès grand public en 1979 avec le 45 tour "Mamadou m'a dit" (tiré du disque "Joue pas avec mes nerfs"). Il va tâcher de renouveler l'exploit l'année suivante avec l'étonnant "Canal 19" (album "Article sans suite"), chanson à la gloire de la citizen band, outil radio des routiers et mode passagère chez les français moyens.
Un autre extrait de cet album "Au point de sang" qui malgré son côté lourdingue, paroles et musique, n'a rien perdu de sa pertinence*. 

 

Ah mais, me direz-vous, nous voilà déjà en 1980.
Ben oui, et c'est un peu grâce à Bashung. 
Il a trente-cinq ans cette année là et après des années de galères sous le pseudonyme de David Bergen ou en tenant le rôle de Robespierre dans une comédie musicale, il sort l'album Roulette russe en 1979, sans gros effet. Mais il se fera un nom en 1980 avec le grandissime single Gaby oh Gaby, vendu à un million d'exemplaire, grâce auquel sa maison de disque pressera à nouveau Roulette russe en y rajoutant ce titre. 
Et que constate-t-on sur l'affiche ?
Que la photo de Bashung est exactement celle de la pochette du 45 tour "Gaby", sorti en.... janvier 1980 et alors en route pour la gloire.
Le reste est facile à déduire : les heureux Balnéolais et Balnéolaises ont pu assister aux prestations des deux bougres le 24 mai 1980 !
Un extrait de Roulette russe pour fêter ça "Je fume pour oublier que tu bois"



Dernier indice : la solidarité avec le Salvador, en guerre civile ouverte depuis 1979, incline à confirmer cette année-là ou éventuellement la suivante.
Mais les plus observateurs d'entre vous auront peut-être remarqué un "1981" griffonné au crayon en haut. Pourquoi pas ? Disons qu'on tient quand même notre hypothèse pour plausible.

* Il y est fait allusion à l'attentat du 3 octobre 1980, contre la synagogue de la rue Copernic (4 morts) revendiqué par les nazillons de la FANE, dirigés par l'ex cadre FN Marc Frederiksen. Le premier ministre, Raymond Barre, avait passé le mur du con en dénonçant "un odieux attentat qui voulait frapper des Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue." Sans commentaires....

jeudi 16 février 2017

Éva, sensuelle censurée


Elle est née à Berlin, en 1943, d'une mère lituanienne et d'un père russe et a commencé à chanter dans le groupe jazz de son lycée.
À 18 ans, partie étudier à Paris, elle y découvre les chanteurs et chanteuses en vogue sur la rive gauche : Brel, Barbara, Anne Sylvestre et Georges Moustaki, etc. La Polka des mandibules, cabaret alors fort actif, l'accueille à ses débuts.
En 1964, elle joue en première partie de Georges Brassens lors de son fameux concert à Bobino et sort son premier album qui lui vaut le Grand Prix du premier disque.

On a aujourd'hui quelque peine à y croire mais ça se produisait pourtant couramment dans la France corsetée de De Gaulle : elle a durablement écopé d'une interdiction d'antenne à cause de sa voix grave à la «sensualité trop évocatrice» (dixit la commission de censure).
Eva a principalement chanté des titres de Barbara, Anne Sylvestre, Charles Dumont ou Maxime Leforestier.
Un titre de 1965, Les enchaînés, une adaptation de Unchained melodie où elle s'essaie à reprendre les Platters.


Depuis 1965, elle a sorti 17 albums.
Sur son tout dernier, «À Marlene", sorti en 2005 au Québec, elle interprète en français, en anglais et en allemand un choix de chansons de Marlène Dietrich. Elle réside d'ailleurs à Québec où elle connaît encore un certain succès et se consacre également à la peinture.
Ce site internet lui est consacré. 
Un autre de ses titres pacifistes des années soixante, tiré du même EP que le précédent :  Moi, la fille en noir.

lundi 13 février 2017

Le blues du soldat : la vie du rail


Roule au loin roule ô train des dernières lueurs
les soldats assoupis que ta danse secoue
laissent pencher le front et fléchissent le cou
cela sent le tabac, l'haleine, la sueur. 
Aragon, Tu n'en reviendras pas.

Il arrivait donc à Aragon d'écrire de fort belles choses qui mettent à jour cet immense mélange de déprime, de fatigue, de crasse qui a toujours fait le quotidien des armées en campagne.

L'industrie mettant ses dernières production au service de la guerre (et inversement) on peut considérer que c'est à partir de la Guerre de Sécession qu'un réseau ferroviaire conséquent permit de trimballer la chair à canon d'un bout à l'autre des territoires en conflit. Et de considérer les voies ferrées en tant qu'objectifs militaires, comme lors de la campagne de destruction des infrastructures ennemies menée par le général Sherman.

Au Mexique, Pancho Villa, après avoir utilisé un train comme cheval de Trois à Cd. Juarez, réalisa toute sa guerre éclair grâce à un ensemble ferroviaire dont la responsabilité revenait au redoutable Rodolfo Fierro. Les monuments à la Révolution sont souvent là-bas de vieilles locomotives.
Quelques années plus tard, les régions bordant le Transsibérien furent le théâtre de  tueries interminables, de retournements d'alliances, et d'une multiplication de seigneurs de la guerre. 
Et comme de la chair à canon, à la chair à charnier, il n'y a qu'un pas, on sait la rationalisation qu'appliquèrent les nazis aux réseaux ferrés, un certain Adolf Eichmann étant chargé du ballet de mort.

Outre, la boue, les poux, les éclats d'obus, de grenades et de multiples autres projectiles, les survivants de la Guerre de 14-18 sont restés marqués par ces transports qui les amenaient au casse-pipe ou les en ramenaient dans un plus ou moins sale état.
Un bel exemple en est cette chanson de Michel Vaucaire et Ivan Devries, enregistrée en 1935 par le duo Gilles et Julien qui, dans les années 30 préfigurèrent tout un pan du cabaret d'après guerre, en paroles et gestuelles.
Voici donc, en référence aux sinistres écriteaux cloués sur les wagons Hommes 40 ... Chevaux 8

vendredi 10 février 2017

Hey Joe, calme-toi Joe !


Voici une chanson américaine légendaire qu'on suppose écrite par Billy Roberts vers 1962.
Elle narre la destinée d'un homme, malade de jalousie, qui après avoir flingué sa femme fuit désespérément vers un Mexique qu'il n'atteindra sûrement jamais.

"Hey Joe" devient un énorme succès en 1966 lorsque le jeune James Marshall (dit Jimi) Hendrix l'adapte à sa sauce. La même année, les Byrds, groupe de folk-rock qui cartonne à L.A., en sort une autre interprétation, puis, c'est au tour de Love, Cher, Frank Zappa (qui la parodie en "Hey punk"), Deep Purple, Wilson Pickett (qui la transpose en soul), Patti Smith, etc, etc.
Mais tous ces braves gens se sont essentiellement inspirés de l'interprétation du groupe garage californien The Leaves qu'on peut retrouver de nos jours sur le premier tome des compils Nuggets*.
Son pourri et play-back garantis. Au vu de ses cadrages, le cameraman avait l'air plutôt raide, lui aussi...

Bien plus tard, en 1984, Alain Bashung reprit à son compte une ancienne version de Jean-Philippe Smet.
En 1966, le Jojo, qui enregistrait à Londres, se trouvait voisin de studio de Jimi Hendrix. Il devint pote du bassiste Noel Redding et embarqua le trio Experience en tournée. Non sans leur emprunter leur tube, réécrit en français pour l'occase par Gilles Thibaut. Qui ne fit plus aucune allusion au meurtre et à la cavale vers la frontière mexicaine. Notre déjà vieux rocker et futur hippie s'est taillé un beau succès avec ce 45 tour en 1967.
Il existe une version de cette année là, chute de studio, dans laquelle Hendrix accompagne Johnny à la guitare.
Mais comme on a toujours préféré Bashung à Halliday...


Et une dernière pour la route, celle de Willy DeVille qui lui donna une dernière jeunesse avec l'excellente idée d'y coller des mariachis.

 

* Exhumation de 45 tours de groupes garage et psychédéliques Nord-américains oubliés, compilés par Lenny Kaye, ci-devant guitariste de Patti Smith, la boucle est bouclée.