jeudi 19 octobre 2017

Renée Lebas, découvreuse


Renée Lebas (1917-2009) est née Leiba, fille d'immigrants juifs roumains installés à Paris. Un de ses copains d'enfance et du quartier sera Nathan Korb, qui sera plus connu sous le pseudo de Francis Lemarque.
Après avoir exercé divers boulots, elle gagne un radio crochet en 1937. Elle est donc engagée au cabaret La Conga et enregistre son premier disque avec  Raymond Asso en 1940.
Évidemment interdite de scène sous l'occupation, elle se produit alors à Cannes, accompagnée du pianiste Michel Emer où elle crée Insensiblement de Paul Misraki.


En juillet 1942, sa sœur et son père raflés par la police, puis déportés, elle s'exile en Suisse sous les conseils pressants de son copain Francis Carco et va passer le restant de la guerre à chanter pour la radio. Ses chansons sont de claires allusions à la situation de la guerre : D'l'autre côté de la rue, Exil, La fontaine de Varsovie, ou Harlem :


À la libération, elle tourne à l'Européen, l'Alhambra, l'Étoile, l'ABC, Bobino...
Elle crée La Mer de Charles Trenet en 1946 et est une des premières à enregistrer du Léo Ferré, en 1948 (Elle tourne... la Terre, Paris canaille...). Elle chantera Charles Aznavour, Jacques Brel, Francis Carco, Francis Lemarque, Boris Vian...
N'ayant récolté qu'un succès d'estime, elle fait ses adieux à la scène en 1963 pour se consacrer à la production de chanteurs de variétés comme Serge Lama, Régine ou Tereza Kesovija.
Et meurt en 2009.

 

Et une pensée à la mémoire de Madame DD.

mardi 17 octobre 2017

Picardie fleurie


Malgré l'illustration ci-dessus, fusillons une légende.
Cette chanson britannique de 1916 n'a jamais été écrite par un officier de sa gracieuse majesté tombé amoureux d'une belle Picarde. L'auteur, Frederic Weatherly était un petit avocat du sud de l'Angleterre qui a passé la guerre à se faufiler entre tavernes et plaidoiries. Parmi d'autres perles, le débarbot poète a aussi écrit "Danny boy" qu'on avait jusqu'alors toujours cru faire partie du patrimoine irlandais.
Le succès de la rengaine fut néanmoins tel que dès 1918, Pierre d'Amor en fit une adaptation en français.
Elle a donc été reprise par, entre autres, Tino Rossi, Jack Lantier, Sydney Béchet, Ray Ventura, André Dassary, Frank Sinatra et bien entendu Yves Montand.
En voici une fort ancienne version de John Mc Cormack.


Et puis, hasard de la renommée, la bluette d'entre-deux guerre va connaître une seconde jeunesse dans les années 1980, grâce au succès du film de Jean Becker, L'été meurtrier. Dans cette chouette adaptation du roman de Sébastien Japrisot, Les roses de Picardie reviennent en refrain sur le piano électrique maudit, celui qui reste lié au crime originel... Pour mémoire :


Pour finir, une surprenante interprétation française par Mado Robin, à ranger impitoyablement à la rubrique "pompiers". Ce qui nous ramène d'ailleurs au film précédent...


samedi 14 octobre 2017

Raoul Petite a mal


Voilà plus de  ans que la bande à "Carton" (Christian Picard, chanteur principal) écume les routes. S'étant d'abord fait connaître en ouvrant pour Vassiliu ou Higelin, ce big-band de barock 'n roll est né sous le signe des adorateurs de Frank Zappa. À la fin des années 70, le moustachu aurait marmonné "Raoul Petite" lors d'une très brève apparition à la télévision française avec, en guise de spectateurs, les membres d'un groupe qui cherchaient un nom et étaient infoutus de comprendre l'anglais.
Certes, ils ont onze albums à leur actif mais leur "rock agricole sophistiqué" est avant tout à savourer en concert, les mises en scène loufoques n'engendrant pas la mélancolie.
On vous épargne la fastidieuse liste des membres et changements de personnel, sachez juste que c'est trouvable sur leur site et qu'un des historiques, Frédéric Tillard (guitariste) est allé fonder le groupe Fritzkartofel en amenant le tromboniste Fabien Cartalade.
Leur manifeste :  “C’est en évitant de mettre la tête dans son kulte que l’on continue le chemin sans rien perdre de son intégrité ni de son panache”
Comme ces joyeux bougres et bougresses du Vaucluse aiment à faire des vidéos, on vous les exhibe dans Ça fait mal, honorable effort pour squatter les radio.

mercredi 11 octobre 2017

Catalunya über alles !

Excellente bd injustement méconnue
Comme le gouvernement espagnol va éventuellement se retrouver à devoir occuper militairement une partie... de l'Espagne (sic !) on peut consulter ces jours-ci quelques textes instructifs. Par exemple ces deux-là, l'un de Tomás Ibáñez, et, mieux encore, l'autre de Miguel Amoros.
Par ailleurs, on s'est permis de traduire ce billet d'humeur, signé Acratausorio rex, qui malgré une conclusion décevante renferme quelques vérités de base.  


Question d’identités

Avec toute cette histoire d’indépendance de la Catalogne, un sujet attire particulièrement mon attention : qu’on m’explique qu’il s’agit là d’indépendantisme et en aucun cas de nationalisme. Autrement dit, on sort des milliers de drapeaux, la carte d’une patrie, une langue, une histoire, on revendique d’avoir un État à soi, participent à cela aussi bien des millionnaires que des prolétaires, l’Espagne et les Espagnols font face à la Catalogne et aux Catalans, la langue définit un territoire mais… surtout pas question de nationalisme parce que ce simple mot pue les champs de batailles et les millions de morts. Voilà bien pourquoi on parle de nationalisme avec dégoût, seul le PNV (Parti Nationaliste Basque ndt) persiste à employer le mot parce qu’il n’a pas encore découvert comment changer de nom.

Comment fonctionne le nationalisme ? En partie en se dotant d’une identité. L’identité individuelle est ce que l’on est. Un truc terriblement complexe. Découvrir ce que l’on est vraiment n’a rien de simple… Qui es-tu? Un sociologue aurait besoin de cent mille entretiens pour donner une réponse. Hein ? Et en plus, s’il se gourre ? Imaginez donc, partant de là, la complexité de découvrir ce que nous sommes, notre identité collective. Heureusement que l’État est là pour te l’accorder. Et que petit à petit se construise une identité.


Toute politique identitaire d’état tâche d’identifier des coutumes communes et comme la populace est tellement éclectique au niveau culturel, au niveau économique, au niveau du cadre de vie géographique… Ici, en Espagne, ce qui définit la culture commune est la langue. Qu’on l’appelle castillan ou espagnol.

L’autre aspect de politique identitaire fourni par l’État est le pouvoir d’identification : pouvoir identifier les autres et les doter de caractéristiques différentes des siennes. Pour qu’il puisse exister un « nous-autres », il faut que « eux, les autres » existent. Plus les autres sont identifiables, plus nous-autres sommes renforcés. Et vice-versa.




Par exemple, ce refrain « l’Espagne nous dépouille » qui amène à penser qu’il n’y a là aucune profonde réflexion au sujet de la création de la redistribution de richesses. Ça donne juste que les voisins qui se considèrent encore Espagnols se croient entendre traiter de voleurs. Et ça les énerve un peu plus à chaque fois qu’ils voient un Catalan, à la télévision ou ailleurs, avec son drapeau, sa langue et ses autoroutes à péages. Et ça les met en rogne et ça finit en commentaires méprisants. Commentaires qui, s’ils parviennent aux oreilles d’un Catalan, ne font que renforcer son catalanisme. Et si tu mènes une politique d’immersion linguistique en catalan, tant dans l’administration qu’à l’école, tu pourras bien dire ce que tu voudras, ceux qui se sentent Espagnols vont se trouver attaqués. Et lorsque le PP est arrivé à bousiller le Statut de 2010 ? Et bien, la même chose mais à l’inverse.

Et tout ça n’est pas fait innocemment. C’est même parfaitement calculé, car plus les gens s’identifient à une nation et plus une nation à un État, plus une population dominée par son gouvernement se retrouve à l’unisson. Tout comme l’esclave pouvait s’identifier au propriétaire de l’hacienda.

En Catalogne beaucoup de gens s’excitent au sujet de l’armée d’occupation. Mais en dehors de la Catalogne… Chers amis et amies Catalans, la gauche espagnole est unioniste et la population aussi. Les Espagnols sont loin d’être cette caricature de fascistes à petite moustache et calvitie que vous représentez systématiquement, pas plus qu’ils ne sont les quatre pelés néo-nazis. Ils applaudiront avec une profonde indifférence ce que le gouvernement fera contre la Catalogne, aussi despotique cela puisse-t-il être. C’est là tout le charme de la politique identitaire : plus elle cogne, plus elle renforce son adversaire. Et ça ni le Gobierno, ni le Govern ne l’ignorent car ils sont tout sauf innocents ou idiots… et ils jouent le jeu de leurs propres intérêts. Et en guise de repas, ils vont se goinfrer, en vous préparant à tous une orgie nationaliste. Et le plat de résistance, c’est vous tous et toutes. 

Les Mossos d'esquadra, héros (si!) de l'indépendance
L’unique réponse à la perte de liberté, à l’occupation militaire, au despotisme ne réside, en l’occurrence, ni dans le peuple, ni dans les nationalismes, ni au Govern, ni au gouvernement. La seule opposition, le seule réponse à la hauteur des circonstances réside dans le mouvement ouvrier. Et part d’un simple fait : les intérêts du travailleur ne sont pas nationaux. Pour poser la question des salaires, du poste de travail, du chômage, de ses conditions de vie sur la table, il faut qu’il existe des motifs autrement plus puissants. 

lundi 9 octobre 2017

Mort d'un rocker moustachu

Notre disparu du jour à la télévision le 7 février 1981.
Finalement, au vu des présents, c'est encore lui qui a le moins mal vieilli


On peut le retrouver avec Jean-Pierre Marielle, autre belle moustache, chantant du Caussimon à cet article.

vendredi 6 octobre 2017

Du rock dans le bayou


Osons une affirmation : si le rock n' roll vient sans conteste du blues, du rhythm 'n blues, plus précisément, depuis la mise à disposition des enregistrements des Lomax, père et fils, on sait que la musique populaire du sud des États-Unis qui a abouti à tout ça a marié des influences tant autochtones (la rythmique) que celtiques, germaniques (l'accordéon, le saxophone), africaines et bien entendu ce creuset que fut la musique cadienne ou cajun. D'aucun affirmeront péremptoirement que le cajun, qui dérivé en country and western, était l'apanage des Blancs là où le zydeco (ou zarico) celui des Noirs.
Comme toujours, les pauvres se fréquentant malgré tout ce qui entend les séparer, on rappellera que ce genre de classification est bien trop hâtive, les musiciens franchissant allégrement les genres et se mélangeant ou se pillant dès qu'ils en ont l'occasion. Et encore heureux. Et ceci est encore plus vrai dans ces contrées de bayou où de révoltes indiennes alliées aux esclaves marrons, d'ex français réfugiés au plus profond des marais, de cette ville de la musique, la Nouvelle Orléans, tour à tour espagnole, française américaine, chacun est allé faire sien la musique de "l'autre".
Il semble qu'une des chansons emblématiques du rock / rhythm and blues, Keep a knockin', issue des années 20, popularisée par Louis Jordan en 1939...

 

... immortalisée par Little Richard, l'autre King, la première grande folle du rock, celui qui rendait la vue aux aveugles, en 1957, en transformant ce blues en rock 'n roll (avec cette intro de batterie repompée dans Somethin' else et une ribambelle de morceaux) que tout le monde reprend depuis.



Il semble donc, disais-je, que cet éternel boogie soit issue d'un traditionnel cajun tout simplement nommé Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer. On a beau fouiner, pas moyen de trouver un enregistrement suffisamment ancien pour venir confirmer cette thèse. Notre plaisir consistera donc à envoyer un autre maître du style, mister Clifton Chénier, en personne, qui illustre ici les racines de la musique du diable.



mardi 3 octobre 2017

Herbe Tendre révolutionnaire (on fait ce qu'on peut)

Prolos affûtés prêts à passer à l'action
Que voulez-vous ajouter de plus à une si belle photo ? Si ce n'est que la révolution reste et restera une des plus belles passions humaines. Et qu'on l'attend encore.
Au menu du grand soir :
Expérience                     La révolution ne sera pas télévisée
L'Écho Râleur                La carmagnole
Catherine Ribeiro (?)     La guillotine permanente
Jean-Pierre Réginal        Le calendrier révolutionnaire
VII                                  La mort d'un monde
Mouloudji                       Quand viendra-t-elle ?
Marc Ogeret                   Le chant des canuts
Germaine Montéro        Ceux d'Oviedo
Bérurier Noir                 Coup d'état de la jeunesse
Frères Misère                 La révolution
Ludwig von 88                La révolution n'est pas un dîner de gala
Moustaki                         Sans la nommer
Gilles Servat                   The foggy dew
2 bals' 2 nègs' & Mystic  La sédition
Dan & Pat                        La diane du prolétaire
Cor de la plana                La libertat
La Dernière Tribu           Nés dans le béton
René Binamé                   La révolte
   
L'émission est disponible en cliquant là.
Et un coup de chapeau au centenaire du grand chambardement, cette déjà vieillerie (1977) signée Bulldozer. Le soleil se levait alors à l'Est. Enfin, y'en avaient pour bien vouloir s'en persuader. 

 

Et pendant ce temps, en Catalogne (vue d'ensemble)

samedi 30 septembre 2017

Francis Lemarque aux tranchées, Papa Schultz aussi.


Lagny est un petit village de l'Oise de moins de 600 habitants situé au milieu d'un triangle Compiègne-Saint Quentin-Amiens qui est resté occupé par les troupes allemandes de 1914 à 1918.

Si cette commune est passée à la postérité, ce n'est pas tant à cause des cinq otages civils qui y ont été fusillés mais par une chanson qui fit partie du répertoire classique de la guerre des tranchées.

Elle est ici chantée par Francis Lemarque sur l'air de « Sous les ponts de Paris » de Jean Rodor et Vincent Scotto qui fit un tabac en ces années là.

Texte et musique auraient été retrouvés sur le cahier d'un soldat de la Vienne avec cette annotation : " Cette chanson a été composée quand nous étions dans les tranchées de Lagny par un soldat du 69ème. Je ne sais pas son nom ni sa compagnie."
Une fois encore, il est évident que les auteurs de ce type de rengaines souhaitaient garder un salutaire anonymat.

 

En contrepoint, la chute dans la "modernité" sera ce morceau de Parabellum tiré de leur premier 33 tour (1985) tout simplement intitulé, Papa, c'était du temps où le Géant Vert était, pour notre joie, parolier.

mercredi 27 septembre 2017

Medfef Inna Babylon rend hommage à nos chers disparus


Un amical salut à quatre barjots déguisés en résidents de Guantanamo avec qu'on a eu le plaisir et l'honneur de cotoyer sur quelques scènes de la région toulousaine et qui se font désormais trop rares. Bubu (chant, harmonica, flûte traversière, cornemuse, gaïta, et à peu près tout ce dans quoi on souffle, ou presque) Momo (basse), Jul (guitare) et Yf (batterie) sont originellement issus d'un groupe nommé les Dead Balladurs. Mais en 1998, l'arrivée de inénarrable Ernest-Antoine, qui changea le nom du CNPF en Medef, leur fit adopter le patronyme qui les rendra si populaires au sud de la Garonne.
Bubu, l'homme des vents

Ils donnent jour, au passage, à un style que, faute de mieux, nous nommerons punk hard-core à vent, ponctué, en live, des cabrioles du Bubu bondissant.
Les titres de leurs quatre albums est à lui seul un poème : Entreprenarial Vibrations (2001), Timeo patronat et dona ferentes (2003), Requiem pour un baron (2005) et Metaphysical punk (2009).
Rock et lutte des classes, on lâche les grands mots.
Trois fois hélas, le combo de furieux, lassé de se répéter ne se réunit plus que pour quelques concerts de soutiens. Donc, si vous avez un pote qui a besoin de cantiner, n'hésitez pas à les reformer. On fait suivre.
En souvenir d'eux, l'hommage à l'ex-maire de la capitale qui aujourd'hui a chuté dans la clandestinité. Mais où qu'il est donc passé, çui-là ?

dimanche 24 septembre 2017

Révolutions d'octobre

1936, révolution bousillée


Ceci n'est pas un hommage au coup d'État qui ébranla la face du monde pour une centaine d'années. À force de tourner autour du pot, voici est un retour sur quelques chansons qui accompagnèrent, appelèrent, pleurèrent les bouleversements de l'histoire et une des plus belles aspirations humaine : la Révolution.
Les chansons enragées seront à collecter le lundi 2 octobre à 17h30 sur le 92.2 de Radio Canal Sud (92.2fm) ou sur le site correspondant.

Pour se mettre en jambe, une version nerveuse et bordélique de cette bonne vieille Varsovienne. En allemand pour l'occasion.


Hymne qui fait remonter un souvenir d'il y a déjà un bail. Un soir que j'étais avec une copine, réfugiée espagnole plus âgée que moi, à regarder le Docteur Jivago de David Lean à la télévision, voilà-t-il pas qu'au moment de la manifestation de rue de 1905 ma camarade grommelle : "Qu'est ce qui leur prend, au russkofs, de jouer A las barricadas ?" . S'ensuivit une patiente explication pour tenter de démontrer que c'était pas la CéNéTé qui avait inventé La Varsovienne. Même que Varsovie, c'est pas dans la péninsule ibérique, d'ailleurs. Je pense qu'en ce qui concerne la paternité de cette chanson, elle ne m'a jamais vraiment cru. Jusqu'à son dernier jour.

1917, révolution confisquée

jeudi 21 septembre 2017

Histoire de fantôme espagnol : l'astronaute a encore frappé


Mis à part les velléités de séparatisme catalan accompagnées de la stupidité habituelle du gouvernement de Madrid ou les tristes actes d'illuminés sanglants, un fantôme hante l’Espagne, celui de l’amiral Carrero Blanco.
Au nom d’une récente loi « en faveur des victimes du terrorisme », des procureurs de sa majesté ont requis deux ans et demi de prison ferme contre une étudiante de 21 ans, Casandra, ou un an ferme pour un rappeur, César Montaña pour « apologie de terrorisme » suite à quelques tweets moqueurs à l’encontre de ce magnifique militaire. 

Pour les nés après 1973, rappelons que cet homme était à la fois le bras droit et le dauphin du général Francisco Franco, qui en était alors à sa trente quatrième année de dictature sanguinaire.
Non content de se vanter de « fusiller la moitié de l’Espagne », Franco, avait éliminé avec plus ou moins de finesse ou de brutalité tous ses concurrents éventuels au poste de chef suprême avant de jeter son dévolu sur l’amiral.
Maîtrisant l’équilibre entre les différentes factions de la dictature (Phalange, Opus Dei, JONS, monarchistes carlistes) Carrero, surnommé « l’Ogre », était chargé de perpétuer l’œuvre du Caudillo en prolongeant le régime tout en le modernisant.
La carrière de cet aimable individu s’arrêta le 20 décembre 1973, dans la rue Claudio Coello à Madrid, lorsqu’un commando d’ETA fit exploser une bombe placée sous la chaussée qui projeta sa voiture à plus de 30 mètres et la fit atterrir sur une terrasse voisine. L'organisation avait originellement pour projet d’enlever l’amiral dans l’église dans laquelle il se rendait prier chaque matin à heure fixe (grossière erreur) mais des considérations techniques et la présence de nombreux civils ont finalement fait pencher le commando pour un attentat à la bombe.
C’était le coup mortel porté au régime gâteux et la voie ouverte à une modernisation capitaliste de l’Espagne via le retour du roi et à la « transition (appelée aussi « transaction ») démocratique ».
L’action du groupe dirigé par Argala eut aussitôt un retentissement international et fut généralement fort arrosée. Carrero fut rebaptisé « premier astronaute espagnol » ou « champion du monde de saut en hauteur ». Les taxis madrilènes devant se rendre rue Coello demandaient ironiquement « à quelle hauteur de la rue ? ». De l’autre côté des Pyrénées, les fêtes populaires donnaient lieu à des festivals de saut aux cris de « Et hop ! Plus haut que Carrero !» ou à des refrains comme « Moi, je m’en fous, je suis de Cambo, j’ai fait sauter Carrero Blanco, si un jour je monte à Paris, je ferai bien sauter Valéry ». Côté espagnol, plusieurs chansons fleurirent comme « Carreo volo » de Falín Galán ou « España toda a una ».


Citons égalemant celle du groupe Soak :  
Carrero Blanco, minitro naval tenia un sueño, volar y volar, hasta que un dia ETA militar hizo su sueño una gran realidad.
(Carrero Blanco, ministre naval, rêvait de voler, voler, jusqu'à ce qu'un jour ETA militaire change ce rêve en remarquable réalité).



Instrument de propagande par excellence du XXème siècle, le cinéma s’en est aussi mêlé.
En 1979, le cinéaste communiste italien Gillo Pontecorvo réalise « Opération Ogre » à la gloire du groupe ayant effectué le tyrannicide. Notons au passage qu’il fallait oser braver le ridicule pour représenter Gian Maria Volonte et Nicole Garcia en combattants basques (voir scène de la rencontre avec la gamine dans un bar) !


Ce film était tellement considéré comme « naturel » à l’époque que la deuxième chaîne de télévision française l’a programmé à 20h30 en 1980. Il est depuis retourné dans les tiroirs pour cause d’apologie d’une action armée.

Cet attentat ciblé a donc joui d’une popularité sans égale dans le pays, donnant lieu à une véritable légende et toute une contre-culture. On croit donc rêver que quarante ans plus tard, au nom de l'hystérie anti ETA la justice espagnole en soit à interdire l’humour.
Tout est donc toujours à recommencer, y compris certains tunnels.



PS : On rappelle en passant que la municipalité de Madrid remet encore et toujours la plaque commémorative de la rue Coello en l’honneur de Carrero, régulièrement vandalisée, et que le monument franquiste par excellence, le « Valle de los caidos » attend toujours ses démolisseurs.

lundi 18 septembre 2017

Fabrizio de Andrè, Brassens en Italien et beaucoup plus

Et bonne gueule avec ça (années 60)
Génois d'origine, Fabrizio de Andrè (1940-199), Faber pour les intimes, fut un de ces auteurs, compositeurs, interprètes des plus attachants de l'Italie des années 50 à 90 du siècle passé. Aujourd'hui publié dans les anthologies poétiques transalpines, cet inclassable a avant tout chanté les exclus et marginaux, putains, voleurs, soldats, amoureux ou amis désespérés. Il a aussi mis en valeur les dialectes génois, sarde ou napolitain tout en intégrant les éléments régionaux à sa musique, ainsi que du rock ou du folk dans sa tendance anglo-saxonne.
Bien entendu, un site assez richement doté conserve sa mémoire. 
Autre particularité et prétexte à sa présence ici, il a lui-même traduit et adapté bon nombre de chansons de Brassens pour lequel il confessait une admiration certaine.

Par exemple, Le passanti, de l'album Canzoni (1974) texte d'Antoine Pol, d'abord exhumé par Brassens dans un marché aux puces, qu'il mettra une quinzaine d'années à mettre en musique après avoir laissé traîner longtemps l'opus du poète inconnu dans sa bibliothèque. 


Pour partager son talent, on avait déjà ressorti cette ode à l'artisanat. Une autre de nos préférées est Don Raffaè, savoureux et ironique monologue autour, d'une tasse d'excellent café, de Pasquale Cafiero, maton brigadier, au sujet de son client, l'exquis Don Raffaè, capo d'une organisation criminelle organisée. Mafia ? Camorra ? 'Ndrangheta ? Notre connaissance très limitée de l'italien ne l'a pas déterminé mais on ne doute pas qu'aux oreilles de n'importe quel auditeur transalpin, les expressions vernaculaires donnent la clé. Et finalement, l'adresse Pioggioreale 53, une des prisons de Naples, constitue plus qu'un indice.


jeudi 14 septembre 2017

La fausse disparition de Bob

Monsieur Bob en pleine activité
Comme auraient dit certains ancêtres, on devient terriblement résègue à déplorer et redéplorer la métamorphose de nos villes en zones piétonnes destinées au commerce de produits stupides, en cartes postales d'un musée consacré à la vulgarité ou en pensions temporaires pour touristes fortunés.
Et qu'on ne vienne pas nous sortir que ce genre de râlerie existant depuis Villon ou Louis Chevalier, nous ne serions juste que des ringards passéistes crasseux. D'abord, au vu de la modernité on voit pas où serait le problème, ensuite on ne peut que constater l'expulsion des classes populaires au plus loin des centre-villes, phénomène qui a pris toute son ampleur ces dernières trente ou quarante années.  
Amoureux du vieux Paris (comme du vieux Limoges, Toulouse, Nancy, etc.) on reste plongés dans la nostalgie du temps où les classes laborieuses ou dangereuses hantaient le ruban et où la langue verte le disputait aux néologismes locaux.
Côté Paname, outre le Chevalier, cité plus haut, on a toujours aimé traînailler dans les écrits de Jacques Yonnet (Rue des maléfices), Jean-Paul Clébert (Paris insolite) et, bien entendu Robert Giraud (Le vin des rues), monsieur Bob lui-même souvent mentionné dans ce blog.

Débutant sa carrière en résistance limousine, monté à Pantruche en 1944, dilettante forcené, flâneur émérite, érudit d'argot, amateur de jaja et de rencontres (certains de ses amis se nomment Albert Vidalie, les frères Prévert, Maximilien Vox, Fréhel, Alain Jessua ou Morelli) Bob (1921-1997) devint un des plus fins connaisseurs et chroniqueurs de la capitale d'après-guerre. Sans forcer le trait, car malgré une dèche récurrente, le Robert était un fainéant lumineux qui recyclait ses écrits sans la moindre honte. Voilà un homme qui n'a jamais été salarié sans avoir touché la moindre rente ou héritage.
Et un blog, celui d'Olivier Bailly, Le copain de Doisneau, prolonge ces mêmes bouquins en étant  un centre d'archive permanent à la portée de touzetoutes.
Or, il y a peu, nous avons d'abord constaté la disparition du lien vers cette œuvre recommandable de la colonne de droite de ce site.
Puis on s'est retrouvés face à l'absence de l'objet des moteurs de recherches, toute tentative menant à une annonce lapidaire : ce site a été archivé ou suspendu.
Alors ? Envolé le blogue ?
Pas tant que ça. Tel est l'objet de cet article destiné aux curieux, il reste un moyen d'accéder à cette mine dédiée au Paris de jadis en allant à ce lien : http://web.archive.org/web/20120505023912/http://robertgiraud.blog.lemonde.fr/

Bonne promenade dans le turbin de Bailly, c'était notre annonce de service public.
Pour arroser ça, on se remet la copine Fréhel dans À la dérive


lundi 11 septembre 2017

Morelli toujours


La chanteuse Monique Morelli s'est éteinte mardi à Paris, à l'âge de soixante-neuf ans. Sa vie, c'est tout un poème, ou plutôt une longue suite de poèmes. Elle a chanté Aragon, Ronsard, Villon, Pierre Seghers, Carco, Verlaine, Luc Bérimont, Mac Orlan... Elle avait une voix d'entrailles, identifiable dès les premiers accents. Héritière des «goualeuses» sublimes (Lys Gauty, Fréhel, Damia ou Piaf) elle s'était mise à personnifier Montmartre, étant pourtant née à Béthune (Pas-de-Calais) dans une famille de fonctionnaires qui la destinait à la pharmacie! Ce n'était pas son fort. Successivement virée de quatorze établissements scolaires, elle vint à Paris pour vivre sa passion poétique. En 1969, elle passait en première partie de Brassens à Bobino. Sa belle présence tragique et populaire s'efface. Restera la voix, comme le témoignage ineffaçable d'un riche tempérament et d'une bonté native.

L'Humanité, 28 avril 1993 

 Les Quatre saisons (Mac Orlan)

Agathe Fallet se souvient de ces ambiances d'hommes dans les bistrots : "Quant il y avait des femmes, c'étaient des folles ! Elles résistaient. (...) Il fallait faire partie du groupe." Il fallait le tempérament d'une Monique Morelli (qui avait débuté, il est vrai, comme dompteuse chez les Fratellini ) ou d'une Youki Desnos, des caractères bien trempés, pour se mélanger sans se dissoudre dans cette compagnie de mâles qui se représentaient les femmes d'une manière bien conventionnelle.
Olivier Bailly. Monsieur Bob. 2009 

 
Le renégat (Tristan Corbière)
  

vendredi 8 septembre 2017

Tailhade, un anarchiste de la chanson paillarde ?


Poète et pamphlétaire libertaire issu de la meilleure société, ami de Verlaine et d'Aristide Bruant, Laurent Tailhade est surtout resté dans les mémoires pour avoir perdu un œil dans un attentat commis par un autre anarchiste, celui de la bombe déposée (par Félix Fénéon ?) au restaurant Foyot. On était alors en pleine instruction de l'affaire Émile Henry, auteur, entre autre, de l'explosion de la rue des Bons-enfants, hécatombe de policiers qui fut popularisée par la chanson faussement attribuée à Raymond Callemin.
Ironie de l'histoire Tailhade s'était fait un renom pour avoir ainsi commenté l'attentat d'Augute Vaillant au palais Bourbon (1893) par la fameuse formule "Qu'importe de vagues humanités pour vu que le geste soit beau" !
Devenu œuf cassé de l'omelette, le poète ne garda aucune rancœur à l'individu responsable de l'attaque du restaurant Foyot. Il avait d'ailleurs récolté moult blessures au cours de la trentaine de duels menés contre ses adversaires, parmi lesquels Maurice Barrès.
Autre curiosité de sa renommée, on lui attribue, selon les versions, l'ensemble ou quelques couplets de la célébrissime chanson paillarde Les filles de Camaret.
Marié par sa famille à une bonne bourgeoise, Tailhade passait la belle saison à Camaret, occupant une chambre d'hôtel à trois, avec son épouse et un ami. La population avait donc créé une chanson ciblant la Dame. De son côté Tailhade traitait sans nuance les Bretons à la fois d'ivrognes et de grenouilles de bénitier.
Le 15 août 1903, il perturbe la procession locale en y déversant, depuis sa piaule, le contenu d'un pot de chambre. Notre libertaire provoque ainsi une émeute et seule l'arrivée des gendarmes l'empêche de finir balancé dans le port !
Talihade se serait donc vengé des Camaretois et de leur curé, Le Bras*, en créant ces quelques couplets qui rendront le petit port immortel dans les noces et banquets.

Toutefois, si on se réfère à un site fort documenté, celui de Xavier Hubaut consacré à la chanson paillarde, cette rengaine existait depuis belle lurette, elle daterait au moins de 1649.
La mélodie est, en mode mineur, une version du timbre de nombreuses chansons populaires.
Sa structure est fort simple : il s'agit de 4 vers de 7 pieds ; les deux premiers pouvant, ou pas, être bissés. Elle se termine par un vers de 3 syllabes répété 3 fois.
Dès 1649, on trouve dans le Chansonnier de Maurepas, des chansons construites sur ce modèle nommées Les rideaux de notre lit, (un couplet des Filles... commence ainsi) ou Jardinier, que vois-tu là ? ou bien encore du fort repris Air des Fraises. 
Dans le Manuscrit de Dallichamps (1713), est ajoutée une partition musicale et l'annotation de ce couplet :
Mon mary s'en est allé
À Vienne en Autriche
Il me défend de baiser
Moi qui ne m'en puis passer
Je triche (ter).
En 1726, on tombe dans Recueil de chansons sur différents sujets un complément :
Et le mien s'en est allé
À Châlons en Champagne,
Il m'a laissé sans argent,
Mais à mon contentement
J'en gagne (ter).

Les ajouts ou variantes de couplets se sont rajoutés régulièrement. Alexandre Dumas fait même allusion à cette bluette dans un article de 1854. 
Il semblerait donc que Laurent Tailhade se soit, au mieux, contenté d'adapter quelques couplets rancuniers visant spécifiquement les indigènes de la presqu'île de Crozon.
Une version de Pierre Perret pour conclure.

 

 * qui, dixit Tailhade, "mendie à domicile et quête en personne chez tous les baigneurs, accompagné d'une cinquantaine d'ivrognes qui stationnent devant les hôtels suspectés d'abriter des Parisiens".

mardi 5 septembre 2017

En septembre, on décolonise


Les riches heures de la coloniale : Diên Biên Phu (1954)
Et c'est parti pour une heure trente de paysages lointains, de marsouins dépenaillés, de pistes chaotiques et d'instituteurs venant apporter les lumières à des gosses mal nourris, avec quelques mauvais esprits en prime.
L'exotisme du soir :
Bernard Meulien                    La Marseillaise des requins
De chez l'ogre                         Loup y es-tu ?
Lina Margy                             Sous le soleil du Maroc
Josephine Baker                      La petite Tonkinoise
Rosalie Dubois                        Han coolie !
LKDS                                       Dékolonisation
Granmoun Lélé                       Misié Koloni
Sacha Distel                            Mamadou
La Rumeur                              Premier matin de novembre
Thierry Freedom                     Nous sommes tous des fedayins
Nuclear Device                       Ouvéa
Grand Kalé                             Indépendance Cha cha
Raoul Petite                            Mamadou m'a dit
Raymond Lévesque                Bozo les culottes
Chjani Aghjalesi                     Catena

Cette haute œuvre de civilisation s'écoute ou se charge en cliquant ici.
La maison, ne reculant devant aucun sacrifice, vous offre une deuxième tournée de Bernard Meulien / Gaston Couté.

video 

Et une idée de Wroblewski


Affiche de la contre exposition coloniale de 1931


samedi 2 septembre 2017

Des chansons d'Albertine Sarrazin

Une belle personne

Fille de l'Assistance publique, agressée à dix ans par un oncle, Albertine Damien est envoyée en maison de correction dès sa quinzième année par son militaire de père adoptif.
À sa sortie, en 1953, elle entame sa carrière de délinquante entre vols, prostitution et un braquage qui lui vaudra une condamnation à sept ans ferme, occase pour sa merveilleuse famille de révoquer son adoption.
Elle s'évade en 1957 en se brisant l'Astragale (os articulant le pied et le tibia) suite à un saut du haut d'un mur de dix mètres.
Blessée, elle est recueillie par un petit voyou, Julien Sarrazin, avec qui elle vivra un grand amour.
Arrêtés tous deux en septembre 1958, ils vont désormais vivre une vie faite d'aller-retours à l'hôtel des gros verrous. C'est donc en taule qu'elle écrit son premier roman L'Astragale publié chez Pauvert en 1965 qui connaîtra un immense succès et une adaptation cinématographique.
Albertine Sarrazin (elle s'est mariée en prison à Julien en 1959) publiera une douzaine d'ouvrages avant de mourir des œuvres de toubibs incompétents à pas tout à fait trente ans, en 1967.
Ce site lui rend hommage.
Albertine Sarrazin a également enregistré des disques de lectures ou d'entretien.
En 1969, Myriam Anissimov, comédienne et chanteuse franco-suisse, grave quelques-uns de ses poèmes écrits en prison. Deux galettes : un 45 tour (Polydor 66679) et un 33 tour (Polydor 658120) pour lequel elle recevra le grand prix de l'Académie Charles Cros.
Anissimov chantera ensuite du Patrick Modiano mais elle abandonnera son métier de chanteuse pour se consacrer à l'écriture.
Issu du 45 tour : Bien après minuit ( écrit à Fresnes en 1954-1955)

 

Et Dormir, tiré de l'album: 

 

mercredi 30 août 2017

Orchestre Rouge et la saleté


Une fois n'est pas coutume, penchons-nous sur un genre désuet, celui de ces ex-jeunes gens modernes que fut la new-wave à la française. Atypique, Orchestre Rouge l'était assurément. Fondé en 1980 par l'auteur, chanteur, violoniste et poète américain exilé en France Théo Hakola, un romantique obsédé par la Guerre d'Espagne, l'Occupation et les années 30-40, tellement dans l'esthétique d'un monde à l'agonie. Les pseudos des musiciens ne doivent donc rien au hasard : Denis Goulag et Pierre Colombeau (guitares) Pascal des A (basse) et Pascal Normal (batterie).

Entre folk-rock froid et new-wave aux sons triturés mais absolument dépourvus des immondes synthétiseurs qui polluaient les disques de l'époque, ces petits veinard font enregistrer leur premier disque, Yellow Laughter, par Martin Hannett, crème des ingénieur du son ayant produit, entre autres, Joy Division, Buzzcocks, Basement 5 ou New Order.
Succès de presse et d'estime, sans retombées commerciales. Ils sortent un deuxième album, More passion fodder, évoquant de plus en plus leur parenté avec Nick Cave.
Et puis, ils se séparent en 1984 (tiens donc...), publient un disque posthume, Des restes, et Théo Hakola s'en va monter un autre combo dans la même ligne, Passion Fodder, qu'on avait évoqué là.
Mélangeant chansons majoritairement en anglais, en français, avec une touche d'espagnol, voici un titre issu du deuxième Lp, "Saleté" qui comme son nom l'indique, évoque l'attitude commune au temps de l'autoproclamé État français, en 1940-1944.

 
On rajoute la face B de leur premier 45 tour, Kazettler Zeks, un chouette reggae polaire qui prétendait narrer le sort des antifascistes livrés aux dictatures triomphantes ou aux sbires de Staline entre 1933 et 1953.
Sujet assez peu fréquent chez les groupes de rock de l'époque, même ceux qui se la jouaient un tant soit peu intello.


dimanche 27 août 2017

Septembre : (dé)colonisation

Refus caractérisé par l'indigène de la politique de la main tendue* 
L'histoire de cette planète ayant été marquée par l'occupation et le pillage de certaines dites nations par d'autres, il a bien fallu trouver un concept pour justifier cette antique activité à laquelle se livraient sous une forme quelque peu primitive, et pour cause, Assyriens, Perses, Athéniens, Romains, Hans, Mongols, Aztèques, pour ne citer que quelques-uns des plus réputés.
Il semblerait que le terme même de colonisation soit apparu dans la langue française vers les années 1830. Comme par hasard...
Et vu que l'humain est par essence, contrariant, la plupart des colonisés n'ont rien eu de plus pressé que de virer leurs envahisseurs, avec un succès plus ou mitigé, il est vrai...


Notre beau pays ayant généreusement apporté sa culture, ses baïonnettes, ses fonctionnaires, ses lumières, ses canonnières, sa gastronomie, son dynamique patronat, son humour si particulier et ses techniques de contre-insurrection sur chacun des cinq continents, nous traquerons quelques unes des traces laissées dans la chanson le lundi 4 septembre à 17h30 sur les 92.2 fm de Radio Canal Sud.



En lancement, quatorze minutes sur le sujet par le parrain du groove nigérien Fela Anikulapo Kuti.
Voilà qui ne nous rajeunit guère.



* En fait, ce Congolais n'a pas rempli son quota de récolte de caoutchouc. Premier avertissement ?

jeudi 24 août 2017

Brassens a chanté Corbière

Brassens s'est lui aussi chargé de mettre Tristan Corbière en musique.
À la mémoire de Zulma est tiré de l'unique recueil publié, à compte d'auteur, par le poète en 1873, Les Amours jaunes.
On l'accompagne de cet extrait, pêché dans la biographie du poète, "Tristan Corbière, une vie à peu près" par Jean-Luc Steinmetz:
Tristan, faute d’une Herminie strictement attachée à sa personne, frotte son cuir lépreux aux chairs plus ou moins fraîches de la prostitution. A l’évidence ce poème est une fable qui demande à être lue avec précaution (...)  Que Zulma, qui n’est pas spécialement un prénom de ces dames, ait été «colonelle à la Commune», voila qui pimente le poème d’une allusion historique bien significative pour Corbière, avare en principe de ce genre de précision. De colonelles communardes, il ne dut pas beaucoup y en avoir, même parmi les soit-disant pétroleuses ou dans les rangs des utopiques "Amazones de la Seine".
 

lundi 21 août 2017

Ionesco par Hugues le Bars


Le chanteur fatigué
Au rayon bizarrerie à succès imprévisible, on avait déjà connu, en 1956, un blues sur rythme de valse, le célébrissime I put a spell on you de Screamin' Jay Hawkins.
Autre chose assez particulière, Eugène Ionesco en chanteur pour les besoins d'un ballet de Maurice Béjart en 1988.

 La commande avait été passé auprès d'un musicien touche-à-tout, disparu en 2014 à l'âge de soixante-quatre ans, Hugues Le Bars.
Trafiquant les sons bien avant la popularisation du sample, mixant ses bande de magnétophone dès les années soixante-dix, Le Bars aura commis sept albums, entre 1981 et 2013, cinq musiques de films et une tripotée de jingles, musiques d'ambiance et génériques pour Radio France.
Une de ses dernières notes de pochette : "Je parano mais je sais pas quand je reviens."
Il aimait particulièrement coller des voix connues au sein de ses mélodies (André Malraux, Sonia Rykiel, etc.) ainsi que des enregistrement d'animaux ou d'enfants.
Pour les besoins de Musique pour Ionesco, il était parti s'entretenir avec l'auteur, en avait conservé un échantillon de quelques phrases et l'avait heureusement marié à une valse de Chostakovitch.
Le résultat, J'en ai marre, est à la hauteur de l'immortel Screaming Jay (tout de même décédé en 2000).

vendredi 18 août 2017

Les Bass' Harmonistes, quintette disparu


Voici un quintette d'après-guerre dans la lignée des Quatre Barbus ou des Frères Jacques. Sauf qu'eux ont disparu corps et bien après avoir sorti, en croisant les sources, un 33 tour (en 1957 ? Ce n'est même pas certain) cinq maxis quatre à six titres et trois 45 tours deux titres. Et leurs traces n'abondent guère.
Leur répertoire était d'un bel éclectisme. Il allait de reprises d'air classiques ou d'opéra, à des chants de Noël, de chants folkloriques ou musettes à des chansons de westerns, des airs russes et, plus étonnant à l'époque, un maxi de chansons "noires" d'Haïti, du Mississipi, du Zambèze ou de l'Île Maurice.   
Il semble qu'ils aient été plus ou moins successivement Henri Contet (auteur et compositeur) Christian Borel, Eddy Marnay, Jacques Plante, René Rouzaud, Émile Stern, et Jean-Michel Defaye.
Chez Pathé, les arrangements étaient de Michel Quéval.
Ce dernier, pianiste classique à l'Opéra et directeur de divers orchestres prestigieux enregistrait ou produisait des disques de variété sous divers pseudonymes (Jeff W. Higginbothom, Archie X. Morrison, Michel de Faria, Célestin Vichi, Bob Softhorn).
On le constate, ces chanteurs d'antan ne sont pas simple à débusquer.

On trouve tout de même un extrait de l'émission Musique au moulin, dans lequel, après une brève entrevue, ils chantent Les âmes fières. On nage en pleine ambiance de western.


Également une belle version de La danse macabre paroles et musique de Camille Saint-Saëns.

mardi 15 août 2017

Jeu d'été


Érudits, érudites, joueurs, joueuses, touristes morts d'ennui, à vos claviers.
Le passe-temps du 15 août sera cette année : lequel de ces deux dynamiques personnages, représentés ci-dessus, a prononcé ces mots après les avoir mûrement pesés :
Mais moi, les dingues, je les soigne. Je vais lui faire une ordonnance, et une sévère… Moi, quand on m'en fait trop, je correctionne plus : je dynamite, je disperse, je ventile !
Le gagnant emporte l'authentique pipe du général Douglas Mac Arthur.

En accompagnement, un classique de Boris Vian chanté par un Serge Reggiani très en forme, le 6 mars 1969, avec l'orchestre de Jean Morlier.

samedi 12 août 2017

Lacenaire en vedette

Poète plutôt pompier, voleur pas vraiment brillant, auteur de théâtre sans succès, assassin médiocre, auteur de chansons savoureuses, mis à l'honneur par les surréalistes, magnifié par Prévert et Carné, on a déjà évoqué le cas de Pierre-François Lacenaire à cette page.
Mais on profite aussi du désert radiophonique estival pour mettre en ligne cette passionnante émission des Nuits de France Culture de Philippe Garbit, réalisée par Marion Thiba, qui revient largement sur le cas de ce personnage haut en couleur. Quant aux turpitudes de la monarchie de juillet, elles rappellent bien des choses plus actuelles...


Pour rendre hommage au chansonnier, une autre version de sa "Pétition d'un voleur à un roi voisin", cette fois chantée par Gérald Genty.


mercredi 9 août 2017

Scooter et une parodie inattendue


En 1976, Scooter, groupe lyonnais irrespectueux s'attaque par la face Nord à un monument de la décennie en cours : la chanson "Sweet Jane", écrite par Lou Reed et tirée de l'album Loaded du Velvet Underground (1970).
C'est tout à fait potache, mais que pouvait-on attendre d'une bande lycéens décidés à en découdre avec les, déjà devenus, ancêtres du rock 'n roll ?
Le 45 tour étant introuvable, cette version est tirée de la compil Skydog Commando du label français Skydog, de 1978.
Attention les oreilles :


Bon, si la voix du chanteur vous rappelle quelque chose, vous avez peut-être deviné que Scooter n'est autre que le premier nom de Starshooter
En réalité, le groupe qui s'est déjà pris une malheureuse parodie des Beatles (voir cet article) dans les gencives a réenregistré son premier titre, Hygiène, pour les besoins de la compilation. Au moins, ce coup-là la maison EMI, qui a déjà commis l'erreur de virer les Pistols, écrase le coup.
Pas de réactions de Lou Reed qui avait d'autres masos à fouetter.
Quant à la version originale, elle avait refait carrière avec lui-même en version hard rock, fut excellemment reprise par Mott the Hoople, puis par David Bowie, Brownsville Station, Metallica, Cowboy Junkies et on en passe...
On ne va donc pas se quitter sans la version originelle.


samedi 5 août 2017

Nougaro en pleine crise de foi

Je crois est une adaptation d'Imploracion negra, brésilienne d'Humberto Canto tirée du cinquième album de Claude Nougaro Petit taureau (1967).
Cette chanson était en face B du 45 tour Toulouse.

Elle est ici prétexte à une brève évocation de Maurice Vanderschueren (1929-2017) dit Maurice Vander, disparu en février dernier, grand clavier du jazz, qui inaugurait avec cet album des années de collaboration avec Nougaro.

Fils d’un modeste accordéoniste de Vitry-sur-Seine, Maurice Vander a étudié le piano à 8 ans, tâté de l’accordéon et est finalement revenu aux 88 touches (pianos et orgues). Freddy, son frère, accordéoniste lui aussi, lui a fait découvrir le jazz en écoutant la radio d'après-guerre.
Avant sa rencontre avec Nougaro le "Coq" avait déjà enregistré avec Django Reinhardt en 1953.
Il était par ailleurs le père adoptif du batteur Christian Vander (Magma). 


mercredi 2 août 2017

Jeanne s'est tirée

 Elle avait peut-être des côtés agaçants mais au moins, elle n'a jamais fait de publicité pour une banque Paribas ou un quelconque autre produit.
Au revoir madame, il nous reste toujours 130 films et 6 disques.


Deux chansons, la première de son albums de 1963 écrite par Serge Rezvani alias Cyrus Bassiak (va-nu-pieds en russe). La deuxième est d'elle-même, album de 1969, musique d'Antoine Duhamel.

lundi 31 juillet 2017

Alexandre Zelkine, internationaliste atypique.

Un grand remerciement à l'ami François qui nous le fit connaître avec cet article très complet. 
Comme tout est dit là, on va tâcher de résumer le bonhomme en deux mots.

Né à Lyon en 1938 de père russe et de mère française le gars étudie la musique au conservatoire et voyage des Balkans à Israël, d'Espagne à New-York.

Son premier disque Russian folk songs, d'avril 1965, est un recueil de ballades russes accompagnées de balalaïkas. Puis ayant déménagé à Montréal, ses deux opus suivants, de 1966 et 1967, sont de curieux mélange de traditionnels ou de chants révolutionnaires en français, yiddish, espagnol, russe ou anglais.
Parmi les titres, cette version d'À la Roquette d'Aristide Bruant.


Au rythme d'une sortie annuelle, s'ensuivent un  autre disque en russe et un album de folk québecois.
Et puis, en 1973 l'album Pessimiste replonge dans le joyeux mélange.
En 1974, c'est L'otage, en pleine saison des actions du FLQ et de l'état de siège qui fut appliqué à la province francophone. On y trouve la chanson Pessimiste qui jure quelque peu avec le ton de l'époque. Quant au titre, L'otage, il s'inspire du sort de Pierre Laporte, avocat et ministre corrompu québecois, mort suite à son enlèvement par la cellule Chénier du FLQ. Laporte avait été soit exécuté, soit tué lors d'une tentative d'évasion.


On reste quelque peu interloqué par les paroles. Essayez voir, de nos jours et sous nos cieux, d'aller tenter d'expliquer le processus amenant à je ne sais pas moi, au hasard, la mort d'un président du conseil italien ou d'un général français...
Et puis le bon géant a disparu des ondes. Depuis 1974, il se consacre au modélisme ferroviaire. Il a même inventé une compagnie imaginaire, la Degulbeef and Cradding Railroad.
Interloqués, on vous dit.  

vendredi 28 juillet 2017

Desnos, Liabeuf et la chanson qui ne fut pas (ou pas encore)


Presse à sensations
Comme on y fit allusion dans cette aimable émission, Jean-Jacques Liabeuf, honnête cordonnier persécuté par deux argousins des mœurs, Maugras et Vors,  qui lui avaient taillé un costard de proxénète, fut injustement condamné à la prison et à l'interdiction de séjour en 1909.
Fou de rage, l'ouvrier se confectionna des poignets de cuir hérissés de pointe, y rajouta un poignard et un revolver browning pour régler ses comptes avec les deux bourriques responsables de sa disgrâce. Le 8 janvier 1910, contrôlé par des agents, il tue un flic et en blesse quatre autres, dont un grièvement, avant d'être maîtrisé.
Sale ambiance

C'était mal barré pour l'homme d'honneur qui malgré son manque de chance sera défendu par une bonne partie des socialistes* et des anarchistes.
Le premier juillet 1910, Liabeuf est guillotiné sur le boulevard Arago, contre le mur de La Santé. Il aura clamé jusqu'à son dernier souffle qu'il n'était pas un souteneur. Son exécution fut l'occasion d'une des plus belles émeutes du Paris des années 1900 : des milliers de personnes s'affrontent à la police, les cuirassiers chargent la foule dans laquelle se trouvent quelques futurs "bandits tragiques" dont certains feront eux aussi parler la poudre (Soudy, Valet, Kilbatchiche).

Or, Robert Desnos a prétendu avoir assisté à l'arrestation de Liabeuf, dans la rue Aubry-le-boucher. Il avait dix ans et c'était pas pourtant pas à une heure où on laisse traîner les moutards.
Trente ans plus tard il écrivit une chanson en argot, en hommage à Liabeuf et son action dans la rue Aubry-le-boucher. Ce texte sera publié pendant la guerre sous pseudonyme, il est intitulé

À LA CAILLE** 

Rue Aubry-le-Boucher on peut te foutre en l’air,
Bouziller tes tapins, tes tôles et tes crèches
Où se faisaient trancher des sœurs comaco blèches
Portant bavette en deuil sous des nichons riders.

On peut te maquiller de béton et de fer
On peut virer ton blaze et dégommer ta dèche
Ton casier judiciaire aura toujours en flèche
Liabeuf qui fit risette un matin à Deibler***.

À Sorgue, aux Innocents, les esgourdes m’en tintent.
Son fantôme poursuit les flics. Il les esquinte.
Par vanne ils l’ont donné, sapé, guillotiné

Mais il décarre, malgré eux. Il court la belle,
Laissant en rade indics, roussins et hirondelles,
Que de sa lame Aubry tatoue au raisiné.
 


On ne connaît pas de mise en musique de ce petit bijou. Si ça vous inspire, n'hésitez surtout pas, on se fera une joie de diffuser. Camarades musicos, à vous.
Autre représentation fantaisiste

Je trouve que dans ce siècle d'aveulis et d'avachis, Liabeuf a donné une belle leçon d'énergie et de courage à la foule des honnêtes gens. À nous-mêmes, révolutionnaires, il a donné un bel exemple. Gustave Hervé dans La Guerre Sociale

** En rogne, en pétard, en colère...

*** Famille de bourreaux de génération en génération.

Et puisqu'il faut terminer sur une rengaine, voilà l'occase d'envoyer encore une fois celle qui ne fut pas écrite par Raymond Callemin mais par qui vous savez. L'occase aussi d'écouter ce cher Jacques Marchais.