lundi 30 janvier 2017

Le temps des félons

Fourberie et traîtrise chez les britanniques* (1940)
Judas Icariote, Ganelon, Talleyrand, Brutus, Isabeau de Bavière, Iago, la Malinche, Azev, Philby, la traîtrise, en général toute relative car elle dépend d'où on se place, est une constante pittoresque de l'histoire et le fourbe un personnage fascinant. Que ce soit en amour ou en politique, la trahison a fait les beaux jours des refrains populaires ou clandestins.
L'Herbe Tendre ira donc voir du côté des félons, fourbes et autres parjures le lundi 6 février à 18h sur les ondes de Radio Canal Sud.
En espérant ne pas être doublés par l'émetteur.

Un bon pote peut se révéler le mieux placé pour vous tromper.
C'est ce qu'affirment ici Louis Armstrong et Louis Jordan dans ce classique de Sam Theard, écrit en 1929. Ça vous rappelle quelque chose ?


* "Fermez-là, elle n'est pas aussi évaporée qu'elle en a l'air !"
Parler à tort et à travers coûte des vies.

vendredi 27 janvier 2017

Archives du scopitone (5) Lulu et le Désossé

Sil fallait encore une preuve qu'on peut avoir été de fieffés réacs et avoir eu un talent indiscutable, en voici une de plus.
Philippe Clay "Le Désossé*" et Serge Gainsbourg, notre "Lulu", ont fait leur petit numéro le 20 février 1964 à l'émission "Demandez le programme".
Au sommaire, un inédit : "L'assasinat de Franz Lehár ".

Pour mémoire, le Franz Lehár en question (1870-1948) fut un compositeur Austro-Hongrois majeur dans un genre mineur, l'opérette. Die Lustige Witwe (La veuve joyeuse) ou Das Land des Lächelns (Le pays du sourire), c'est de lui. 
Ce compositeur fut largement utilisé par le troisième Reich à des fins de propagande et il est venu diriger lui-même la version française du Pays du sourire à Paris en 1941. Grand admirateur du Führer, il n'arrivera même pas à empêcher la déportation à Auschwitz de son librettiste Fritz Löhner-Beda.
On s'interroge encore sur la présence de son fantôme ci-dessous.


Les deux cabotins en profitent, au passage, pour nous interpréter L'accordéon, chanson que Gainsbourg avait refourgué à Juliette Gréco en 1962.
Quand on vous dit qu'ils avaient du talent...

 
* Clay avait tenu le rôle de Casimir le Serpentin (alias Valentin le Désossé) dans le film de Renoir French Cancan (1954).

mardi 24 janvier 2017

Adios Sven. Un autre Parabellum disparait

Logique perverse des blogs, malgré la supposée actualité de la chose, il est des moments où on n'a guère envie de se précipiter sur son clavier pour rendre hommage à un disparu et d'autres où on ne peut, non plus, s'empêcher d'envoyer un dernier salut à l'artiste. Une fois la mauvaise nouvelle digérée.
Quatorze mois après la disparition de son complice Schultz, six ans après celle de Roland Chamara (bassiste original) c'est au tour de Sven de lâcher la rampe.

Sven "Lava" Pohlammer est né en 1957 à Santiago du Chili.
Après quelques débuts avec des groupes underground, il choisit la voie de pas mal de Chiliens après le putsch du 11 septembre 1973 : l'exil. Il zone donc en Espagne, participant aux balbutiements du punk ibérique avec Basura. Expulsé en France pour vagabondage, il joue avec Andrew More, auteur Anglais chantant en français, avant d'intégrer des compagnies chorégraphiques et de monter les Ex Babies.
Puis, il rejoint Parabellum comme guitariste intérimaire en 1986, le temps d'enregistrer le premier album.
L'intérimaire restera dans le groupe jusqu'à sa fin.



On se familiarise, dès lors, avec son amabilité sans faille, ses tenues sorties d'un cauchemar de chiffonnier et son jeu inspiré de ses héros guitaristes des années 70.
Parallèlement, en 1995, il crée le groupe Gas Gas Gas avec Marrucha Castillo et Patrick Lemarchand, aux textes exclusivement en espagnol.
En 1997, dans l'euphorie provoquée par le soulèvement zapatiste et le phénomène de mode qui en résulte, il forme Flor del Fango avec Alejandro Marassi, Marucha Castillo et Napo Romero (ex Chihuahua) entre autres.
 


Il avait depuis monté un autre combo aux reprises surprenantes, moitié rock, moitié métal, le Bal des enragés.
Il s'est éteint il y a une dizaine de jours, le 11 janvier 2017.

samedi 21 janvier 2017

Mac Orlan en hommage à Villon (5)

Pierre Dumarchey se devait d'y aller de son hommage à François Villon.
Il le fit donc dans une superbe java, payant ainsi son tribut au parler du royaume d'Argot (d'Argos?), à la langue verte des coquillards et autres goliards ne dédaignant pas la truande. La pièce comporte pas mal de tiroirs et nous allons tâcher d'en entrebâiller quelques-uns.
En préambule, la chanson par Germaine Montéro, notre interprétation préférée.

Voici un début qui part sur un rondeau comique de maître François (qui lui est attribué tantôt en 1431, tantôt en 1463) le texte en est :
Jenin l’Avenu
Va-t’en aux étuves
Et toi là venu
Jenin l’Avenu
Si te lave nu
Et te baigne es cuves
Jenin l’Avenu
Va-t’en aux étuves
On constate ici que François de Montcorbier ne rechignait pas aux calembours. Mais qui est ce Jenin ? On a beau chercher, on n'en trouve aucune trace. Jean Favier affirme qu'un "Jenin" est un cocu et "l'Avenu" un gars qui tombe toujours au mauvais moment. L'envoyer aux étuves (faisant office à la fois de bains publics et de lupanars) est donc une manière de se débarrasser d'un pénible quelque peu pleurnichard. À moins que cela ne signifie tout simplement "Va te faire voir ailleurs !" ou plus prosaïquement "Casse-toi !" ou, comme on disait au quartier, "Nachave !".
Dernière hypothèse: pour en finir avec la première ligne, les "étuves" peuvent désigner le supplice de l'ébouillantement destiné aux faussaires et incestueux. On plongeait le condamné petit à petit dans un bidon d'eau bouillante sur la place publique. Voilà donc une manière plus prosaïque d'envoyer un "Jenin" en enfer. 
On croirait du Dubout mais c'est bien du Jijé.
Au tour de la rue Saint-Jacques. 
On sait que c'est sur un banc de cette rue que Villon eut une rixe avec Philippe Sermoise, prêtre à Saint Benoît. Villon le blessa d'un bout coup de dague, et Sermoise rendit l'âme le lendemain non sans avoir publiquement pardonné à son assassin, qui se planquera tout de même sept mois loin de Paris.

Comme précisé au troisième couplet, "Colin" est Colin de Cayeux, complice de Villon lors du vol perpétré au Collège de Navarre, rue Saint André des Arts, par la bande d'étudiants en rupture. C'est lui qui semble diriger le groupe, affectant un guetteur. Colin aurait été pendu vers 1460. On le désigne comme coquillard mais son nom n'apparaît pas dans les actes du procès de Dijon en 1455. Villon rappelle le sort de son ami dans sa « Belle leçon aux enfants perdus » placée dans le Testament. 
  
Par contre, "Régnier de Montigny", ancien clerc parisien et compagnon de débauche de Villon était, lui, bien présent au procès des coquillards. Il y fut même pendu (et non roué comme dit au quatrième couplet) et le poète évoque son supplice dans une ballade du Jargon et Jobellin dudit Villon, édité en 1489.

Il semble "Robin de Turgis", fils d'Arnoul, ait été le tavernier de "La Pomme de pin" située rue de la Juiverie. Villon le cite dans Item, vienne Robin Turgis :

Item, vienne Robin Turgis

A moi, je lui paierai son vin ;

Combien, s'il treuve mon logis,

Plus fort sera que le devin.

Le droit lui donne d'échevin,

Que j'ai comme enfant de Paris :

Se je parle un peu poitevin,

Ice m'ont deux dames appris.

Quant à "Dame Sidoine", elle peut avoir été quelque affranchie, maîtresse de Villon. Elle apparaît dans les "Contredits de Franc Gontier" dont voici la savoureuse première strophe :

Sur mol duvet assis, un gras chanoine,
Lez un brasier, en chambre bien nattée,
A son côté gisant dame Sidoine
Blanche, tendre, polie et attintée,
Boire hypocras, à jour et à nuitée,
Rire, jouer, mignonner et baiser,
Et nu à nu, pour mieux des corps s'aiser,
Les vis tous deux, par un trou de mortaise :
Lors je connus que, pour deuil apaiser,
Il n'est trésor que de vivre à son aise.
 
On voit enfin que Pierre Mac Orlan, tout en réinventant un argot du XVème ne dédaigne pas, lui non plus, les calembours puisqu'il mêle une anecdote historique de la rue Saint-Jacques à quelques coquillards supposés ou avérés. Outre, leur vocabulaire très particulier, ces fameux truands tenaient soi-disant leur nom de leur emblème, la coquille des pèlerins en route vers Santiago (Saint-Jacques de Compostelle). Fait, qui semble-t-il n'a jamais été vraiment prouvé.  
Pour rappel, on repasse la version de Valérie Ambroise



mercredi 18 janvier 2017

Rimbaud (5) par Mouloudji et toujours par Ferré


Le jeune Arthur Rimbaud s'est fait paysagiste dans ce poème publié en 1872 dans la revue La Renaissance littéraire et artistique.
Au vu des massacres perpétrés dans la région de Charleville, on se représente plus une scène d'après la bataille de la guerre franco-prussienne de 1870 qu'une image la Commune de Paris qui se déroula fort loin des hameaux et des chemins borgnes.

Mouloudji l'a chanté en 1957 sur une musique de Charles Trenet
Voici sa version
Curieusement, il a supprimé les deux premières strophes :

Seigneur, quand froide est la patrie,
Quand, dans les hameaux abattus,
Les longs angélus se sont tus…
Sur la nature défleurie
Faites s’abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.

Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous

Léo Ferré en refit une adaptation, cette fois intégrale, en 1964, sur l'album Verlaine et Rimbaud.

dimanche 15 janvier 2017

Mickey Finn et Nino Ferrer

Il est assez peu fréquent qu'un chanteur aille rendre de vibrants hommages aux musiciens censés le servir. Derrière Nino Ferrer, on a vu défiler une belle brochette à commencer par Manu Dibango ( à l'orgue !) débarqué de son Cameroun en 1967. Mais ce sera sa rencontre avec Michael Finn Waller, (1947-2013) guitariste irlandais, qui va décider notre Nino, qui traverse une de ses crises de mélancolie récurrentes, à retourner à la musique.
Avec lui et une bande de potes de Mickey, issus des Heavy Metal Kids, ils forment le groupe Leggs et enregistrent les albums Métronomie, Nino Ferrer and Leggs, Nino and Radiah, Suite en œuf et des 45 tours qui cartonnent tels La maison près de la fontaine ou Le Sud.

Guitariste éclectique, Mickey Finn avait débuté dès 1963 dans divers groupes dont les Blue Men ou les Heavy Metal Kids. C'est sous son nom qu'il avait obtenu ce succès d'estime en 1967 avant d'enregistrer un album mêlant du garage, du blues et, chose rare à l'époque chez un musicien blanc, du rock steady jamaïcain. Voici donc le très hendrixien "Garden of my mind" qui se fit une deuxième renommée grâce aux compilations Nuggets.


Détail piquant, le nom de scène de Michael évoque l'argot américain de la Belle Époque à Chicago. Là-bas sévissait un certain Irlandais homonyme, Michael Finn, propriétaire du Lone Star Saloon qui s'était fait une spécialité de servir à ses clients des boissons bourrées de sédatif afin de mieux les dépouiller. L'appelation "Mickey Finn est devenue par la suite un sale mélange destiné à déglinguer les toxicomanes adeptes de la piquouze.
Nino avait une telle amitié pour son camarade guitariste qu'il le mit en scène dans plusieurs chanson, en particulier avec ce titre tiré de l'album Ex Libris (1982) : Micky Micky
Ou dans le dernier couplet de l'Année Mozart (album La Désabusion. 1993)  


Mickey Finn a également joué sur plusieurs albums de Jacques Higelin (Champagne, Caviar, À Mogador, etc.) tout en ayant remonté les Blue Men ainsi que divers autres groupes. Il est mort quinze ans après son pote Nino et repose au Père Lachaise.

Une de leur dernière collaboration de 1993 : Notre chère Russie.

 



vendredi 13 janvier 2017

Les beaux conseils de Mononc' Pluplu

Puisqu'on est encore dans le mois des bons vœux,  Michel Latraverse, connu comme Plume, dit Mononc' Pluplu, ex membre de la Sainte Trinité (en compagnie de Pierrot le Fou et du docteur Landry) et d'Offenbach, grand amateur de calembours (son premier album ne s'appelle-t-il pas "Plume plou digne" ?), bluesman émérite, chanteur, auteur, compositeur, guitariste, écrivain, jardinier québécois, nous livre aujourd'hui deux de ses compositions qui devraient vous inspirer bien des projets et de bonnes résolutions. 
Prenez-en d'la graine. 
À vous, Plume avec :
Moé, j'aime pas ça travailler


Ainsi que La journée du chèque, (en l'honneur de ce qu'un sombre politicard nomme la société de l'assistanat et du farniente) qui nous entraîne voguer vers le grand large


 
Et surtout la santé...

Ps, euh, Sainte alliance : Le dernier numéro de CQFD comporte un dossier musique tout à fait réjouissant malgré la brièveté des articles. On y retrouve avec bonheur quelques-uns de nos complices.

mardi 10 janvier 2017

Herbe Tendre de janvier : la grande bouffe

Le banquet des moines et des jésuites (Romeyn de Hogue, 1688)
Vous vous sentez mal remis de vos agapes Saint-sylvestriennes et des diverses nativités ?
Les galopins de l'Herbe Tendre ont donc décidé d'achever votre foie, votre rate, votre vésicule et vos deux intestins en en remettant une couche, en sauce.
Chaud devant :
Nino Ferrer            Il baccalà
Gainsbourg            Mambo miam miam
Prévert/ Mailloux   L'autruche
Juliette                    Le festin de Juliette
Marc Aryan            Les melons
Anne Sylvestre        La vaisselle
Nonnes Troppo       Frites moules
Si bémol et 4 demis  Les vendangeurs
The Splinks             Bilbès
Les Colocs               Pouding à l'arsenic
Chorenslup              Le régime
Pierre Perret            Au Tord-boyaux
Plume Latraverse    La marde
Fred Bongusto         Spaghetti in Detroit

Retrouvez l'émission à cette adresse.
En supplément, la scène de l'énigme


Et Claude Nougaro qui simule une crise de misogynie. 


samedi 7 janvier 2017

Servir Fréhel oui, mais à quelle sauce ?

La vie réserve parfois quelques surprises.
Prenez, par exemple l'émission "L'école des fans" du giscardien, puis chiraquien, puis sarkoziste Jacques Martin qui sévit au petit écran de 1977 à 1998.
On y croisait parfois d'improbables numéros, tels cette séquence du 24 mai 1992, dans laquelle les Garçons Bouchers tentent un hommage à Madame Fréhel.
On la passe pour le côté improbable de la chose.
Amis du bon goût, excusez-nous d'avance.

jeudi 5 janvier 2017

Une reprise de Lee Hazlewood par Marie Laforêt

Barton Lee Hazlewood (1929-2007) était un vrai p'tit gars de l'Oklahoma (en local, on dirait plutôt "Okie from Muskogee").
Ce petit génie écrivit des centaines de chansons, pas tout à fait country, pas tout à fait rock, pas tout à fait variétoche, pas tout à fait cabaret dans un style, que faute de mieux, on appela "saccharine underground". Il a aussi lancé des artistes tels Duane Eddy, Nancy Sinatra ou le légendaire producteur Phil Spector.
Par ailleurs, il fut un tel grognon que le fait d'avoir refusé de faire quelques courbettes au monde du show-biz, le condamna, pour survivre, de passer ses années 70 à écrire des génériques pour... la télévision suédoise.
Son plus gros tube est bien entendu "These boots are made for walking" écrit pour sa complice Nancy Sinatra (la fille de The voice) en 1966.
En 1967, le couple (dont l'élément masculin aimait à se donner des faux airs de Groucho) refait un duo sur l'album "Sugar town". Nos deux crooners s'envoient un succès, "Summer wine", créé à l'origine en compagnie de Suzi Jane Hokum. Voilà l'histoire d'un cow-boy attiré par une créature qui, après l'avoir préalablement fait boire, lui pique ses éperons d'argent. D'ailleurs, il donnerait bien le reste de ses deux bottes pour la revoir et l'aimer encore.


Marie Brigitte Doumenach, reine de la chanson qui se lamente et du regard qui tue en fit une reprise, pour le moins curieuse en 1968, sobrement intitulée "Le vin de l'été ". Elle avait recruté Gérard Klein pour les besoins de l'accompagnement.
Z'aurez donc compris qu'aujourd'hui, on est d'humeur rétro et gentiment mélancolique.

lundi 2 janvier 2017

Dranem, crétin lunaire

Armand Ménard est né (1869) et mort (1935) à Paris.
Après une suite de petits boulots et son service militaire, il fit ses débuts à l'Electric-Concert, au champ de Mars, comme "chanteur comique" le 1er avril 1894, sous le nom de Dranem (anagramme de Ménard). Deux jours plus tard, son cachet était réduit de moitié.
Ses débuts furent plutôt laborieux dans le genre comique troupier, style censé accompagner la reconquête de l'Alsace - Moselle.
En 1896, ayant déniche au puces du Carreau du Temple une petite veste étriquée, un pantalon trop large et trop court, jaune rayé de vert, d'énormes godasses sans lacets et un petit chapeau bizarre, le voilà doté d'un nouvel uniforme. Joues et nez maquillés de rouge, il entrait en scène en courant, comme poursuivi. Il s'arrête devant le trou du souffleur et chantait les yeux fermés, qu'il ne rouvrait que pour simuler la frayeur de débiter pareilles incongruités. Ce fut un triomphe !
Son grand comique découlait du fait qu'il chantait de navrantes énormités sans, semble-t-il, s'en rendre compte, comme si ce que l'on demandait de chanter était la chose la plus importante au monde. Et voilà notre crétin national atteignant la fantaisie d'un Buster Keaton.
En 1905 a enregistré cinq phonoscènes, appareils ancêtres du scopitone qui tentaient de coordonner l'image de cinéma à l'enregistrement phonographique.   
Le voici en démonstration de jiu-jitsu :



Autre particularité du bonhomme : sans être un chanteur proprement homosexuel, il a laissé quelques airs "interlopes" qui sont restés dans la mémoire collective des pas encore gays. Les plus célèbres furent incontestablement « Henri, pourquoi n’aimes-tu pas les femmes ? » ou «Le trou de mon quai » pourvu de nombreuses contrepèteries ou allusions à peine voilées.
Même si elle ne fut pénalement criminalisée que sous Vichy (et ce, jusqu’en 1981), l’homosexualité, à l’époque, ne pouvait être abordée que sous l’angle de la dérision et de manière non explicite pour ne pas choquer les âmes prudes. Dranem s’était donc fait une spécialité de chansons décalées, souvent à double entendement.


Au cours de la Grande Guerre, versé au théâtre des armées : il va chanter dans les hôpitaux. Puis, en 1918, conscient que le music-hall a fait son temps, il se tourne vers le théâtre, l'opérette et le cinéma et devient vite le grand premier comique aux Bouffes-Parisiens (entre autres).
Le chanteur idiot disparaît pour laisser place à un virtuose de l'opérette, genre qui déplaçait alors les foules populaires.
Il jouera donc dans plus de 20 opérettes et 12 films, généralement des nanars, dont un du jeune réalisateur Claude autant-Lara (Ciboulette, 1932).

Le revoilà dans "Chanson sinueuse"


Il meurt en 1935 et est enterré dans le jardin de la maison de retraite qu'il avait fondée pour ses camarades artistes en 1911, la "Fondation Dranem", à Ris-Orangis.