dimanche 27 mai 2018

Chansons grecques de taulards (Theodorakis et Moustaki)

Les déportés de Makronissos
Comme on vous l'a raconté , avant de devenir invité permanent des salons parisiens de gauche chic, le compositeur grec Mikis Thodorakis a été prisonnier et déporté dans le « centre de rééducation » de l'île de Makronissos en compagnie de bon nombre de ses camarades antifascistes de l'ELAS (armée communiste de libération) en 1947-1948. Là-bas, ils furent copieusement torturés, affamés et pour la plupart, assassinés par les badernes royalistes avec la bénédiction des troupes sa Gracieuse majesté britannique.
Exilé, puis revenu en Grèce non sans être devenu un compositeur internationalement reconnu, il rejoint la clandestinité en avril 1967, suite au "putsch des colonels". Arrêté quatre mois plus tard, il retrouve le béton des cachots et un traitement particulièrement brutal à la prison d'Avéroff. Brinquebalé durant deux années de camps de concentration en résidences forcées il compose plusieurs oeuvres qu'il fait sortir discrètement ( Le Soleil et le temps, Arcadies, Ephiphania Averoff, la musique du film Z ainsi que État de siège, postérieurement sud-américanisée pour le film de Costa-Gavras...)
Une des chansons qui reste à la postérité est Imaste dio 


Finalement expulsé en France dans un état de santé lamentable, en 1970, il adapte certaines pièces musicales en français.
Sur ces deux extraits du documentaire filmé par Roviros Manthoulis, on le retrouve à sa sortie de l'hôpital, travailler à ces adaptations (en particulier Nous sommes deux et l'Abattoir) avec Georges Moustaki. Ces deux-là parlaient bien le même langage.




samedi 19 mai 2018

Commémorons le 22 mai

Sur l'agenda d'il y a 50 balais
Mercredi 22 mai. La motion de censure qui a été déposée par la gauche au Parlement est rejetée. Les stations-service sont fermées. Maniant le bâton et la carotte, l’amnistie pour les manifestants détenus est annoncée en même temps que l’« interdiction de séjour » pour Dany, qui ne pourra pas retourner en France. Ce jour même, une manifestation spontanée proteste contre cette mesure tandis qu’une grande manifestation est convoquée pour le vendredi 24.


Dans son premier album, Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s'émouvoir... (1978) le jeune Hubert-Félix Thiéfaine, célébra lui aussi le dixième anniversaire du joli mois de mai.
Certains ont vu, dans cette chanson gentiment dadaïste du zigoto jurassien, une satyre du silence imposé aux médias à partir de cette date.
Allez donc savoir, avec ce gars ...


Jeudi 23 mai. Interdiction aux chaînes de radio d’émettre des informations en direct pendant les manifestations.
 L'agenda est de Tomás Ibañez (ici)

jeudi 17 mai 2018

DeVille du côté du bayou


Contrairement à ce ce que nous avons été nombreux à croire à l'origine, William Paul Borsey (1950-2009), alias Mink DeVille, devenu Willy DeVille ne fut aucunement originaire des bords du Mississippi.
Issu d'un mélange d'Irlandais, Basques et indiens Pequots, cet enfant du Connecticut s'en alla vivre à New York puis à San Francisco avant de monter son premier groupe de blues tout en proclamant, à qui voulait l'entendre, son amour pour Édith Piaf. .
Embringué dans la vague punk de 1976 en se produisant au CBGB, cet éminent dandy se retrouva à jouer une musique assez particulière dans ce contexte.
En fait, dans la grande tradition américaine, un mélange de blues, musique hispanique, caraïbe, cajun à l'instar de grands anciens comme Creedence Clearwater Revival.
En témoigne cette Mazurka (issue de l'excellent disque Le Chat bleu, enregistré à Paris en 1980) reprise d'une grande du zydeco, Queen Ida




Née en 1929 dans une famille de paysans musiciens du Lac Charles, d'abord cuisinière itinérante pour ouvriers agricoles, "Queen" Ida Lewis Guillory est une des premières femmes a devenir accordéoniste leader et chanteuse d'un groupe zydeco.
Sur les traces d'Allen Toussaint, de Fats Domino ou de Chuck Berry, elle entama sa carrière de musicienne professionnelle à la quarantaine tout en restant chauffeur d'autobus afin d'assurer les revenus nécessaires à élever ses enfants.
En 1975, elle fut couronnée "Reine de l'accordéon" au carnaval de la nouvelle Orléans.
On ne peut que costater, à l'écoute de cette vidéo sans image, à quel point le père Willy DeVille a collé à sa version de la Mazurka dont les paroles en français nous échappent encore un peu. Mais c'est ça qui donne tellement de charme à la chose.

lundi 14 mai 2018

Harry Fragson, faux rosbif de la chanson belle époque


 Article du dimanche 4 janvier 1914 : 

Une foule énorme accompagne la dépouille d'Harry Fragson 
Paris a fait à Fragson des obsèques populaires. Trop populaires même, et il est impossible passer sous silence les regrettables incidents qui ont failli compromettre la dignité du convoi. Autour de Notre-Dame de Lorette la bousculade faillit tourner à l'émeute. Des appareils cinématographiques aux aspects de balistes et de cangaltes (sic) évoquaient le siège d'Alésia par les Romains. Une de ces encombrantes machines s'écroula avec fracas. Et ce furent des poussées féroces, le piétinement sourd des légions en marche, le désarroi enfin.
On ne comprendra jamais comment un vieillard, ami intime du défunt, M. Bloch, fut pris pour le père de la victime et couvert d'injures par des personnes évidemment pleines de bonnes intentions qui n'écoutaient que leur courage. Des camelots criaient les chansons de Fragson ! On n'avait pas vu pareil charivari depuis les obsèques de Victor Hugo. Enfin, cela prouve du moins que le pauvre Fragson a laissé beaucoup de regrets et qu'il était très populaire.

Mais qui diable était ce chanteur qui eut un enterrement digne de celui non seulement de Victor Hugo, mais aussi de Louise Michel ou de Jules Vallès ?

Il serait né Victor Léon Pot ou Vince Léon Pott ou encore Potts,  le 2 juillet 1869, le 10, ou le 12 selon les sources, à Anvers, à Londres ou dans le Surrey.
Tel un Cravan ou un Traven, le gars a brouillé les pistes : il se disait anglais par son père, Victor Pot (sic) mais belge (et français) du fait de sa mère, L. W. Pot...
Chose certaine : il fut au cours de sa carrière à l'aise dans les deux langues. Il a d'ailleurs fait carrière en France et en Angleterre, chantant et gravant, à Paris, de nombreux disques en français avec un léger accent anglais et, à Londres, en anglais avec un léger accent français.
Chantant en s'accompagnant au piano de trois-quart face au public, ce balèze débuta aux Quat'-z-Arts, puis hanta la crème des caf' conc' et des music halls :  l'Européen, le Ba-Ta-Clan, le Concert Parisien, l'Horloge, le Parisiana...
Yvette Guilbert, la star incontestée du moment, reprit le P'tit cochon et sa Ronde des petits chiens.
Après quelques tours de chants en Angleterre, il est rentré en France en 1905 jouer plusieurs rôles dans des comédies musicales.
Son premier gros succès, de 1897, est toujours repris de nos jours. 

  
De 1905 à 1913, il enregistre la bagatelle de 18 disques, ce qui est énorme pour une époque où les phonographes étaient peu abondants. Son seul Reviens ! donnera lieu à 43 reprises par Tino Rossi, Suzy Delair, Ray Ventura, Jean Sablon, etc. et parodié par Georgius sous le titre Rentre !
Mais sa chanson immortelle, la scie de l'avant-guerre, celle dont l'air fait toujours les beaux jours des manifestations est Si tu veux, Marguerite.

 
Et puis, le 30 décembre 1913, rentrant à son domicile, rue Lafayette à Paris, son octogénaire de père lui expédia quelques coups de revolver. On a parlé de drame de la jalousie, d'histoire de femmes, d'argent (il y aurait eu en jeu une fortune de 14 milliards entre liquidités, actions, biens immobiliers !) mais l'unique certitude est que son père, souffrant de troubles psychologiques, était persuadé que son fils voulait le placer en maison de santé... Celui-ci mourrut avant d'arriver à Lariboisière.
Ses funérailles furent donc une énorme manifestation, derrière le cercueil se sont pressés Roland Dorgelès, Dranem, Mayol, Paulus, Dickson, Mazyol, Polin...

Ultime fantaisie : il a longtemps été officiellement inhumé au cimetière Montparnasse mais trois tombes du columbarium du Père Lachaise portent son nom. Laquelle est la bonne ?
Outre reprendre ses airs, Barbara lui rendit hommage dans sa chanson Fragson (1981)


 


vendredi 11 mai 2018

Les Frères Jacques ont rencard avec Brigitte


En 1958, Ricet Barrier sortait son premier disque chez Jacques Canetti et passait aux Trois Baudets en compagnie de Serge Gainsbourg au piano, Raymond Devos, Bernard Haller et un petit nouveau nommé Jacques Brel.
En 1961, il enregistra Rendez-vous, ou Stanislas, pour son deuxième huit titres chez Philips.
Comme souvent (Dolly, la Marchande de poisson, les Spermatozoïdes), les Frères Jacques se chargèrent de la populariser en la reprenant.
Et en s'offrant, au passage, une figurante de luxe dans ce scopitone où la belle enfant s'exhibe dans un superbe manteau d'ocelot.
Elle n'avait pas encore épousée la cause animale doublée d'une déplorable paranoïa vis à vis du genre humain. 

lundi 7 mai 2018

Mai : on reprise

Une escroquerie de reprise
Ce soir, quelques exemplaires de ce qu'on peut faire en adaptant une chanson.

Higelin                                    Dans mon lit
Philippe Léotard                     Oï tzigane
Yves Montand                         Quand un soldat                 
Cher                                        Milord
Chava Alberstein                    Ath 'Haruti
Rachid Taha                            Écoute moi, camarade
Marianne Faithfull                  Complainte de la Seine
Ékoué                                      Pâques à New-York
LCP                                          Le temps du plastique
La Pompe Moderne                 Plus fort, plus dur, meilleur
Oxmo Puccino                          Ces gens là
Ladybug Transistor                 Puis-je ?
Alpha Blondy                            Travailler c'est trop dur
Lili Boniche                               Bambino
LSD                                            La Varsovienne
If Renaud was a punk                Camarade bourgeois
Craeme Allwright                      Le clochard américain
R-Wan                                         Malade
April March                               Chick Habitt
The Travelling Willburys           Runaway
Danny Lula & the paradise kings Ya Mustapha

On retrouve l'émission en cliquant en cliquant là.
Revenons donc à l'illustration : une chanson de Claude François, reprisée par Sinatra qui connut les aléas de cette séquence. C'est tiré du film de Julian Temple, The great rock n roll swindle.

samedi 5 mai 2018

Un débutant au Lapin Agile

Public bienveillant (1953)
" Accordez tranquillement votre guitare. Détendez-vous. Dites-vous que vous allez, comme d'habitude, chanter devant des copains." Mais les apaisantes paroles d'Yves Mathieu n'étaient pas d'immense secours. "C'est de la panique que je sentais en lui. Il était tellement intimidé qu'il n'osait demander un verre d'eau. Je lui amenais une bouteille. Pourrait-il chanter ? Je me disais : si Grello l'a recommandé à Paulo, c'est qu'il a du talent. Je me rassurais...


Au Lapin, il n'y a ni micro, ni scène. On est seul devant le public que, d'un geste, on peut toucher tant il est proche. Brassens était livide. Il posa son pied sur un tabouret, plaqua quelques accords sur sa guitare et chanta Le Petit cheval de Paul Fort. De sa moustache mouillée par la transpiration qui coulait sur son visage sortait une voix blanche, bredouillante, sans articulation, souffle Yves Mathieu comme s'il revivait la scène. Le texte était incompréhensible. Le trac qui paralyse y allait de toute sa cruauté. J'avais mal pour cet homme que je ne connaissais pas il y a deux heures. Il m'attendrissait. Le public percevait cette panique. Bon enfant, il applaudissait, encourageait. N'a-t-on pas plus besoins de bravos dans la vie, que de sifflets ?
Ce fut encore Le Gorille, Les Bancs publics, Brave Margot. Voilà, c'était terminé. (...)
Il persévérera deux semaines. parfois, quand venait le moment où il devait chanter, la salle se vidait : l'heure était trop tardive et et il était difficile d'inverser l'ordre de passage des artistes. À la fois triste et soulagé, Brassens partait en lançant son "À demain!" (...)
Un matin, vers deux heures, Brassens fit part à Paulo de sa décision : il renonçait à interpréter lui-même ses chansons. "Il m'est impossible de surmonter le trac... Devant le public, je perds tous mes moyens. Je crois que je ne suis pas fait pour ça. Tant pis, je ferai chanter mes chansons par d'autres.'"

Louis Nucéra Les contes du Lapin Agile

Remarquons que, vingt ans plus tard, le gars avait appris à se détendre et à se marrer.